Harmonie cosmique en Christ

image

Écouter le culte :

Si l’on vous demandait de raconter notre monde, qu’en diriez-vous ?
Je dirais d’emblée que notre planète est d’abord juste magnifique, comme en témoignent les images transmises par les satellites, petite merveille bleutée qui tourne dans l’univers, si fragile et si forte pourtant.
Je décrirais ses paysages renversants, beaux à couper le souffle, et ces images splendides que l’on découvre au gré d’un voyage ou d’un reportage. Je dirais aussi la vie riche et multiple, les villes, véritables fourmilières humaines, les campagnes où l’activité humaine se mêle à la nature, les saveurs infinies, et les senteurs aussi.
J’évoquerais ces ressources presque infinies qu’elle recèle en ses profondeurs, comme des trésors dans lesquels l’humanité puise, hélas sans vergogne.
Je parlerais des vivants qui l’habitent, de la vie animale qui grouille, et de la peur d’en voir disparaître tant d’espèces.
Et tous ces humains, avec leurs différences, et du coup avec leurs différends, ces humains avec leur soif d’amour, et leur soif de pouvoir, avec leur potentiel d’invention, de créativité, d’ingéniosité.
Ce regard plutôt émerveillé ne me rend pas pour autant aveugle.

Bien sûr, je vois aussi des réalités qui font trembler le monde, et je parlerais aussi de ces catastrophes, encore et partout, de ce climat qui s’affole et de notre lente, trop lente, prise de conscience.
Je nommerais évidemment ses déchirures, ces déséquilibres croissants entre extrême richesse et grande pauvreté, entre accès à la connaissance et absences de moyens, entre pouvoir et impuissance et ces fossés se creusent toujours davantage. Et ici et là se dressent des murs et des forteresses pour que les plus nantis se protègent.
Je pense à ces populations abandonnées à leurs précarités. Je pense aussi à ces folies meurtrières qui régulièrement s’emparent de l’humanité et en détruisent la moitié. Alors je peux sentir des tourbillons d’angoisse et de peurs.
Heureusement, il y a aussi toutes ces luttes pour plus de justice, plus de respect, qui naissent et croissent… heureusement!

Je parlerai encore de ces défis qui sont à notre porte : un monde qui se globalise et devient portée de main et se fissure. Aussi des rythmes qui s’emballent à une vitesse vertigineuse, et notre perception du temps et de l’espace qui se transforme ; des possibilités technologiques extraordinaires que l’on n’imaginait pas et qui vont très vite complètement bouleverser notre mode de vie et notre travail. Ces évolutions sont tellement rapides que l’on galope pour les comprendre, les intégrer, les gérer… ou que l’on préfère ne pas y penser !
Et en même temps, l’on voit fleurir un peu partout des désirs de qualité de vie, d’une manière de vivre ensemble simple et authentique, naturelle, et ce mouvement gagne les jeunes générations.

Quels contrastes dans ces constats, on en aurait la tête qui tourne ! Avec du bonheur plein les yeux, des possibles pleins les mains, et des drames qui se multiplient. Notre monde à la fois absolument passionnant et terriblement inquiétant.
Impossible d’être exhaustif, mais en tous les cas nous pouvons tomber d’accord sur le fait que notre monde ne dégage pas vraiment une harmonie cosmique – comme celle que chante notre hymne au Christ.

A l’heure où cet hymne du Christ a été écrit (et probablement était-il chanté lors de liturgies), on se représentait le monde pris par une imbrication de conflits permanents entre les éléments du monde et les forces cosmiques – que les humains ne voyaient pas mais dont ils étaient tributaires – et ces conflits cosmiques se répercutaient dans toutes les dysharmonies de la terre dont ils étaient la cause. Si une telle vision des choses avait l’avantage de donner une explication, par contre elle faisait de l’humanité le jouet de ces puissances qui la dirigeait sans qu’elle puisse choisir son destin.

Dans ce contexte, l’hymne au Christ prenait alors tout son sens ; en effet, dans cet hymne, le Christ règne sur l’univers entier : le cosmos. Il est le Maître du monde visible et du monde invisible. Il crée et réconcilie tout, tout est nouveauté de vie harmonieuse en lui, tout est paix en lui, et donc possiblement en l’homme, et entre les hommes, entre les hommes et le cosmos.

En proposant aux croyants la vision d’un Christ Maître de l’espace, de l’univers et donc de tous les temps, depuis toujours et pour toujours, d’un Christ souverain de toutes les puissances humaines et cosmiques, cet hymne offrait une vision du monde renouvelée, libérée, apaisée. Et pour ceux qui adoptaient cette vision comme leur espérance, visionnaire et réelle, cette vision pouvait faire naître la paix, la cohésion, l’espérance.
Cette vision d’un Christ puissant d’une puissance de paix, un Christ souverain qui malgré les apparences a déjà gagné sur les puissances et les pouvoirs de toutes sortes, est sans doute restée davantage présente dans la théologie et les représentations des Eglises chrétiennes d’Orient.

Si aujourd’hui, avec notre sensibilité et nos défis de croyants du XXIe siècle, nous recevions le message de cette image, qu’est-ce que cela induirait ? Une confiance à plusieurs facettes :

- Notre monde n’est définitivement pas entre les mains des puissances obscures ni même aux autorités humaines. Christ domine toutes les puissances humaines ou obscures qui pourraient asservir l’homme. Place à la liberté, et donc à la libération de tout ce qui entrave la vie de l’être humain, son développement, son équilibre, sa dynamique, sa recherche d’harmonie.

- Notre monde n’est pas condamné à s’abîmer dans l’absurdité : le Christ donne la cohésion, tient le tout, donne un sens et une plénitude – jusque dans l’Eglise. Place à la cohésion, au sens donné à l’existence, place à la plénitude qui comble les soifs les plus profondes : soif de se sentir exister, soif d’aimer et d’être aimé.

- Notre monde n’est pas condamné à sombrer dans la destruction et la haine. Le Christ, en allant jusqu’au bout de l’amour et du pardon, en refusant vengeance et la violence, a tué la haine. Place à la réconciliation et à la paix !
Le ton est donné : il s’agit pour les croyants de vivre en paix, libres de toute emprise humaine ou cosmique, portés par la confiance en ce Christ qui donne cohésion et harmonie, portés par l’espérance d’une recréation constante et d’une force de résurrection qui chante les forces de la vie plus fortes en définitive que celles de la mort.

Il s’agit de porter cette vision, et c’est une vision… visionnaire ! Elle est à contempler, et à vivre, et à faire vivre. Il s’agit de laisser place à la liberté, à la cohésion, à la réconciliation données en Christ ; de les voir, de les laisser grandir, en nous et autour de nous. Et les laisser grandir en nous et autour de nous signifiera des choix dans l’existence, dans la manière d’être soi-même, avec les autres, avec l’humanité entière, avec notre environnement, lui aussi entre les mains pacifiantes du Christ. Cela impliquera de vivre comme un homme nouveau, une femme nouvelle, comme nous y invite la suite de la lettre.

Comme premier-né, le Christ nous précède de notre origine à notre résurrection : la voie est ouverte, il fait le chemin, il le facilite, comme un aîné fait le passage pour les suivants – et les cadets des familles le savent bien.

Et c’est vrai, à relire les évangiles, l’on découvre en ce Jésus de Nazareth une liberté d’être et de croire, un courage de parler vrai qui chasse les hypocrisies et les non-sens et qui va à l’essentiel, un pardon infini et puissant qui relève et restaure ceux et celles qui le courage de le recevoir et de le donner.
Comme image accomplie du Dieu invisible, le Christ en Jésus de Nazareth donne à Dieu son visage humain, et du coup il donne à l’homme son visage divin : le Christ met Dieu à notre hauteur, et en même temps il nous suggère de vivre en images de Dieu et il nous suggère comment le vivre.
Car nous le sommes nous aussi, images de Dieu, nous hommes et femmes, humanité en dialogue et en vis-à-vis. Nous lui ressemblons, à ce Dieu qui n’a jamais abandonné son rêve de vouloir que la vie soit belle et bonne, et cette ressemblance a besoin d’être toujours rappelée et mise à l’honneur, et soignée pour ne pas être défigurée.

Alors oui, une telle vision d’une harmonie cosmique donnée par et pour le Christ est sans arrogance aucune, mais au contraire profondément et largement pacifiante ; car ce Christ souverain, par la réconciliation et non par une puissance qui écrase, a de quoi donner à nos vies une belle envergure qui renouvellera notre existence dans toutes ses facettes. Et cette existence humaine nourrie de cette vision, vous l’entendrez développer dimanche prochain dans une prédication de mon collègue sur la suite de la lettre aux Colossiens.

Déjà, nous pouvons, là où nous sommes, là où nous en sommes, porter cette vision visionnaire, si forte, et si apaisée. Elle fera de nous hommes et de femmes nouveaux, elle induira dans nos vies le goût de la libération, la recherche de la cohésion, le gain de la paix. Et si cette vision nourrit nos cœurs et nos vies, elle aura un rayonnement, là où nous sommes, là où nous en sommes.

Amen

Une harmonie cosmique donnée par et pour le Christ – quelle prétention et quelle impertinence de le penser, à l’heure où les religions se côtoient, où les équilibres sociaux et politiques sont en pleine mutation! Et que dire de l’atmosphère tel une poubelle qui entoure notre planète, et de chaque catastrophe qui nous est immédiatement rapportée avec son cortège de victimes ?

Détails

Intervenants
Anne-Marie Stumpf, Suzanne Schild
Organiste
Dieter Lämmlin
Musiciens
Chorale africaine de l'Eglise française de Bâle, sous la direction de Suzanne Lehmann