Recommencer avec Jonas

©Alexandra Urfer Jungen

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A - Recommencer
Et voilà! Tout recommence! Fin août, c'est la reprise! Les enfants regagnent leur salle de classe; les photos de coucher de soleil, de tour Eiffel ou de Grand Canyon tournent en boucle sur l'économiseur d'écran de l'ordinateur; au bureau ou entre voisins, on parle des vacances et du temps qu'il a fait… et chaque année, c'est la même chose! Même pour celles et ceux qui n'ont pas eu la chance de bénéficier d'un temps de vacances, cette période de l'année a le goût particulier des recommencements. Avec ce sentiment de déjà vu… et pourtant, chaque fois, avec aussi l'attrait de la nouveauté. Dans tout recommencement, il y a de l'ancien et il y a du nouveau. Et c'est cette cohabitation de l'ancien et du nouveau qui fait que la vie est possible et que l'existence nous permet d'avancer.

Recommencer, c'est faire le pari de la vie. Et le message qui est au coeur de l'Évangile est une invitation au recommencement. Oui, la résurrection est sans doute le recommencement par excellence. Mais, avant cela, le message biblique tout entier est jalonné de recommencements… et de toutes sortes de recommencements. Rien que le chapitre du livre de Jonas, que nous venons d'entendre, évoque au moins trois recommencements.

B - Dieu
Le premier recommencement, c'est celui de Dieu. Dieu appelle Jonas une deuxième fois. Dieu ne baisse jamais les bras; Dieu n'abandonne pas. Dieu revient à la charge et pas seulement avec Jonas. L'ensemble de la Bible, dès le début, décrit Dieu comme un Dieu de l'éternel recommencement. Car, de tout temps, nous le savons bien, l'être humain a de la peine à faire un usage bénéfique de sa liberté. La destruction, la ruine, les conflits, la mort sont souvent le résultat d'une liberté humaine mal gérée. On veut se passer de Dieu; on veut faire comme si Dieu n'existait pas; on se croit assez fort tout seul. Et face à ces échecs, Dieu est là. Et Dieu offre de recommencer, encore et encore.

Recommencer, pour permettre à la vie de toujours avoir le dessus. Oui, la mission que Dieu confie à Jonas, c'est bien une mission pour la vie. Il s'agit de sauver. Il s'agit de permettre à des êtres humains de changer et de s'engager sur un chemin de vie. Alors Dieu ne se décourage pas. Il revient à la charge auprès de Jonas, car le message est trop important pour être tu ou pour se perdre dans un horizon incertain. Une deuxième fois, Dieu appelle Jonas.

C - Jonas
Alors, le deuxième recommencement dont nous parle le texte de ce matin, c'est celui de Jonas. Après avoir été sérieusement secoué, Jonas prend un nouveau départ. Pour lui, c'est comme une renaissance. Il a frôlé la mort et pourtant il est toujours là. Pour lui, la vie continue, mais son orientation change. C'est la même chose et pourtant c'est autrement. Ce Dieu qui l'interpelle, il le connaît - du moins il croit le connaître - et pourtant le chemin sur lequel il l'envoie est un lieu inconnu, nouveau, avec sa dose d'attrait et de crainte.
Oui, pour Jonas, le recommencement se fait dans la douleur. Il y a en même temps le soulagement d'être en vie et le sentiment d'un grand chambardement intérieur. Le réveil n'est pas évident. C'est un peu la gueule de bois. Et Jonas se met en route… sur un autre chemin.

Le recommencement n'est pas toujours - et de loin - associé à un moment simple, heureux ou choisi. Il y a certainement des recommencements qui se font dans la joie et dans le bonheur. Heureusement! Mais il y a aussi - et je crois qu'ils sont plus nombreux - des recommencements qui sont le résultat d'une épreuve lourde et pleine de souffrance, des recommencements qui sont souvent imposés. Nous connaissons peut-être personnellement cette catégorie de recommencements. Et il suffit de regarder autour de nous pour être témoins de toutes ces situations douloureuses où des êtres humains sont contraints à des recommencements dans la souffrance: je pense à toutes les personnes atteintes dans leur intégrité physique ou mentale; je pense aussi tout particulièrement ces jours à tous les exilés politiques ou religieux; je pense aux victimes de la crise économique et à bien d'autres encore. Pour eux le recommencement est certainement douloureux et je crois que ce recommencement n'est possible que si la foi en la vie reste la plus forte.

Jonas est meurtri, mais Jonas est vivant. Et il se remet en route. Pour lui, c'est un nouveau chemin. Un chemin qui le conduit là où il n'avait pas choisi d'aller. Un chemin qui l'amène aussi à revêtir un costume qui ne lui convient pas vraiment. Pour permettre à la vie de gagner, Jonas va devoir jouer le rôle du prophète de malheur. Oui, pour Jonas ce recommencement est loin d'être une sinécure. Car, pour lui, tout est remis en question et particulièrement l'image qu'il se faisait de Dieu, de l'étendue de son pouvoir, de sa justice, de sa logique, de la clarté de son message. Alors Jonas découvre que l'on ne peut pas enfermer Dieu dans nos images et nos principes. Alors Jonas découvre que ce que Dieu veut avant toute autre chose, c'est la vie, et que tous les moyens sont bons pour arriver à ses fins.

Dans le recommencement de Jonas, il y a quelque chose de la conversion. Et, dans cette histoire, vous le savez bien, Jonas n'est pas le seul à se convertir.

D - Les Ninivites
Le troisième recommencement dont nous parle ce récit, c'est celui des Ninivites. Et la manière dont les Ninivites entament leur recommencement est bien différente de celle de Jonas. Pour eux, le recommencement est provoqué par une sorte d'examen de conscience. Il y a une parole, il y a un message qui les fait réfléchir et qui les pousse à changer. Ici, la parole est une menace. On préférerait une parole qui encourage ou qui persuade de manière bienveillante, mais il faut croire qu'il y a des situations où la menace est nécessaire, où la menace est le seul vocabulaire qui est compris. Toujours est-il que les Ninivites prennent rapidement conscience de ce qui ne va pas. Ils reconnaissent qu'ils sont responsables du mal qui règne, de la violence qui détruit, des conflits qui empoisonnent les relations et l'équilibre social. Ils prennent conscience que tout cela n'est pas une fatalité et que les choses peuvent changer s'ils le veulent bien. Ils prennent conscience que leur logique de destruction et de mort peut devenir une logique d'espérance et de vie.

Le texte nous dit que les Ninivites ont pris au sérieux la parole de Dieu. Ici, le texte hébreu utilise le verbe de la foi: les Ninivites ont cru. Oui, prendre au sérieux la parole de Dieu, croire en Dieu peut provoquer de sacrés recommencements. Pour moi, prendre au sérieux la parole de Dieu, croire, c'est faire en toutes circonstances le choix de la vie. Ce à quoi renoncent les Ninivites, c'est au mal et à la violence. Ce à quoi renoncent les Ninivites c'est à ce qui provoque, à plus ou moins longue échéance, la destruction et la mort. Le recommencement des Ninivites débute par le deuil du mal et de la mort. Oui, les Ninivites portent le deuil. Ils marquent ainsi leur volonté de changer, de prendre un nouveau départ, de s'engager sur un chemin de vie.

Aujourd'hui, vous le savez bien, les prophètes de malheur ne sont pas tous des religieux. Dans les domaines écologique, économique, social, il y a aussi des porte-parole qui invitent à changer pour préserver la vie. C'est un discours auquel nous pouvons souscrire sans réserve comme croyants: préserver la création et les richesses naturelles, militer pour un monde plus juste et un meilleur équilibre des richesses, s'engager pour un dialogue entre les différentes religions, dans le respect des convictions de chacun… tout cela, c'est faire le choix de la vie. Le choix des Ninivites s'inscrit totalement dans cette logique.

E - Éternel recommencement?
Vous le voyez, chers amis, le petit livre de Jonas n'a pas fini de nous émerveiller et de nous interroger. Pour moi, c'est un récit qui est un hymne à la vie. Une vie qui fraye son chemin au travers de plusieurs recommencements. Des recommencements qui s'enracinent dans l'existence, dans le passé, dans l'histoire, dans le connu, pour réorienter, modifier, renouveler et permettre ainsi à la vie d'être toujours la plus forte.
Dans cette démarche, Dieu apparaît comme l'initiateur et le garant de cette logique. Il nous donne l'exemple et nous invite à oser les recommencements.

Fin août, c'est la reprise: tout recommence. Ce que nous vivons dans cette période particulière de l'année n'a pas nécessairement une portée existentielle, comparable à ce que nous venons de découvrir dans notre réflexion de ce matin. Tout recommencement n'est pas une profonde et complète remise en question.
Toutefois, tout recommencement devrait nous rappeler la promesse qui en est la source: Dieu s'est engagé une fois pour toutes à nos côtés. Quels que soient nos choix, il revient à la charge, il persévère, il recommence… et cela toujours pour que la vie soit la plus forte.

Amen.

La fin des vacances, le moment de la reprise, c’est le temps des recommencements. Recommencer, c’est aussi un thème important dans la Bible, qui nous parle d’un Dieu qui ne cesse de recommencer, un Éternel recommencement! "L'Éternel recommencement" c'est le thème de cette série de trois cultes au Temple des Croisettes.

Détails

Avec la participation de
Patrick Felberbaum
Orgue
Anne Chollet
Musique
Gaëtan Beauchet, hautbois