Une pierre pour s'appuyer ou pour trébucher?

Temple de Môtiers (©Sinenomine2, CC BY-SA 3.0 Wikimedia Commons)

Écouter le culte :

La pierre symbolise notre besoin de stabilité

Quel plaisir de célébrer dans cette église de Môtiers restaurée après plus d’une année et demie de travaux ! Quel plaisir aussi de pouvoir le partager avec les auditeurs de la radio !

Nous avons choisi le thème des pierres comme fil conducteur de ces trois cultes radiodiffusés depuis Môtiers. La pierre, les pierres, jouent un rôle important dans la Bible. Elles se déclinent à travers beaucoup d’images évocatrices que nous allons explorer à travers ces trois cultes.

Le besoin de poser une pierre, une stèle, pour marquer un lieu et être témoin d’un événement est très ancien. Les pierres évoquent donc notre besoin de points de repère, de stabilité. La plupart du temps, dans nos régions, nos maisons sont construites en pierre, naturelle ou reconstituée comme le béton. Avec le bois, la pierre constitue le matériel principal de construction. Elle évoque la sécurité et la stabilité.

Quelqu’un me partageait récemment après avoir vécu un incendie d’une maison qu’il avait préféré la pierre et le béton pour la nouvelle construction. D’ailleurs, dans le conte bien connu des trois petits cochons, c’est la maison faite de brique et de ciment qui résiste au souffle du grand méchant loup. C’est cette maison-là qui constitue le refuge solide et sûr.

La pierre, c’est la solidité et la stabilité. Même dans le domaine économique, on dit parfois qu’il faut investir dans la pierre, c’est-à-dire dans l’immobilier, pour assurer une stabilité des placements.

J’ai choisi d’explorer aujourd’hui une parole bien connue de la Bible : « La pierre que les bâtisseurs avaient rejetée est devenue la pierre principale. » On la retrouve dans plusieurs textes. Cette parole nous interroge aujourd’hui sur ce que nous faisons quand nous inaugurons une église restaurée. Elle va aussi questionner notre besoin de stabilité et nous inviter à mettre notre sécurité en Dieu.

 

La pierre rejetée devenue la principale (Psaume 118, 22)

Commençons tout d’abord par le Psaume 118 d’où cette parole provient à l’origine.

Le Psaume 118 (117 dans les Bibles catholiques) fait partie des chants de louange qui étaient utilisés dans les fêtes juives de Pâque, Pentecôte et des Tentes. C’est une prière à la fois individuelle et collective. Dieu est intervenu en faveur d’un de ses serviteurs qui lui a fait confiance à travers les difficultés. Cette action de grâce individuelle s’insère dans une invitation collective à la louange. Tout Israël, les prêtres et les fidèles sont invités à la louange. On peut imaginer une procession qui se dirige vers le temple de Jérusalem avec une cérémonie à l’entrée et une célébration liturgique à l’intérieur de l’édifice. Les mêmes mots de louange commencent et terminent le Psaume :

« Louez le Seigneur, car il est bon, et son amour n'a pas de fin. »

Pour la plupart des commentateurs de la Bible, ce Psaume est lié au temple de Jérusalem reconstruit après l’exil à Babylone, mais les circonstances exactes sont difficiles à préciser.

Après l’entrée dans le temple, le psalmiste célèbre Dieu qui lui a répondu et est venu à son aide. Juste après, intervient cette parole un peu énigmatique au verset 22 :

« La pierre dont les maçons ne voulaient pas est maintenant la principale, la pierre de l'angle. »

Mais qu’est-ce que représente cette pierre rejetée devenue maintenant la principale ?

Il y a plusieurs hypothèses qui se complètent les unes et les autres.

Premièrement, cela peut évoquer une certaine déception. Pour ceux qui ont la mémoire de l’ancien temple de Jérusalem, celui d’avant la destruction babylonienne, le nouveau temple n’est pas aussi beau, ses matériaux ne sont pas aussi nobles. Le livre d’Esdras raconte que la pose de la fondation du nouveau temple était mêlée de cris de joie et de pleurs surtout parmi les plus âgés.

Le Psaume 118 choisit, lui, le regard de la joie et de la célébration. Cette pierre rejetée est maintenant la pierre principale et c’est l’œuvre du Seigneur. Ainsi cette pierre du temple devient aussi l’image du peuple d’Israël exilé et maintenant de retour dans son pays. Elle évoque aussi Dieu lui-même, célébré comme le Dieu unique après le drame de l’exil. C’est un retournement complet qui est vécu et célébré dans ce Psaume. C’est aussi le retournement que chacun peut vivre quand il retrouve l’espoir, et peut poser un nouveau regard sur la vie : se sentir aimé, important et précieux.

 

Une pierre pour s’appuyer

Ainsi, la stabilité que nous recherchons dépend aussi de la manière dans nous voyons les choses et les événements de la vie. Au-delà des pierres, c’est Dieu qui offre la stabilité à nos vies.

Finalement, le temple reconstruit à Jérusalem n’est qu’une halte sur le chemin de la foi. Il est imparfait, un peu comme notre église de Môtiers dont les murs ne sont pas parfaitement droits ! Les précédentes restaurations avaient tenté de rectifier cela avec du ciment, aujourd’hui retiré. Avec ses murs imparfaits, l’église de Môtiers offre aussi une halte pour refléter la lumière de Dieu. Depuis largement plus de 1000 ans des personnes prient et célèbrent ici et nous rappellent ces mots du Psaume 118 :

« Louez le Seigneur, car il est bon, et son amour n'a pas de fin. »

Parfois, nous aimerions bien pouvoir nous appuyer de manière permanente sur quelque chose de stable comme de la pierre, mais la foi est une marche. Nos églises et temples ne sont que des haltes sur ce chemin. « Le Dieu très-haut n'habite pas dans des maisons construites par les hommes », nous dit le livre des Actes des Apôtres. Le témoignage des réfugiés d’Ukraine et d’ailleurs nous rappelle douloureusement que même ce qui paraît stable et solide peut s’effondrer !

La pierre principale devient alors une image pour regarder plus loin : la véritable stabilité, c’est Jésus-Christ, nous dit le Nouveau Testament. C’est lui la pierre rejetée par les bâtisseurs, devenue la principale. La pierre est une personne vivante et cela change totalement la perspective. Jésus ne nous évite pas les épreuves, mais il nous offre la stabilité à travers elles, lui qui est mort et ressuscité.

Dieu n’habite pas dans des maisons construites par les humains, mais en Jésus-Christ, il veut habiter nos cœurs, quelles que soient les circonstances de nos vies. Il habite nos cœurs, à nous qui sommes réunis dans cette église de Môtiers, comme il habite vos cœurs à vous qui nous écoutez à travers la radio. C’est lui qui nous relie les uns aux autres. Il nous offre une maison et fait de nous une famille, celle des croyants. C’est sur la présence et l’amour de Jésus-Christ que nous pouvons nous appuyer pour nos vies.

 

Une pierre pour trébucher ?

Nous aimerions bien pouvoir nous poser en sécurité, définitivement à l’abri de tous les dangers, mais ce n’est pas ce qu’offre Jésus. Si nous voulons mettre la main sur lui, nous enfermer dans de fausses sécurités ou refuser Dieu parce que nous attendons un super-héros, c’est alors que nous pouvons trébucher !

L’image de la pierre se transforme encore ! Quand on fait une randonnée, il y a des pierres sur lesquelles on peut s’asseoir pour une halte. Il y a aussi des pierres qui peuvent nous faire trébucher. C’est d’ailleurs souvent quand on est trop sûr de soi que les accidents de montagne arrivent. Cela nous rappelle la fragilité de la vie et aussi qu’elle est précieuse.

Jésus-Christ est à la fois la pierre sur laquelle s’appuyer et la pierre qui peut nous faire trébucher quand nous nous enfermons dans de fausses certitudes, quand nous recherchons de fausses sécurités, quand nous enfermons Dieu dans ce que nous croyons avoir compris de lui ! Trébucher, cela peut aussi nous faire repartir d’un pied nouveau, changer de regard.

Finalement, le pas de la confiance sur le chemin de la foi est à refaire chaque jour. C’est une sorte de conversion permanente à laquelle nous sommes invités.

 

Des pierres vivantes pour refléter la lumière

L’image de la pierre se transforme encore. Comme le Christ, nous pouvons aussi devenir des pierres vivantes quand nous aimons la vie et offrons des appuis aux autres. Nous pouvons accueillir la lumière du Christ et la refléter comme les pierres de cette église restaurée reflètent si bien la lumière du nouvel éclairage.

Refléter la lumière, c’est pouvoir poser un regard qui s’émerveille de la vie, qui voit en l’autre un frère ou une sœur, au-delà de toutes les duretés et laideurs. C’est laisser le Christ habiter toutes nos imperfections pour qu’elles soient signes qu’un chemin de vie est possible au cœur de ce monde troublé.

Les pierres vivantes, c’est nous toutes et tous, ici dans cette église ou chez nous. Je nous vois, ici à Môtiers ; je vous imagine chez vous, chacun dans son lieu de vie. Tous et toutes, nous sommes appelés à être des pierres vivantes pour refléter la lumière du Christ avec nos couleurs particulières. Nous pouvons être des appuis les uns pour les autres et transmettre cette louange :

« Louez le Seigneur, car il est bon, et son amour n'a pas de fin. »

Amen.

Le besoin de poser une pierre, une stèle, pour marquer un lieu et être témoin d’un événement est très ancien. Avec Jésus-Christ, la pierre devient une personne. Lui-même se désigne comme «la pierre rejetée par les bâtisseurs qui est devenue la pierre d’angle». L’image se transforme, tout comme le rapport à Dieu proposé par Jésus. Entre besoin de stabilité et invitation à la nouveauté, comment allons-nous nous appuyer sur cette pierre sans trébucher?

Détails

Intervenants
Sœur Odette Piazzini, pour les lectures
Organiste
Jean-Samuel Bucher
Musiciens
Chœur des paroisses catholiques du Val de Travers, sous la direction d'Olivier Ecklin