Invitation à vider nos coffres, comme les mages

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Nous sommes venus pour l’adorer. Nous sommes venus pour le louer, pour le reconnaître, pour lui offrir nos présents, ce que nous sommes, ce que nous avons, ce que nous croyons. Nous sommes venus pour l’adorer.
Etrange initiative que celles des mages qui font une marche, un nombre de kilomètres, qui ont quitté confort, foyer : se mettre en route pour louer, pour adorer, pour prier, pour rencontrer celui en qui ils découvrent la lumière de Dieu. Quête surprenante, démarche qui nous étonne, peut-être même qui nous dérange, parce que nous, quand nous faisons des kilomètres, parce que nous, quand nous quittons maison, foyer, confort et que nous nous mettons en route, c’est ou bien pour trouver une plage ou bien pour aller visiter la famille qu’on aime ou peut-être le détour d’une cave dans certains lieux. Mais une telle énergie, autant de kilomètres, autant d’efforts consentis pour louer, c’est une démarche à laquelle nous sommes, je trouve, je crois, peu habitués.
Et c’est pourtant le sens même de la marche des mages, c’est le sens même de cette fête de l’Epiphanie que nous fêtons aujourd’hui. L’invitation, cette magnifique invitation, une invitation différente, une invitation tellement autre de celles auxquelles nous sommes habitués, une marche que nous pouvons à notre tour réinvestir, une attitude que nous pouvons avec les mages cultiver, faire nôtre pour redécouvrir le sens, la saveur, l’importance, le poids de la louange gratuite. Quand, pour la dernière fois, avez-vous pris cette énergie pour louer Dieu ? Pas seulement pour lui demander la santé tout au long de ces jours de 2011, mais pour le remercier, l’accueillir, lui rendre grâce, le reconnaître pour ce qu’il offre, pour ce qu’il est, pour ce qu’il a déjà apporté, déjà donné dans vos vies. Marche des mages, invitation à oser la louange.

Alors, j’entends une question, aussi, pour vous et moi tout au long de cette année qui s’ouvre, pour nous qui planifions probablement déjà des vacances, peut-être un nouveau salon, peut-être des étapes de carrière, peut-être de nouvelles rentrées, ce qui nous fait tant envie en début d’année. Alors la question, c’est : quelle place nous oserons faire, quelle place nous aménagerons au quotidien, dimanche après dimanche, bien sûr, chacune, chacun personnellement, mais aussi dans nos foyers, dans nos familles ? Quand, quand est-ce qu’en couple, en foyer, entre générations, peut-être ne serait-ce qu’à table de temps en temps, avez-vous prononcé la louange et la reconnaissance pour l’abondance qui est la nôtre au quotidien ?
Cette question, bien sûr fondamentale pour notre rythme personnel, je nous la pose à nous, Eglise, conseils, membres d’Eglise, membres d’une paroisse, d’une communauté. Parce que là aussi, la question demeure. Dans le rythme de nos Eglises, de nos institutions, quelle place faisons-nous encore à la louange ? De la place pour la planification des ordres du jour, de la place pour les tableaux Excel avec la parfaite organisation de nos régions : ça, on sait bien faire, on y met beaucoup d’énergie. Et de la place pour le silence qui adore, pour l’attitude qui reconnaît simplement cette présence mystérieuse qui change tout et peut-être qui change même notre vie d’Eglise ? C’est peut-être cela notre prière, notre attente et nos souhaits pour 2011.
Oui, je crois que nous pouvons avec les mages oser un peu plus souvent la louange et la reconnaissance, dire à Dieu ce qu’il est, se dire à Dieu dans ce que nous sommes. Y compris dans ce que nous sommes à travers, bien sûr, nos échecs, nos souffrances, nos écueils, nous en connaissons tous. Les mages en ont connus. Sur leur route, il y a eu cette fausse route à Jérusalem, avec la rencontre avec Hérode, un chemin en cul-de-sac, une erreur, un échec. Et bien, je suis convaincu qu’avec eux, que jusque dans nos échecs et nos difficultés, jusque dans nos fragilités, si nous osons cultiver cette louange, cette reconnaissance, alors je crois que nous verrons régulièrement briller l’Astre, l’Etoile qui guide nos pas.
Nous sommes venus adorer l’Enfant. C’est ce que je nous souhaite, mais ce n’est pas qu’un concept parce que, à la crèche, l’Evangile signale que la louange n’est pas qu’une abstraction, même si c’est une attitude fondamentale. Nous sommes venus adorer l’Enfant, alors nous ouvrons nos coffres. Oui, il y a des coffres à ouvrir, il y a des trésors à donner, il y a dans chacune de nos vies, de nos personnes, de nos réalités, de nos maisons, de nos paroisses, il y a des coffres qui n’attendent qu’à être ouverts, enfin.
Bien sûr que l’offrande des mages signifie ce qu’ils reconnaissent, ce qu’ils découvrent en Jésus-Christ. L’or. L’or du roi, l’or qui leur permet d’affirmer que le Christ est ainsi le roi d’un royaume nouveau. L’encens. L’encens de la prière, l’encens qui fait que nous sommes élevés, réconciliés, rattachés au ciel, le Christ comme un prêtre qui nous fait retrouver les bras du père du ciel. La myrrhe. La myrrhe, ce qui était utilisé pour embaumer les corps, la myrrhe qui déjà à la crèche signale que le Christ va donner sa vie, va assumer cette mort qui va changer le cours de l’histoire du monde et le cours de notre histoire.
Oui, il y a évidemment tout cela dans l’offrande des mages. Mais encore une fois, très concrètement, il y a leurs coffres qui se sont ouverts, il y a leurs mains qui se sont vidées, il y a leurs vies qui se sont dépouillées. Il nous faut réapprendre à nous débarrasser, à nous dépouiller, à enlever ce qui, parfois même dans nos richesses appréciées, prend de la place. Parce que, tant que nous sommes bardés de coffres, nous ne pourrons pas reprendre la route par un autre chemin, comme les mages l’ont divinement fait.
Alors il ne s’agira pas cette année, chacune, chacun, dans la joie de cette invitation, de cultiver la prière intime avec le Christ. Il ne s’agira pas seulement de louer, peut-être un peu plus souvent, dans nos rencontres d’Eglise plutôt que de parler d’Eglise seulement, mais il s’agit, aussi, de découvrir quels coffres peuvent, doivent encore être ouverts dans nos vies.
A nous de faire le ménage, de tirer ces coffres, de les ouvrir, de nous en débarrasser. Il y a sûrement de belles choses à offrir au Christ, à son Eglise, à notre monde, à celles et ceux qui nous entourent. Il y a ainsi, de cette manière, l’occasion de nous dépouiller, de nous débarrasser pour être un peu plus libres, libres pour avancer avec espérance en cette nouvelle année. Oui, parce que nous aussi, nous pourrons chaque jour adorer notre Sauveur et notre Roi, chaque jour reconnaître son visage dans ce monde. La marche des mages est à reprendre dans quelques heures et tous ces jours qui viennent.
Amen !

Détails

Temple de Saint-Sulpice
Co-célébrant
Organiste
Ezko Kikuchi
Musiciens
Anne Guyaz, chant