Devenir chrétien cela prend du temps, et quoi de mieux qu’un beau dimanche d’été pour y parvenir?

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Écouter le culte :

Il faut que je vous fasse un aveu ce matin : il y a des jours où je me demande si je suis vraiment chrétien. Vous me direz, ce n’est pas vraiment le moment de se poser la question, en plein milieu du culte, voilà que le pasteur se demande s’il est vraiment chrétien. C’est une question que je porte avec moi depuis longtemps, trop longtemps peut-être. Je porte cette question avec moi car elle me permet de ne pas m’endormir dans ma foi, ne pas considérer que je suis arrivé à un stade final de la foi, de ne pas vivre ma foi dans une citadelle imprenable, mais dans un espace plus ouvert aux regards et questions du monde. Alors, puis-je vraiment affirmer que je sois chrétien? Pour répondre à cette question, les textes bibliques qui vont nous être lus dans un instant vont nous permettre de méditer là-dessus. Mais avant, il faut encore s’interroger: c’est quoi être chrétien ? Obéir aveuglement à une morale ? Certes non, car même si être un chrétien se traduit dans un comportement reconnaissable, on ne peut pas identifier le christianisme à une morale. Alors c’est quoi, être chrétien ? Adhérer sans faille à un ensemble de dogmes ? Pas davantage, car même si être un chrétien se manifeste aussi par des convictions claires, on ne peut pas identifier le christianisme à une dogmatique. Alors c’est quoi : être un chrétien ? Sans doute faut-il chercher la réponse à cette question dans un seul mot : « confiance ». Etre chrétien, c’est accorder à Dieu - le Dieu au nom duquel Jésus a prêché, qui est mort et ressuscité - c’est accorder à Dieu ma confiance. Etre chrétien, c’est avoir pleinement confiance en Dieu pour tous les aspects et pour tous les instants de ma vie. Mais la question rebondit: suis-je capable de cela, totalement ? Ne serait-il pas plus juste que je renonce à me dire chrétien ? Ne serait-il pas plus juste que je me reconnaisse comme en route, en chemin, en voie de devenir chrétien ? Un peu comme le peuple d’Israël en route entre Egypte et Terre promise. Ne serait-il pas plus juste que je reconnaisse que devenir chrétien est un apprentissage et que, comme tout apprentissage, cela prend du temps ?
C’est avec ce questionnement, que je vous propose de découvrir maintenant ces récits de l’évangile selon Luc qui nous relate les débuts du ministère public de Jésus.

Lecture de Luc 3, 21 – 22 (le baptême de Jésus)

Commentaire : la fulgurance de la rencontre avec Dieu, et après ?

Ainsi donc, Jésus a rencontré Dieu au sortir de son baptême. Venu pour s’associer au rite de purification de Jean-Baptiste, il ressort de l’eau avec cette certitude venue d’en haut : tu es mon fils bien aimé, en toi j’ai mis toute mon affection. Quel cadeau ! Jésus semble avoir reçu un message si clair dans la fulgurance d’un instant. Voilà de quoi pouvoir bâtir une foi solide. Voilà de quoi se lancer de suite dans la vie comme prédicateur du royaume, comme annonciateur de la grâce de Dieu ! Il n’y a plus de temps à perdre, il faut aller de l’avant tout de suite.

En y repensant, il est des fois (et peut-être cela vous est-il aussi déjà arrivé ?) où j’ai l’impression d’avoir tout compris, où dans un éclair : Dieu, la vie, la mort, ma destinée, tout me paraît clair. Où Dieu cesse d’être une question pour devenir enfin une réponse qui habite l’ensemble de mon être de paix et de lumière tranquille. Il est des moments où j’ai eu le sentiment que je pouvais toucher de mes mains, voir de mes yeux, entendre de mon cœur la présence même de Dieu. Certains ont vécu une conversion fulgurante, d’autres une forme d’aboutissement mystique, d’autres encore une révélation bouleversante, la plupart peut-être simplement un instant de grâce au détour d’un chemin où tout paraissait simple, beau et clair.
Mais souvent, cela ne dure qu’un instant et rapidement se pose la question: et maintenant, que vais-je faire ?

Commentaire : 40 générations pour 40 jours au désert, de la fulgurance à l’intégration dans la durée


Cette question trouve aussi un écho pour l’auteur biblique, puisqu’à la suite du récit du baptême, il ne nous raconte pas les premiers pas du ministère public de Jésus. Il ne nous raconte pas ses premiers enseignements, ni ses premiers miracles, ni l’appel de ses premiers disciples. Non, rien de cela. Il nous entraîne dans un long détour à travers la généalogie de Jésus. Je vous en ai épargné la lecture, mais sachez qu’il nous rapporte, comme une longue litanie, les 40 générations qui s’égrènent, remontant de Jésus à Adam pour se finir par ces mots : « fils d’Adam, fils de Dieu ». 40 générations, un chiffre symbolique pour résumer toute la longue histoire de l’humanité. Ainsi, la vocation de Jésus, l’appel qu’il reçoit à vivre la confiance et à en être témoin, ne surgit pas dans le vide. Jésus ne tombe pas du ciel. Sa vocation prend place dans une longue histoire, pleinement humaine, faite de luttes, d’amour, d’errances, de constructions et de destructions, de détours, de réussites et d’échecs. La foi qui le porte, s’inscrit dans l’épaisseur du temps. Elle a besoin de s’y inscrire. La foi, ce n’est pas que la fulgurance d’un instant, aussi beau soit-il.

La foi de Jésus, ma propre foi - la vôtre peut-être ? - s’enracine dans ce qui fait que je suis qui je suis, unique, précieux, irremplaçable. Elle se nourrit aux deux origines que sont la parole de Dieu et mon inscription dans le temps et l’épaisseur de mon histoire personnelle. Si la parole de Dieu est une graine, elle a besoin d’un sol pour y germer et devenir un arbre aux branches multiples et aux fruits savoureux. Et ses fruits auront le goût du terroir dans lequel l’arbre grandit, un peu comme le vin porte en lui la marque de la terre dans laquelle la vigne a grandit. Et pour que tout cela arrive, la foi a besoin de temps. Elle n’est pas que l’affaire d’un instant.

Lecture de Luc 4, 1 – 14 (tentation au désert)

Message conclusif: prendre le temps de construire sa vie spirituelle, l’exemple de Jésus.

Après la longue généalogie, le récit de la tentation au désert. Il fallait du temps à Jésus pour intégrer tout ce qu’il avait pu vivre lors de son baptême. Il fallait le temps au désert, ce lieu ambivalent où la mort semble régner, mais aussi où Dieu peut se manifester. Et Jésus va y passer 40 jours. Encore ce chiffre 40. 40 jours au désert, comme 40 générations entre Jésus et Adam. 40, le chiffre de l’attente. Mais une attente remplie d’événements et de rencontres: le diviseur qui s’acharne à détruire ce que Dieu a planté vient habiter ce temps d’attente ; un Jésus qui lutte pied à pied, un Jésus qui apprend à s’appuyer sur sa confiance en Dieu pour ne pas céder au mal. 40 jours avant de pouvoir enfin faire ce à quoi il a été appelé: devenir le porte-parole de l’amour de Dieu. Un temps long où chaque moment pèse de tout son poids. Un temps long, imaginez un peu 40 jours pour se préparer ; 40 jours comme une invitation à ne pas aller trop vite, à ne pas sauter les étapes, à laisser du temps au temps, fut-il parsemé d’épreuves.

C’est peut-être à cause de cette importance à donner au temps dans la construction de sa foi que le christianisme semble aujourd’hui tant en difficulté en Europe. Nous y vivons sous la pression constante de la rapidité et davantage encore de l’immédiateté. Tout doit non seulement aller vite, mais être quasiment instantané. Et les outils informatiques, si utiles et formidables puissent-ils être, nous donnent l’illusion que tout peut être immédiat ou presque. Dans le monde du travail, dans celui de la politique ou du sport, mais aussi dans celui de l’enseignement et même des loisirs ; tout doit être immédiat. Les résultats doivent être visibles là, à l’instant. Alors dans ce contexte, que devient la nécessité de prendre du temps ? Que devient la nécessité de mener dans la durée les combats spirituels auxquels nous sommes confrontés ? A l’image du monde qui nous entoure, nous voulons Dieu tout de suite, nous voulons la foi aux résultats probants immédiatement, nous voulons tout maintenant et nous ne sommes pas vraiment prêts à laisser au temps la possibilité de construire en nous, sous le souffle de l’Esprit, une relation de confiance solide. Si le mot n’était pas déjà tellement galvaudé, je dirais que les textes bibliques lus ce matin plaident pour un développement durable de la foi. En tout cas, ils plaident pour que nous sachions prendre le temps de croire et de vivre notre foi, que nous renoncions aux sirènes de l’immédiateté et de l’urgence.

Devenir chrétien, cela prend du temps, et s’il est des moments de fulgurance dans notre vie spirituelle, il nous appartient de les enraciner dans la durée. Jésus a pris le temps de cet enracinement durant ces 40 jours au désert. Il a pris le temps de confronter sa foi aux épreuves du diviseur. Il a pris le temps de la prière et de la solitude. Il a pris le temps.
Par là, il nous invite, davantage encore il nous autorise à prendre le temps. A prendre le temps de lire la Bible et de nous confronter à ces textes, non seulement pour y retrouver l’écho de la Parole de Dieu, mais bien davantage encore à l’enraciner dans le quotidien de nos jours. Il nous autorise à prendre le temps de la prière régulière, le temps du silence et des mots murmurés. Il nous autorise à prendre le temps de la rencontre dans des communautés ecclésiales où l’agitation ne tient pas lieu de justification. Il nous autorise à prendre le temps de prendre soin de nous, de notre relation aux autres, de notre relation à Dieu.
Devenir chrétien, cela prend du temps, et quoi de mieux que l’été, quoi de mieux qu’un beau dimanche d’été à Champex pour y parvenir ?

Amen.

Au coeur des vacances et dans le décor de rêve des montagnes valaisannes, se situe une petite chapelle à proximité d'un lac. Un endroit parfait pour se poser, voire se reposer. Un endroit pour rêver, pour découvrir, pour faire silence et écouter. Écouter la musique. Écouter la parole murmurée et parfois surprenante. S'interroger aussi: c'est quoi être chrétien aujourd'hui ? un état de perfection ? une citadelle de certitude ou encore…

Détails

Chapelle des Arolles, Champex-Lac
Co-célébrant
Mireille Reymond
Organiste
Gérald Chappuis
Musiciens
Roland Volet, trompette