Une lumière d'en haut

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Troisième dimanche du temps de l'Avent, et dans ce temps de préparation pour recevoir et accueillir vraiment Noël, nous nous laissons encore conduire par le cantique de Zacharie qui est le «fil rouge» de ces 4 cultes de l'Avent à Chamblandes.
C'est un des 3 cantiques de louange de l'évangile de Luc. Il y a le Magnificat, cantique de Marie «Mon âme loue le Seigneur Dieu, mon cœur est plein de joie...» Il y a le Benedictus, cantique de Zacharie et le cantique de Syméon, Nunc Dimitis, «Maintenant, Seigneur, tu laisses ton serviteur s'en aller en paix…».
3 cantiques, 3 louanges, et chaque fois, dans le jaillissement de la louange, Marie, Zacharie, Syméon, expriment avec force quelque chose de leur expérience avec Dieu, une expérience vivifiée par Jésus qui arrive. Comme si le témoignage de ces serviteurs de Dieu voulait nous transporter au cœur de la foi vécue pour nous faire toucher du doigt ce que l'apôtre Paul appelle «les vérités secrètes de Dieu».
Ce matin, Zacharie nous redit :
Notre Dieu est plein de tendresse et de bonté, il fera briller sur nous une lumière d'en haut semblable à celle du soleil levant (Luc 1 : 78). Littéralement le texte dit : «grâce aux entrailles de miséricorde de notre Dieu, l'orient d’en-haut nous visitera.»
L'orient, le soleil qui se lève, l'aurore, le jour qui commence tout neuf, et cette lumière nouvelle est dite d'en-haut, voilà proclame Zacharie un éclairage pour nos vies.

Le Petit Prince de St-Exupéry, seul et triste sur son étoile, berçait la nostalgie de son cœur en contemplant des couchers de soleil... prélude à la nuit. Mais tous ceux qui doivent traverser la nuit sans pouvoir dormir, connaissent cette attente de l'aube mélangée d'angoisse et d'espoir. Que ce soit ma souffrance ou la souffrance des proches que j'aime, que ce soit l'inquiétude, les soucis ou les idées noires, la nuit amplifie les angoisses et on attend, on espère la lueur de l'aube, la lumière du jour qui vient.
Jour - nuit. Obscurité - lumière. Clarté - ténèbres.
Nous utilisons sans cesse ces deux pôles pour rendre compte de notre vie. On dit par exemple :
· il a passé par une sombre période,
· les choses deviennent plus claires,
· je n'ai rien compris, c'était la nuit complète,
- elle est rayonnante de joie,
- mon petit-fils, c'est mon rayon de soleil.

Cette expérience universelle du jour et de la nuit, nous l'appliquons de façon imagée à des situations, à notre capacité de comprendre, à nos sentiments, à nos affections, et bien sûr à notre vie intérieure, à notre vie spirituelle qui oriente la façon dont nous regardons notre vie et le monde où nous sommes.
Et voici que le cantique de Zacharie nous dit : il y a un éclairage nouveau, Dieu va faire briller sur nous une lumière d'en-haut, semblable à celle du soleil levant.
Que le jour de Dieu vienne ! C’est l'espérance exprimée tout au long de l'Ancien Testament et Zacharie annonce : ce jour va commencer. Pour nous chrétiens en 1997, 2'000 ans après Zacharie, nous savons qu'un jour nouveau de Dieu a commencé avec Jésus, lumière nouvelle sur nos vies. Nous le rappelons régulièrement, peut-être sans en être conscients, quand nous prions : «Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour…», demande concrète de la nourriture quotidienne, aujourd'hui, pour nous permettre de vivre dans la lumière de Dieu.
Je pense parfois que nous sommes tellement habitués à ce vocabulaire de la tradition chrétienne que nous ne saisissons plus la force et le changement radical qui ont commencé avec ce soleil levant, Jésus, ce Jésus qui fait commencer un jour de Dieu nouveau, une aube dans laquelle nous sommes encore.

Spirituellement, c'est une révolution comparable au bouleversement cosmique de la découverte de Gallilée qui a choqué ses contemporains en affirmant : ce n'est pas le soleil et les planètes qui tournent autour de la Terre, c'est la Terre qui tourne autour du soleil. Tout doit être vu dans une perspective nouvelle. Cela change tout, même si toutes les connaissances acquises jusque-là ne sont pas abolies : il y a toujours la terre, la lune, les planètes, le soleil, les constellations..., mais il faut les voir en relation autrement.
C'est à la fois les mêmes choses, et il est impossible de continuer à les voir comme avant.
Ainsi en est-il du jour de Dieu commencé avec le Christ : c'est une révolution spirituelle qui a marqué le monde.
Pourquoi ?
Parce qu'il y a une qualité particulière à la lumière donnée, à cette aube, à ce jour nouveau. Avec Jésus, le Christ, un éclairage prioritaire est mis sur ce Dieu qu'il nous fait mieux connaître : car notre Dieu est un Dieu de tendresse et de bonté le texte grec parle des «entrailles de miséricorde de notre Dieu», des mots très humains pour essayer de rendre compte de ce Dieu qui ne se laisse jamais enfermer dans nos mots et nos images. Et cependant, ces mots expriment une vérité profonde : ce qui nous «prend aux tripes», comme on le dit familièrement, c'est ce qui nous touche au plus profond de notre être et nous fait agir.
Ainsi, au cœur même de Dieu, il y a un engagement en faveur de l'être humain, de tous les êtres humains, et la qualité première de cet engagement de Dieu pour nous, c'est ce qu'on traduit par miséricorde, ou tendresse et bonté, ou bonté profonde. Et tout ce que l'être humain avait déjà découvert au sujet de Dieu doit être vu sous cet éclairage-là. La lumière nouvelle qui naît avec Jésus éclaire notre compréhension de Dieu et notre façon de Le servir.
Que faire pour adorer le Seigneur Dieu ? Pour être en relation juste avec Lui ? A cette question qui est de tous les temps, le prophète Michée répond, bien avant la naissance du Christ :
· respecter le droit des autres
· aimer agir avec bonté
· suivre avec soin le chemin qu'Il vous indique,
ou selon la belle traduction œcuménique, la vigilance dans ta marche avec Dieu. Ces grandes lignes de vie nous les connaissons tous, elles sont semblables aux : «Tu aimeras le Seigneur ton Dieu et tu aimeras ton prochain comme toi-même..», mais dans quel esprit les recevons-nous ? Beaucoup trop souvent encore nous les entendons comme des règles de morale, comme un devoir souvent pesant qu'il faut accomplir par crainte de la punition, par peur d'un Dieu gendarme qui se contenterait de nous regarder de haut.
«Notre Dieu est plein de tendresse et de bonté,», il l'a toujours été mais on ne le voyait pas clairement, on n'osait pas y croire totalement. C'était peut-être bon pour quelques privilégiés, Abraham, David,... et voilà qu'avec le Christ cette vérité secrète et profonde de Dieu est offerte à tous, à chaque être humain : vérité de Dieu qui s'engage avec l'homme pour une vie fondée sur le respect du droit des autres, sur la solidarité, sur la vigilance. Et alors les commandements de Dieu ne sont plus des barrières qui m'emprisonnent, mais des pistes de vie offertes, un chemin dans lequel on ose s'engager et où on découvre joie et espérance même si les difficultés demeurent.
Il fera briller sur nous une lumière d'en-haut, un jour nouveau a commencé...

Ces derniers temps il y a eu plusieurs journées spéciales : journée pour les droits des enfants, journée de lutte contre le sida, journée en faveur des myopathes (le Téléthon), journée des droits de l'homme... j’avoue que je reçois parfois ces journées annoncées par la radio, la télé et les journaux avec une espèce de lassitude et des questions démobilisantes : est-ce que cela n'est pas un alibi pour se donner bonne conscience ? Est-ce vraiment utile ?
Et puis je suis tombé dans le courrier des lecteurs sur la lettre d'une femme atteinte de myopathie, cette terrible maladie encore inguérissable. Elle disait qu'elle entendait des gens désabusés ou agacés par cette journée en faveur des myopathes, mais que pour elle, myopathe, ce jour était très important. Même si pour elle il y avait peu de chances d'échapper à l'évolution fatale de cette maladie, le fait que d'autres s'engagent, sans se résigner, dans la lutte contre la myopathie, c'était comme une lumière qui lui redonnait force et espérance.
Ce témoignage en a fait surgir un autre dans ma mémoire : les mots de reconnaissance d'un prisonnier d'opinion dans un pays d'Amérique du Sud qui disait comment ses conditions de détention arbitraire, avec torture, avaient changé lorsque des lettres mentionnant son nom étaient arrivées chez les responsables de ce pays. Des lettres de membres de l'ACAT, l'Action des Chrétiens pour l'Abolition de la Torture, et qui demandaient que les droits fondamentaux de cette personne soient respectés. Il disait que cela lui avait sauvé la vie.

A l'occasion de la Journée des Droits de l'Homme, le 10 décembre, les Églises chrétiennes de Suisse, protestante, catholique et catholique chrétienne ont publié une déclaration qui rappelle entre autres : Ce n'est que grâce à l'engagement audacieux et infatigable d'hommes et de femmes qui ont lutté contre la violence et l'arbitraire que les droits humains et le respect de la dignité humaine ont pu être imposés... Les libertés et les droits fondamentaux sont fragiles. Seul un engagement constant, un contrôle des puissants empêchent qu’ils soient sans cesse violés et bafoués. C'est vrai dans tous les pays...
Tout le monde n'est pas en mesure de s'engager aux premières lignes. Mais nous pouvons appuyer et défendre ceux qui militent en faveur des droits humains...

Nous pouvons nous sentir malades ou prisonniers dans ce monde si terriblement marqué par les ténèbres de la souffrance et du mal, mais nous ne sommes pas dans la nuit totale. Sur nous, pour nous une lumière s'est levée: Dieu s'est engagé en faveur de l'être humain, de tous les êtres humains, ce qui nous donne à chacun une très grande valeur. Une lumière est semée pour les fidèles, il y a de la joie pour les cœurs droits, dit le psaume 97. Recevoir cette lumière sur nos vies et dans nos vies nous permet de rayonner, si peu que ce soit et cet éclairage me permet aussi de m'engager avec joie et espérance avec d'autres pour faire reculer les ténèbres et entrer toujours plus dans ce jour qui a déjà commencé.
Que ce temps de l'Avent et Noël qui vient nous ouvre toujours davantage à cette lumière, pour notre joie !

Amen.

Détails

Intervenants
Organiste
Claire-Lise Mérillat
Musiciens
et Suzanne Perrin-Goy (hautbois)