Moissonneurs

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L'été est là, le soleil nous inonde de sa lumière. En plaine, les champs de blé ondulent sous l'effet du vent. En montagne, les grandes herbes sont comme les vagues de l'océan, un peu comme si la main de Dieu venait les caresser. Ces épis dorés bien mûrs, ces prés verts et denses parsemés de fleurs sont prêts à être moissonnés, être fenés. Champs de blé ou prairies, la moisson est abondante, elle ne demande qu’à être fauchée, engrangée. La moisson est grande !
Dieu est comme un paysan. Lui aussi est fier et heureux devant ses champs. En plaine comme en montagne, Il regarde sa moisson avec amour et passion. Il est impatient de la récolter. Pour ce faire, il nous envoie, nous, ici ce matin, que nous soyons dans cette église de Château-d'Oex, dans notre voiture, notre chambre d'hôpital, notre cuisine ou notre salon ou encore en vacances sur la plage ou en cabane, Dieu nous envoie. Nos limites ne l'arrêtent pas, Il compte sur nous pour récolter sa moisson.

Mais Dieu n'est pas né de la dernière pluie, il connaît les besoins. Il me demande, avant de partir, de prier pour que les ouvriers soient nombreux. Le travail est conséquent, je n'en arriverai pas à bout tout seul. Ma petite entreprise ne suffit pas. Le maître de la moisson a besoin de bras, et me demande de prier. Et seulement ensuite, allons-y. Prier et agir, les deux faces d'une même pièce. Dieu me fait confiance, pas de contrat signé, simplement une parole donnée. La confiance est de mise.
Parmi les 70 disciples que Jésus envoie dans sa moisson, aucun des douze apôtres n'est présent, pas un seul spécialiste, tous des apprentis qui vont se former « sur le tas ». La moisson, c’est l’affaire de tous.
La semaine dernière j'ai participé à un cours pour apprendre à faucher à la faux. Retrouver le beau geste, enchappler sur l'enclume, aiguiser avec la molette. Nous étions une douzaine, un joli nombre pour apprendre. Des femmes, des hommes, des jeunes, des plus âgés. Nous avons commencé dans les pentes au-dessus de L'Etivaz. Le terrain n'était pas facile, des petits sapins gênaient le passage de la faux, et nous sommes montés jusqu'en en haut des lanches, en bordure de forêts, afin de tout prendre, de ne rien laisser. Nous étions tous des amateurs, mais à la fin de la journée, beaucoup de plaisir et de satisfaction. La moisson était belle. Le maître de la moisson, dans le cas présent, Charly Isoz, avait préparé les faux, les avait aiguisées, avait demandé à un ami de nous requinquer avec une soupe de chalet. Tout était dans les mains du maître de la moisson. Seules notre personne, notre volonté, et notre disponibilité étaient demandées.

Une personne âgée racontait comment, quand elle était gamine, plusieurs faucheurs allaient ensemble dans le champ. Les familles étaient nombreuses, les voisins, les amis étaient de la partie. Parfois plus de dix faucheurs, côte à côte, faisaient aller leur faux. C'était beau, c'était stimulant, fatiguant aussi, bien sûr, une journée en plein soleil. "Prier le Seigneur d'envoyer des ouvriers dans sa moisson" dit Jésus. L'Église n'est pas d'abord une institution, une entreprise avec la moissonneuse-batteuse. L’Église, c'est des faucheurs que le maître de la moisson envoie ensemble, côte à côte. Dieu a besoin du geste de chacun.
Les disciples partent deux par deux. Jésus leur dit de ne rien prendre avec eux, ni argent, ni sac, ni sandales. Le manque d’équipement découragerait les meilleures volontés. Seule la proximité du Christ doit leur permettre de partir confiants. Le maître de la moisson donnera à ses ouvriers, en temps voulu, la faux enchapelée et aiguisée pour récolter la moisson. Il sait de quoi nous avons besoin, et reste attentif.
La moisson
Nous sommes envoyés en mission, en moisson. Il ne s’agit pas de semailles. Souvent, Dieu nous envoie semer. Ici Dieu nous envoie moissonner. Les épis sont grands, ils ont poussé sans nous, sans notre intervention. Dieu agit de manière insoupçonnée. Ne partons pas imaginant naïvement et orgueilleusement que nous avons tout à faire, depuis le commencement. Apprenons à croire à l’action secrète de Dieu et allons moissonner. Le blé est mûr.
C’est le temps des récoltes. Ce n’est pas le moment de rester à la maison. Quand il fait beau, il faut y aller. Lorsque le soleil est là, le paysan qui va fener ne compte pas ses heures, il y va parce que c’est le moment.
Allez dans les maisons et dites: « Shalom, la paix soit sur cette maison ». Cette même paix que Jésus donnera à ses disciples après sa résurrection, cette paix qu'il offre à chacun de nous aujourd'hui et qu'il nous demande de transmettre. Où que nous allions, osons dire avec conviction : « La paix soit sur cette maison ! » Une belle entrée en matière de la part de Dieu, pour guérir, pour dire qu'il est près de nous, qu'il nous accompagne.
Cette bénédiction que Dieu donne, un psaume la compare à la rosée du matin (Ps 133, 3). La rosée affermit l'herbe, elle se fauche mieux à l'aube. La bénédiction de Dieu, comme la rosée du matin, prépare à l'accueillir lui, le maître de la moisson.
Si cette paix que nous apportons de la part de Dieu est rejetée, si nous ne sommes pas les bienvenus, n'insistons pas. L’Évangile ne rentre pas par force, il doit être accueilli. À ce propos, moi qui travaille avec les jeunes, les mots d’une grand-maman me reviennent à l’Esprit : « dans certains cas, disait-elle, plutôt que de parler de Dieu à nos enfants, il est préférable de parler de nos enfants à Dieu. » Cette grand-maman fait confiance à Dieu, elle s'en remet à lui.

Mais si nous sommes accueillis, Jésus insiste envers ses disciples : n’allons pas commencer à chercher ailleurs. Le but n’est pas de trouver les lits les plus moelleux, ou le plus fin cordon bleu. L'important est que la paix de Dieu soit acceptée, reçue et puisse reposer sur la maison
Dans le récit de Ruth entendu tout à l'heure, Booz insiste auprès de Ruth en lui disant. Ne va pas glaner dans un autre champ ! Ne va pas dans un autre champ ! Booz ouvre son champ à Ruth, il s'engage envers elle, et lui offre sa protection. Booz demande à Ruth de lui faire confiance. Il lui offre à boire, lui propose de partager le pain avec les autres moissonneurs. Le maître de la moisson s'occupe de tout.
Les jours suivants, Ruth ramasse les épis oubliés par les ouvriers. Elle a de la persévérance Ruth. Sa moisson à elle est petite, humble, mais source de promesse, de joie. Les temps viendront où Ruth récoltera la moisson à pleines gerbes. Il y a des jours où nous fauchons dans les lanches, des petits coins aux abords des forêts. Le terrain est en pente, c'est plus difficile, la moisson est pauvre. Il faut s'arrêter souvent pour aiguiser la faux, prier, se ressourcer. Et pourtant, c'est important aussi de passer par ces endroits oubliés, parfois laissés à l'abandon. Le maître de la moisson n'oublie personne.
Oui, il y a dans nos vies, des moments où l'on glane quelques épis, humblement, courbé sur nous-mêmes. Mais d'autres jours, la grâce de Dieu nous submerge, à l'image d'une gerbe de blé, et la moisson est belle.

La moisson est souvent source de joie. On la fête, on rend grâce, on se réjouit.
- Le peuple d'Israël connaissait la fête des moissons, source de liesse pour toute la population.
- Dans nos églises, bien des villages continuent de fêter le dimanche des récoltes.
- La fête du pain à Echallens est également une manière de rendre grâce pour la saison des moissons.
- Plus près de nous, c'était hier, L'Etivaz a vécu son concours annuel des faucheurs à la faux, ces moissonneurs de la montagne.
Toutes ces fêtes expriment à leur manière la joie, la reconnaissance, au maître de la moisson. Une certaine fierté aussi de participer à la récolte, de faire partie des ouvriers.
La lumière

Cette joie de participer aux récoltes, la lumière du soleil sur les prés en pente, sur les champs de blés dorés, me fait penser à une jolie anecdote toute récente. Et je terminerai avec celle-ci:
Une jeune femme qui s'est mariée l'année dernière rendait visite, il y a quelques semaines, à ses parents, comme elle le fait très régulièrement. Ce jour-là, son papa, un peu gêné, lui confie que, par hasard, en cherchant quelque chose, il a retrouvé dans l'armoire, au fond de son garage, une superbe lampe, un cadeau qu'elle avait reçu à son mariage. Il l'avait déposée dans cette armoire en revenant de la fête et l'avait oubliée dans l'euphorie et la fatigue de cette belle journée.
La jeune femme, un peu étonnée, se déplace alors au fond du garage et ouvre l'armoire où son papa conserve plusieurs bricoles électriques, les fils, les lampes, les plafonniers non utilisés. La jeune femme n'en croit pas ses yeux, une émotion lui traverse tout le corps, la joie la transporte. Parmi les autres lampes, elle ne voit que la sienne. Mais plus que ça, c'est la lampe qu'elle recherchait depuis plusieurs mois, depuis le jour de son mariage. Elle l'avait reçue de la main du pasteur lors de la cérémonie et puis, durant la journée, les mariés étant occupés, cette lampe avait passé de main en main. Quelques jours plus tard, la jeune femme m'avait demandé si je n'avais pas retrouvé sa lampe. De son côté, elle avait fait plusieurs téléphones, mais sans succès. Chaque fois que nous nous croisions, elle m'en parlait, elle était triste de ne pas pouvoir retrouver cette lumière qui lui tenait tant à cœur. Vous l'avez compris, c'est de la Bible de mariage que je suis en train de parler.
Une belle parabole pour aujourd'hui, non ? Une Bible oubliée dans l'armoire à lampe, elle ne devait pas se sentir dépaysée, puis retrouvée comme par miracle, alors qu'on n'y croyait plus.
Le maître de la moisson a besoin d'ouvriers, pour que la fête soit belle comme un jour de noces. Jésus nous encourage à ne pas mettre la lampe sous le boisseau, à ne pas l'oublier dans l'armoire au fond du garage, mais à la mettre bien en évidence. Nous sommes la lumière du monde et le maître de la moisson nous fait confiance.

Amen !

Détails

Avec la participation de
Orgue
Wojtek Wezranovsky
Musique
Quatuor de yodleurs, dir Michel Combremont