L'égalité au service de la vie

Temple de Clarens (©Alexandra Urfer Jungen)

Écouter le culte :

Liberté, égalité, fraternité. De ces trois valeurs au fondement des droits de l'homme, l’égalité est sans doute la plus difficile à appliquer. Comme valeur morale, l'égalité reconnaît une même dignité, un même rang à tous les êtres humains. La nature humaine que nous avons en commun nous rend égaux au-delà de toutes nos différences physiques, sociales, culturelles ou économiques.

Si cette conception est aujourd'hui largement admise, sa mise en œuvre concrète pose problème. En effet, la diversité même de la vie nous empêche de confondre l'égalité avec l'uniformité. Vouloir imposer des conditions matérielles, un mode de vie, une culture rigoureusement identique à tous les êtres humains tournerait vite au cauchemar.

C'est pourquoi la mise en œuvre de l'égalité se fait le plus souvent par la négative sous la forme de la lutte contre les inégalités. Dans notre société, les luttes contre l'inégalité prennent la forme de revendications très diverses et qui, la plupart du temps, sont loin de mettre tout le monde d'accord.

Je crois cependant que tous les combats contre les inégalités ont un même fondement : corriger ce qui empêche certains individus ou certains groupes de mener une vie où leur dignité humaine est respectée. L’égalité des êtres humains ne vise donc pas l'uniformité, mais la possibilité pour chacun de mener une vie digne.

La lutte contre les inégalités amène une question fondamentale : « Qu'est-ce qui donne du poids, du sens, de la valeur à la vie humaine et qui lui assure cette dignité à laquelle tous devraient pouvoir également accéder ? »

Depuis le début de l'ère industrielle, la réponse semblait claire : c'est par l'égalité des droits et par l'accès à tous au bien-être matériel que l'égalité sera réalisée. Une telle réponse aujourd'hui n'est plus si simple, car si toute l'humanité accède au mode de vie de l'occident nous allons vers un effondrement écologique total et rapide.

Je crois que la question de l'égalité, parce qu'elle touche au sens profond de la vie humaine, est une question spirituelle. Dans les textes bibliques que nous avons entendus, la Parole de Dieu nous invite à élargir notre compréhension de ce qui fonde la dignité de notre vie, et la façon de lutter aujourd'hui contre les inégalités.

Le texte de la création dans le livre de la Genèse affirme l'égalité entre tous les êtres humains. En effet, chacun de nous est porteur de l'image de Dieu et notre existence est voulue par lui. Dans la Bible, cette dignité fondamentale précède toute différenciation de genre, de peuple ou de culture.

Cependant, le récit de la création ne se limite pas à une interrogation sur les origines. La Parole du Créateur ne vient pas seulement appeler à l'existence, elle vient surtout donner un rôle, une vocation et une place à l'être humain au sein de l'harmonie de la création.

Ainsi, ce qui fonde l'égalité de tous les humains, c'est que Dieu leur reconnaît une même dignité à accomplir la mission qu’il leur a confiée. La dignité que Dieu donne à tout être humain, sans exception, est la plus haute qui soit : servir d'image de Dieu dans ce monde, vouloir et agir en ressemblance avec le Créateur.

C'est dans ce sens qu'il faut comprendre la mission donnée par Dieu : « Soyez féconds, multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-la. » (Genèse 1, 28b)

Cela n'a rien à voir avec les mégapoles, la surexploitation de l’environnement et la croissance du PIB. Toutes ces notions sont propres aux sociétés techno-industrielles et non au texte biblique.

Au contraire, Dieu a aussi donné aux animaux cet ordre : « Soyez féconds, multipliez-vous » (Genèse 1, 22a). Si nous regardons la nature, nous comprenons que cet ordre trouve son accomplissement dans l'incroyable abondance et la richesse de la biodiversité.

En ce qui nous concerne, je crois que nous pouvons comprendre cette mission comme un encouragement à la diversité des modes de vie et des cultures au sein de l'humanité.

Quant à l'ordre de soumettre et de dominer, il ne peut être compris qu'à l'image de Dieu qui ne désire rien pour lui-même, mais agit pour la beauté et l’abondance de la vie autour de lui. Si Dieu domine, c’est qu’il peut prendre du recul à la fin de chaque journée pour s'émerveiller et louer la beauté de la vie : « Dieu vit que cela était bon » (Genèse 1, versets 10, 12, 19, 21, 25, 31).

Telle que je la comprends, l'égalité selon la Parole de Dieu, c'est que tout homme et toute femme a le droit et le devoir de servir d'image de Dieu durant sa vie, en occupant sa juste place dans la création, en contribuant à l'épanouissement de toute vie, en créant une diversité de mode de vie et de cultures et enfin, en prenant le recul nécessaire pour développer sa vie spirituelle et son expression artistique.

Toute personne a l’égale dignité de servir d’image de Dieu en ce monde. Cependant, nous sommes loin d'un monde où chacun aurait la possibilité de mener une vie qui respecterait pleinement cette vocation. Les facteurs d'inégalités sont tellement nombreux : la pauvreté, les guerres, les injustices, les systèmes économiques et politiques, la puissance technologique, etc. L'ampleur de la tâche pour lutter contre ces inégalités est telle que nous risquons de ne rien faire faute de savoir par où commencer.

Or, la foi nous invite à espérer au-delà de toute espérance (cf. Romains 4, 18), mais elle nous donne aussi la sagesse de savoir que, pour aller loin, il faut modestement faire un premier pas et donc de commencer par soi-même. C'est pourquoi le Christ appelle des individus, pour que son amour et son pardon nous amènent à restaurer en nous l'image de Dieu, en devenant tous, par la foi, fils et filles de Dieu.

Le texte de l'Évangile nous montre que la lutte contre les inégalités commence en nous-mêmes, par un changement de notre système de valeur.

À l'époque de Jésus, les responsables religieux et les spécialistes de la loi étaient haut placés dans la hiérarchie sociale. Jésus reconnaît la nécessité de la fonction qu'ils occupent, mais il met en garde ses disciples contre le désir de leur ressembler : « Accomplissez donc tout ce qu’ils vous disent ; mais n'imitez pas leur façon d'agir. » (Matthieu 23, 3)

L'égalité ne doit pas servir de justification à notre désir de puissance pour devenir l'égal des puissants et des personnes en vue en cherchant à les imiter. Notre désir de ressembler aux personnes célèbres, riches, cultivées ou puissantes est naturel, car il est l'expression du besoin de vivre pour nous-mêmes une vie qui ait du poids, de la valeur et de la reconnaissance : une vie digne d’être vécue.

Cependant, la foi, qui fait de Dieu notre père et de Jésus-Christ notre guide, nous fait comprendre que notre vocation, c'est d’être à l'image de Dieu et non à l'image d'un autre humain, aussi célèbre soit-il.

Notre désir naturel de grandeur n’est pas condamné, mais il est réorienté par le Christ au service de l'égale dignité de tous. « Le plus grand parmi vous doit être votre serviteur. Celui qui s'élève lui-même sera abaissé, mais celui qui s'abaisse lui-même sera élevé. » (Matthieu 23, 11-12)

La lutte pour l’égalité et contre les inégalités commence par une conversion, par la libération de regard sur le monde en donnant à tous les comportements qui servent à marquer une supériorité sur les autres une valeur inférieure.

Qui est donc le plus grand ? Le multimilliardaire qui va faire un voyage dans l’espace ou cette paroissienne âgée qui malgré sa faiblesse apporte quelques biscuits pour que l’après-culte soit un temps de convivialité ?

Luttons, en nous-mêmes, pour considérer comme contraire à la dignité humaine tout ce qui prive les autres ou les générations futures des moyens nécessaires pour que leur vie soit au service de la diversité et de la beauté de la vie sur terre.

La lutte contre l'inégalité, ici en Suisse, ce n'est pas l'accès de chacun à la consommation sans limites des élites, mais le renoncement à tout ce qui n’est pas au service de la vie. Cela passe par un ralentissement, une simplification de notre vie, une réorientation de nos désirs afin d'avoir du temps pour les relations avec les autres et avec la nature. Trouver la joie du travail accompli. Dominer sur les contraintes quotidiennes pour prendre le recul nécessaire à l’épanouissement de notre vie spirituelle et artistique.

La dignité, le sens et la grandeur de notre vie, c'est d'être source de vie pour l'autre et pour l'avenir. La lutte pour l'égalité doit permettre à chacun de nous de devenir des serviteurs de la vie à l’image de Dieu, afin que nous goûtions, dès aujourd'hui, la joie profonde de vivre en accord avec notre vocation d'enfant de Dieu.

Amen.

L’égalité vient de Dieu, qui a créé tous les humains à son image. Il a fait de nous ses enfants pour qu’à son image, notre existence soit créatrice, au service de la vie et de la diversité. Que tous puissent vivre cette vocation, voilà la lutte pour l’égalité, en accord avec l’Évangile. L'Égalité pour chacun de disposer des moyens nécessaires pour vivre vraiment, en travaillant au service de la diversité de la nature, au service de l’épanouissement de l’autre et au service d’un monde où les générations futures pourront vivre pleinement. La voix du Christ, qui renverse notre échelle des valeurs, ouvre ce chemin vers l'égalité.

Détails

Intervenants
Samuel et Marie-Claude Jaques pour les lectures. Avec la participation des enfants et catéchumènes.
Organiste
Christian Gerber
Musiciens
Petit chœur d’enfants, sous la direction de Théa Maffli