Ma vie ne tient qu'à un fil...

image

Écouter le culte :

Chers auditeurs de la RTS, chers citoyens d’un jour à Saint-Laurent-Eglise,
« Ma vie ne tient qu’à un fil ! »

En m’arrêtant et en me retirant dans un lieu tranquille pour préparer cette prédication, je me suis placé devant Dieu et j’ai fait silence. Le temps passant, du cœur de ce silence, a grandi en moi cette sorte de lucidité que l’on reçoit parfois dans nos vies, et qui me disait :
« Ta vie, Ô homme, ne tient qu’à un fil ! »

Je traverse en effet une période difficile depuis juin dernier…et pour tout dire, je n’avais guère envie de prêcher ! Quand je me sens éprouvé, je préfère, en général, comme l’ours en hiver, aller m’enfouir dans ma tanière. De plus un culte à la radio…Oh non, vraiment pas ! Et mon collègue Jean Chollet qui me propose un cadre imposé pour cette prédication - pas étroit il est vrai, mais cadre quand même - à savoir de choisir une des figures que l’on trouve dans la généalogie de Jésus dans l’Evangile de Matthieu… J’ai passé un mauvais quart d’heure, même deux !

Puis, de fil en aiguille, seul devant Dieu, je me suis résolu à partir de là, à savoir de ce temps difficile que je traverse…oui, après tout, pourquoi le cacher, je ne suis sûrement pas le seul humain sur cette terre qui traverse une période difficile, et peut-être bien que parmi vous, les auditeurs de la RTS, quelques uns aussi se trouvent dans une situation difficile ? Et peut-être aussi que quelques uns parmi vous, dans cette église chaleureuse de Saint-Laurent ce matin, traversent une période difficile… Alors je me suis dis : « Eh bien, essaie de mettre des mots sur ce que tu vis et peut-être que d’autres que toi y trouverons leur compte ».

« Ta vie ne tient qu’à un fil ! »
Pour mettre en image cette réalité subjective, j’ai invité 2 montagnards aguerris qui ont bien voulu se suspendre à un fil dans notre église et qui se balancent au bout de leur baudrier, suspendus qu’ils sont à la galerie de notre temple. (Ils viennent d’en descendre car ils se trouvaient là déjà depuis avant le début du culte !)
Tout tient dans le fil, en l’occurrence une corde de rappel, mais si celle-là se rompt, alors ils seront en mauvais état à l’atterrissage ! Merci à vous cher Nicolas, chère Gaby, d’être là ; votre suspension a valeur de symbole de nos vies d’humains !

Pour revenir au cadre proposé par mon collègue, quel personnage choisir dans la généalogie de Jésus?
C’est un fil qui s’est imposé à moi, celui dont ont dépendu les deux espions israélites, suspendus au fil préparé par une prostituée, Rahab, qui avait choisi de les cacher sur la muraille de la célèbre ville de Jéricho, et ceci peu avant qu’elle ne soit prise par l’armée de Josué.

Et voilà, nous y sommes…tous les ingrédients sont en place !
« Ma vie, qui ne tient qu’à un fil »
-Celle de Nicolas et Gaby, alpinistes, suspendus dans leur baudrier ;
-Celle des espions israélites, suspendus non seulement à une corde, mais aussi à la parole d’une prostituée qui aurait pu les mettre au bout de cette corde pour les laisser aller s’écraser au pied de la falaise de Jéricho !
Et vous chers auditeurs, chères auditrices, à quoi tient votre vie ?
Et toi, bébé Jésus dont la famille à Noël fuit en Egypte, à quoi tient ta vie ?
Et vous les Syriens d’aujourd’hui, qui fuyez votre pays, à quoi tient votre vie ?
Et vous les Philippins, livrés aux furies d’un typhon, à quoi tient votre vie ?
Et vous les chômeurs, les précarisés, les SDF, à quoi tient votre vie ?

Comme citoyen lambda, dans une société technologique et informatique, je tente de maîtriser ma vie, de tenir les choses en main, de ne pas me laisser submerger, de faire de l’ordre, de savoir où sont mes affaires, de relever mes mails et d’y répondre, de tenir à jour mes sms et mon comebox, de payer mes factures, y compris mes impôts…

Et voilà que des temps arrivent où tout cela se déchire et où je dois prendre acte que je ne maîtrise plus grand-chose, qu’il y a bien plus de choses qui m’échappent que de choses que j’ « enchappe » ! (excusez le néologisme !)

Je n’ai plus les 2 pieds sur terre, mais bien sur mer, ou plutôt sur surf en mer…et pas n’importe quelle mer, mais plutôt une mer de tsunami ! Tout fout le camp…je suis au sommet de la vague et je me demande bien comment je vais survivre.

Et là, au cœur de cette métaphore de la vague du tsunami, un autre fil m’apparaît …celui du kite surf, cette sorte de cerf-volant qui tire le surfeur et parfois même le soulève dans les airs ! Ce fil qui nous relie plus au ciel qu’à la terre ! Ce fil qu’une autorité bienveillante a attaché à mon dos afin que je ne sois pas happé par la vague gigantesque qui roule sous mon surf !

A quel fil tient ma vie ? A quel fil tient votre vie ?
Puis-je faire confiance à une prostituée qui est prête à me cacher, puis à me suspendre à une corde le long d’une muraille, comme les espions de Josué ? Rahab, la prostituée, peut-elle mettre sa confiance dans le Dieu de ses ennemis ? Elle a peur, car les israélites semblent avoir un Dieu qui leur donne la victoire sur tous leurs ennemis. Elle choisit son camp, un peu comme une collabo qui se met du côté de l’envahisseur ! C’est pas génial… et pourtant elle est mise en valeur dans la généalogie de Jésus.

Dieu semble « faire avec »…il fait avec ce que nous sommes…Rahab, une menteuse, pour sauver sa peau et celle des espions envoyés par Josué. Rahab qui a peur (v9), elle se sent dépassée par les événements…elle voit sa famille en grand danger, elle se sent submergée…Rahab, qui choisit de s’en remettre au camp du Dieu de ses envahisseurs, pour s’en sortir ! Rahab, sauvée par deux fils, elle : celui pour porter le panier dans lequel elle évacue les espions, et le fil rouge qu’elle croche à sa fenêtre afin d’être épargnée par les envahisseurs…sa vie ne tient qu’à deux fils ! Veinarde, cela lui en fait un de plus que pour moi ! Elle mesure bien que sa vie et celle de sa famille ne tiennent plus qu’à ces deux fils là !

Chers auditeurs de la RTS, chers citoyens d’un jour ici à Saint-Laurent-Eglise,
Comme Rahab, je choisis de m’en remettre à ce Dieu des israélites, qui se fait connaître à Noël en Jésus-Christ, Dieu notre Père, Père de toute l’humanité, en particulier de celle qui veut bien suspendre sa vie au fil parfois ténu de Sa présence sur terre, présence subtile, moins guerrière dans l’Evangile que dans le Premier Testament…présence aimante et non invasive…présence qui souvent m’échappe et vient me surprendre ! Elle me surprend par exemple dans un événement facilitant ma vie, au milieu de tous ceux qui la contrarient, ou dans un mal qui devient un bien…un signe quoi…un signe de son amour… souvent quand ma vie ne tient plus qu’à un fil !

« Ma vie ne tient qu’à un fil »
Et la vôtre ? A quel fil voulons-nous la suspendre ?
Vous connaissez ce sentiment étrange que l’on peut ressentir dans une télécabine. On peut être les plus intelligents du monde, les plus riches, les en meilleure santé, une fois suspendu dans un télécabine je suis complètement livré…je ne peux rien faire…si le câble se rompt, ou sort des poulies de l’installation, je serai mort, ou au mieux grièvement blessé. Se sentir complètement dépendant…
Ma vie ne tient qu’à un fil…et la vôtre ?

Ma vie qui ne tient à un fil, ce n’est pas facile….mais cela peut être fertile !
De ma confiance en moi-même, de ma confiance en la technologie, de ma confiance en mon employeur, de ma confiance en l’économie, je peux être conduit à la confiance en ce qui me dépasse, à la confiance en plus grand que moi, que la technologie, que l’économie ! En ce Dieu, apparemment tout puissant comme à l’époque de la conquête de Jéricho,
et en ce même Dieu apparemment tout impuissant, comme par exemple en ce temps où Noël approche, à l’heure du massacre des nouveau-nés de Bethléem, massacre censé éliminer le nouveau roi annoncé, le messie d’Israël, ce Dieu tout puissant et tout impuissant à la fois, qui nous échappe et auquel nous échappons aussi !

Ce Dieu, je l’atteste, ce Dieu est mystérieusement et fidèlement présent sur cette terre hostile. Il nous donne des signes, et Il nous fait des clins d’œil, ce Dieu qui se faufile dans notre humanité comme s’il n’y régnait pas, comme s’Il ne tenait pas toutes choses en main…

Et c’est pourtant bien à ce Dieu-là, si vulnérable en Jésus qui naît, si vulnérable en Jésus crucifié, et si surprenant en Jésus ressuscité, vraiment ressuscité, c’est pourtant bien à ce Dieu-là que nous pouvons suspendre le fil de nos vies… que fragilement je suspends le fil de la mienne. Ce Dieu qui se sert de la trouille compréhensible d’une prostituée pour sauver ses espions…

Non sans peine je l’avoue, quand tout me va contre, je tente Ô combien de pratiquer cette confiance qui libère…j’en perds ma joie souvent, et rarement, mais parfois quand même, j’en perds même le goût de vivre !

Confiance comme Nicolas et Gaby suspendus à leur corde entre ciel et terre… Comme les espions de Josué, suspendus à la parole d’une prostituée…et à son fil le long de la muraille… Confiance, souvent défaillante de ma part…c’est peut-être le plus gros combat de ma vie…

Pitié pour moi Seigneur, pitié pour nous autres quand nous peinons à te faire cette confiance dont Tu es pourtant tout à fait digne ! Alors je dis, je supplie : « Viens Esprit de confiance, renouvelle en moi, en nous, la joie de demeurer fragiles, dans ta dépendance !

Avent, adventus, tu adviens, Tu te fais connaître Ô Dieu en Jésus-Christ, dans la discrétion, au cœur de ce monde où tant de choses nous dépassent !

« Ta vie, Ô homme, ne tient qu’à un fil ! » me suis-je entendu dire tout au fond de moi.
Ne refuse pas cette condition fragile qu’est ta condition humaine ; ainsi, Ô homme, suspendu à un fil, qui que tu sois, du cœur de ton humanité tu peux dire :
« Viens Seigneur Jésus, viens Esprit-Saint, et donne-moi, en toutes circonstances, la force de la confiance, la force intérieure de suspendre le fil ma vie à Ta vie, à Ta présence Dieu du ciel, Dieu notre Père, à Ta bienveillance, et à Ta venue plénière que nous attendons ! »

Amen.

Une histoire qui ne tient qu’à un fil …… mais un fil plus résistant qu’il n’y paraît au premier abord et qui sera le fil rouge des quatre célébrations de l’Avent. Pour découvrir, dévider … parfois démêler ce fil, les pasteurs du lieu s'arrêteront sur quatre figures de la généalogie de Matthieu . Aujourd'hui, Rahab ou le fil rouge sur la muraille de Jéricho.Vies éprouvées, vies éprouvantes et si nos vies ne tenaient qu’à un fil ?
Quand tout nous agresse, où nous tourner ?
Avec une célèbre prostituée biblique, le pasteur Daniel Fatzer propose de chercher un chemin !

Détails

Avec la participation de
Jean Chollet
Orgue
Musique
Flavie Crisinel, voix et Daniel Favez, piano