EMMANUEL, Dieu avec nous !

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Juste après l'histoire dorée des mages venus d'Orient, voici le récit de la fuite en Egypte, d’un massacre d'enfants. Triste suite à la douce histoire de Noël ! Dureté pour un premier dimanche de l'an, alors que tant de voeux de bonheur viennent d'être échangés !
D'emblée, Matthieu montre le Christ nouveau-né confronté aux forces du mal, et emmené en exil. Et ce sera là notre première étape d'écoute : le récit d'une famille qui fuit un massacre dont le père a l'intuition, ou même la conviction... c'est hélas, un événement qui n'a cessé de se répéter dans l'histoire humaine, d'un pays à un autre, d'une époque à l'autre... d'ailleurs, des peintres ont représenté la scène de la fuite en Egypte en imaginant la famille de Jésus sous les traits de réfugiés de leur pays. Dans notre histoire d'évangile, pour que la famille soit sauvée, il a fallu que le père écoute l'injonction de Dieu dans son rêve, qu'il emmène sa famille de nuit, qu'il trouve un pays d'accueil (et dans la bible, L'Egypte est le pays idéal pour se réfugier), il a fallu encore que le retour soit possible une fois le danger réellement écarté...
Et si personne n'avait cru cette intuition ? Et si quelqu'un avait exigé des preuves du danger couru ? et si aucun pays ne les avait reçus ? et si, une fois la famille revenue dans sa patrie, on les avait accusés d'avoir été des lâches ?
Les responsables de nos pays, qui doivent décider de la politique d'asile ont une tâche extrêmement difficile et délicate, c’est sûr ! Mais notre histoire de Dieu parmi nous qui, tout bébé, a vécu la menace l'exil, le refuge, et a été épargné, nous interdit l'indifférence et nous rend définitivement sensibles à ceux et celles qui fuient les drames qui couvent dans leurs pays, sans avoir toujours des preuves bien établies.
Dans notre récit, presque toutes les décisions de Joseph semblent prises sous l'effet de songes parfaitement clairs et précis. Comme si Joseph n'avait pas d'initiative propre, comme si tout était simple : Dieu parle, Joseph écoute et obéit. Pour nous, c’est rarement si évident. La manière de raconter paraît terriblement simplificatrice, irréaliste !
Mais ce qu'il y a d'intéressant, c'est peut-être bien l'interaction Dieu-être humain, mise en oeuvre dans notre histoire, et ce sera notre deuxième étape d'écoute : Dieu inspire Joseph en intervenant jusque dans son sommeil. C'est vrai que les rêves et leurs injonctions tiennent une place particulièrement importante dans le début de l'évangile de Matthieu. (Au moment de la grossesse de Marie, avec les mages, avec Joseph enfin). Comme si c'était un moyen privilégié de Dieu pour communiquer avec les humains... Ce qui apparaît, c'est que le Dieu dont il est témoigné ici ne se limite pas à agir sur notre conscience éveillée et notre raison. Il est montré comme un Etre qui entre en relation avec la totalité de nos personnes, même avec la part de nous-mêmes qui nous échappe, car s'il y a quelque chose que nous ne commandons pas, sur laquelle nous n'avons pas de prise, ce sont bien nos rêves, qui quelquefois nous amusent, souvent nous surprennent, parfois nous dérangent, nous choquent !
Même si nous sommes nombreux à être restés impressionnés par tel ou tel songe qui a marqué notre parcours de vie, si de nombreuses personnes parmi nous sont persuadées que nos rêves peuvent nous en apprendre beaucoup sur nos souvenirs, nos manières de fonctionner, nos peurs, nos désirs, ce n'est pas si fréquent dans notre mentalité de les écouter, et de prendre le risque de leur obéir... Et pourtant, si non seulement ils révélaient une part importante de ce que nous ressentons, percevons, redoutons ou désirons, mais s'ils pouvaient être reçus comme messages de Dieu, intuitions de ce que nous avons à vivre, avertissements dont nous pourrions tenir compte, ils deviendraient un moyen, un de plus, entre Dieu et nous !
A travers les rêves de Joseph, Dieu est présenté comme celui qui enjoint à son protégé de fuir le mal, sans rien résoudre du tout, puisque la sauvagerie aura lieu, puisque d'autres bébés mourront, puisque des mères hurleront leur douleur... Joseph peut paraître comme le roi des lâches : il fuit, sachant la menace qui pèse sur les enfants de la région... il ne sauve que le sien… !
Et voilà notre troisième étape d' écoute : Je n'ai pas d'explication à cette impuissance de Dieu, limite à sa toute-puissance, liberté jusqu'à l'extrême de l'être humain, déchaînement visible du mal, qui n'aura pas le dernier mot, mais qui sert à quoi ?, mais je constate une fois de plus que dans les histoires de la Bible, comme dans le monde autour de nous, la venue du Messie n'a pas éliminé le mal ni le malheur, ni à sa naissance, ni même après sa résurrection... Je constate que la première réponse au mal, apportée au tout début de sa vie, a été la fuite devant les forces du mal...
Plus tard, devenu adulte, quand Jésus se rendra compte que cela va mal tourner pour lui, il aura, dans le jardin de Gethsémané, le désir d'échapper aux souffrances et à la mort qui l'attendent. Il dira à ses amis : «mon âme est triste à en mourir» et à Dieu : «Père, s'il est possible, que cette coupe passe loin de moi !»
Mais il ne fuira pas... il affrontera ce qu'il a à vivre, il affrontera la souffrance et la mort, montrant ainsi qu'il nous accompagne sur tout ce chemin lorsqu'il est le nôtre; il dépassera la souffrance et la mort pour nous emmener plus loin... On pourrait se dire : à cause de ce chemin vécu par le Christ, à cause de la promesse d'accompagnement et dépassement qu'il annonce, le Christ nous invite à ne pas fuir, mais à affronter le mal et la mort... ! C'est parfois vrai !
Voilà, notre récit d'aujourd'hui de fuite devant le malheur annoncé, apporte un bémol : il y a peut-être des situations, des moments dans la vie, où la fuite n'est pas que de la lâcheté, mais du réalisme; il y a des fois où ce ne sera pas un manque de confiance, mais le fruit d'une écoute de Dieu...
Il peut arriver que la fuite permette de revenir plus fort pour affronter plus tard le mal et ses menaces... Il y a peut-être des moments où nous avons nous-mêmes autant besoin d’être protégés qu’un enfant nouveau-né, des circonstances où nous avons quelqu’un à protéger... Il y a des fois où la réalité est telle que nous ne pouvons pas sauver les autres... Alors voilà que nous sommes invités à diversifier nos réactions au mal, à porter un regard plus nuancé sur la fuite, nos fuites, celles des autres...
3 étapes d'écoute, choisies parmi d'autres, mais qui rendent ce récit précieux pour un début d'année : Le Christ, cet enfant-roi né pour notre bonheur et notre vie, on raconte que dès sa naissance il a été confronté à ce qu’il y a de pire dans l’humain et ceci nous rendra définitivement sensibles, attentifs à ceux et celles qui doivent prendre la route de l'exil, à ceux et celles qui fuient l'horreur.
La venue de ce Christ, enfant-roi pour notre bonheur, n'a pas éliminé le malheur... mais Dieu, actif même dans les parts les plus secrètes de notre être, peut inspirer nos actions jusque par nos rêves... Ce Dieu, qui compose avec la réalité, a une fois au moins suscité comme réponse au mal la fuite... ce même Dieu qui a pleuré les larmes de ces mères, ce Dieu-là sera à nos côtés, dans tout ce que nous aurons à traverser dans les jours qui viennent : EMMANUEL (Dieu avec nous).


Amen !

Détails

Intervenants
Organiste
Pierre-Laurent Haesler
Musiciens
Priscille Habegger (violoncelle)