Quand l'Eglise reçoit l'Esprit

Temple d'Orzens (©Frédéric Burkhard)

Écouter le culte :

Il y a dans l’élan de Pentecôte un concentré d’énergie qui fait du bien. Le feu qui se dépose dans le cœur et la vie des croyants va faire émerger au sein de cette jeune communauté un élan généreux : une communauté qui respire, qui grandit, qui témoigne, qui prend soin de ses membres. Une communauté qui évolue, qui se déplace, qui rayonne, qui accueille et qui part à la rencontre des autres. Tout ça, c’est le fruit de cet Esprit qui stimule les croyants. Et ça fait du bien.

Mais les textes qui témoignent de cette étape signalent en même temps que tout n’est pas si lisse, si simple, si facile et si évident ! En même temps que surgit cet élan généreux, il y a des contestations, des tensions, et même une certaine violence qui va conduire à la mort d’un des premiers chrétiens, Etienne. La jeune communauté se situe dans cette tension entre la joie de l’énergie divine qui les visite et qui les booste, et entre des contestations fortes : les autorités de la tradition juive de l’époque n’apprécient pas du tout les références à Jésus ressuscité et à la souplesse qu’il a suggéré de cultiver avec la tradition. On a donc une communauté fragile, minoritaire, critiquée qui se voit contrainte de migrer, ou en tout cas de se déployer autrement, dans des régions où on viendra peut-être moins les contester.

L’Eglise du livre des Actes, du coup, ressemble un peu à la nôtre : il y a en nous des élans de joie, des énergies de confiance qui nous poussent à la rencontre, à la solidarité, au témoignage, mais aussi des inquiétudes, parfois des blessures et des inconforts devant les défis et les épreuves que notre monde nous impose.

Alors, dans cette situation un peu tendue entre joie et inquiétude, entre élan et peur, j’aimerais revenir avec vous sur l’expérience que Philippe fait sur la route de Gaza dans sa rencontre avec l’Ethiopien de retour de pèlerinage à Jérusalem qui va conduire au baptême. Il y a dans cette préparation express au baptême (un KT de quelques heures seulement), trois sources d’encouragement pour Philippe, pour l’Ethiopien, et donc pour nous dans les inquiétudes et les tensions qu’il nous arrive de porter.


Première source d’encouragement : la rencontre sur une route déserte.

Philippe est envoyé sur une route où il n’y a personne. Ça contredit tous les concepts de marketing et de communication. Personne ! Ce chemin désert illustre assez bien ce que l’on ressent parfois dans nos communautés : à quoi bon continuer, à quoi bon imaginer des projets, à quoi bon s’engager. Philippe a connu ça ! Et c’est là que surgit le char de cet Ethiopien, prémisse d’une rencontre riche et inoubliable.

Il ne s’agit pas de systématiquement fuir le monde, mais de nous rappeler avec Philippe que, là où, apparemment, il n’y a pas grand-chose à partager, des rencontres mystérieuses surgissent.

Je nous invite donc à persévérer pour guetter et discerner des rencontres qui feront sens. Guetter et discerner des rencontres inattendues qui s’avéreront des perles. Il nous faut sortir, rencontrer, avancer, même là où l’on peut se sentir seul. Il y a des rencontres fécondes à vivre.
 

Deuxième source d’encouragement : le dialogue autour de la Bible

Sur le char, Philippe est interpellé par les questions bibliques, spirituelles, existentielles de l’Ethiopien : « Je vois bien que ces textes disent des choses fortes, mais je ne les comprends pas »

Là aussi, rien de nouveau : on mesure l’importance de la Bible, mais qu’est-ce que c’est compliqué de s’y plonger ! Mais dans le dialogue, l’enrichissement mutuel, le questionnement à plusieurs, des sens émergent. Plusieurs sens souvent !

Le passage d’Esaïe discuté par nos deux passagers évoque un personnage qui souffre. C’est qui, demande l’Ethiopien ? La figure du Messie annoncé par Esaïe, le Christ, assurément, pour Philippe. Mais c’est peut-être l’eunuque Ethiopien, ce personnage qui souffre et qui n’aura pas de descendance.

Autrement dit, chaque fois que l’on ouvre les Ecritures à la suite de ces deux hommes, qu’on discute et qu’on s’interroge, c’est de nos vies que l’on parle. C’est de notre histoire que l’on parle. La tienne, la mienne. Et sur nos histoires de vie vient se greffer la force d’espérance de Dieu.

C’est pour ça qu’il nous faut continuer à lire et à commenter ensemble les Ecritures, parce qu’il y a là une source inestimable d’encouragement. Combien y a-t-il de groupes dans nos paroisses, dans nos quartiers, dans nos villages, qui s’y emploient ? Nous avons là assurément une marge de progression !


Et enfin, la troisième source d’encouragement, c’est le baptême à la fin du récit.

Il y avait donc un sens à se rendre sur cette route déserte. Mais plus fondamentalement, le baptême devient un tremplin pour celui qui le reçoit : cet étranger à l’histoire de vie compliquée (c’est un eunuque) et aux responsabilités importantes à la cour de la reine d’Ethiopie, reçoit le signe indélébile que sa vie est accueillie par Dieu sans condition. Il se sait définitivement aimé et accepté alors que ces signaux-là ne sont pas toujours présents dans sa vie. Le signe d’une vie aimée et acceptée sans condition.

Et bien le baptême qui affirme et consacre cela, dans ce récit, précisément, n’a pas de condition ! Quelques heures sur un char, on discute, un point d’eau et hop, on baptise.

Quelques manuscrits du christianisme primitif ont rajouté une condition, qui n’a pas été retenue dans nos Bibles : il faudrait quand même que l’Ethiopien au moins confesse sa foi en Jésus-Christ, fils de Dieu. Mais nos versions bibliques n’ont pas retenu cette condition. Et je m’associe à cette lecture qui met en avant que dans ce récit, il n’y a pas de condition au baptême. Pas de condition pour accueillir la grâce et l’énergie de Dieu dans nos vies.

Là où des hommes d’Eglise ont aimé mettre des critères et des conditions pour vivre un sacrement – ce que je dois faire pour être baptisé, ou pouvoir communier – notre récit souligne que le sacrement du baptême est un tremplin pour un avenir lumineux et paisible.

Nous pouvons donc oser témoigner d’un Dieu qui ne place pas de condition pour vivre de son Esprit.

Nous pouvons donc nous encourager à rendre compte de cette chance offerte dans les sacrements du baptême et de la cène :  il y a là la force d’un mystère qui nous dépasse et nous pousse en avant.

Alors, ces jours où il nous arrivera sûrement de ressentir ce que Philippe et la jeune Eglise ont expérimenté comme inquiétudes, sentiments de solitude, déceptions ou épreuves, souvenons-nous de ce chemin désert vers Gaza :

- Il y a encore des rencontres vivifiantes à guetter.
- Ne te prive pas de laisser ta vie être nourrie par le travail biblique.
- Souviens-toi de la chance qui t’est offerte dans les sacrements. Pas d’examen pour les passer, juste les accueillir dans la confiance.

Amen.

Le Souffle de Dieu porte et inspire les croyants. Il rend visibles et concrètes les promesses de l’Evangile, appelant l'Eglise à sortir de ses frontières. Parfois même de manière contrainte, et au risque de la persécution, voire de la mise à mort. Mais, fragile et minoritaire, l'Eglise se sait habitée d’une solide espérance: elle est amenée à rencontrer les hommes et les femmes de son temps. Dans le désert de la solitude et face aux défis ou aux épreuves de ce temps, des rencontres extraordinaires peuvent alors surgir. Un rappel revigorant en cette fête de Pentecôte!

Détails

Intervenants
Francine Guyaz, diacre, pour la liturgie et Evelyne Lavanchy, pour les lectures
Organiste
Edith Dubler
Musiciens
Choeur mixte de Rueyres, sous la direction d'Ariane Miéville