Le «bruit du silence»

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Oh ! regarde ! Est-ce qu'il est assez plat ? Tu as vu comme il est brillant? On dirait des étoiles là au milieu. Et celui-ci, c'est comme une rivière qui le traverse, est-ce que ce n'est pas un diamant ?

Demandez à des enfants de chercher quelques cailloux et vous les ferez découvrir des trésors. Et c'est avec ces petits trésors de toutes les formes et les couleurs, ces petits cailloux ramassés sur le chemin que les enfants ont réalisé ces magnifiques tableaux qui décorent l'Eglise aujourd'hui et qui représentent l'histoire d'Elie : Elie découragé, Elie qui reçoit la galette de pain, Elie sur la montagne de Dieu et Elie repartant vers les autres. Avec des petites pierres, ramassées, choisies, peintes...
Et ainsi, ces petits cailloux tout poussiéreux qui sont sous nos pieds, l'air de rien, eh bien ce sont de vraies merveilles, chacun unique et quelques-uns sont vraiment des trésors ! Encore faut-il bien sûr savoir se baisser pour observer, pour découvrir et parfois pour rêver avec ces quelques cailloux.

Des petits cailloux qui nous parlent d'une beauté qui est cachée, qui est à découvrir; ou bien le vent chaud qui, comme la présence de Dieu, fait du bien et peut réchauffer nos vies; ou encore le pain qui nourrit, produit d'une nature généreuse dont on dépend. Les oiseaux, symboles de la liberté et de la vie en abondance. Bref, chaque journée que nous avons passée avec les enfants autour de la nature était autant de paraboles pour nous parler de Dieu, pour éveiller à la dimension spirituelle, à l'intériorité.
Car ce qu'on a essayé de vivre avec les enfants, ce n'est rien d'autre que cela : un éveil à l'intériorité.
Chez les enfants qui grandissent, on cherche à développer l'intelligence : on apprend à compter, à réfléchir, à être intuitif. On enseigne des connaissances : ils apprennent la géographie, l'histoire, la science. On cherche à développer la motricité, on fait de la rythmique, du sport. On travaille même et de plus en plus, les relations aux autres dans des programmes de socialisation scolaire. Tout cela est très bien, nécessaire, fondamental...

Mais n'existe-t-il pas une autre dimension, une autre aptitude, une autre intelligence, que l'on devrait développer ? Un peu la clef de voûte, la pierre d'angle qui donne sens à tout ce qu'on fait et qui va permettre à l'enfant, l'adulte de demain, de se sentir bien dans ce monde, de savoir pourquoi il est là, ce qu'il fait là - pour reprendre la question posée au prophète Elie.
Et ça, c'est l'intériorité ! Ou la spiritualité, ou entendre la voix de Dieu pour reprendre les termes de la Bible. Il ne s'agit pas d'entendre des voix ou d'avoir des visions, mais de savoir développer cette finesse d'esprit qui sait voir et percevoir l'essentiel.
En quelques mots, c'est voir les petites choses, comme ces petits cailloux, que personne n'avait remarquées,
- c'est être attentif à ce qui est beau,
- c'est trouver un sens à ce qu'on fait,
- et c'est se mettre en route vers l'avenir et vers les autres.
L'intériorité, elle est ouverture : être ouvert à ce qui nous entoure à partir de nos richesses intérieures. Car c'est ce qu'on a à l'intérieur de soi qui va nous permettre de voir l'essentiel autour de nous et d'avancer vers les autres, vers l'avenir.
Lorsqu'on veut développer cette faculté humaine d'intériorité, il faut se mettre alors à l'école des hommes de Dieu, des prophètes ! De ceux qui avaient une vie intérieure riche, à l'écoute de Dieu.

Le prophète Elie se trouve lui aussi face à la nature. Et effectivement, dans cette histoire, il y a à peu près tous les éléments que les enfants ont découverts cette semaine : il y a le pain qui nourrit, le prophète découragé, abattu, sans force, reçoit cette galette de pain qui lui donne de la force. Il y a des pierres, les pierres sur lesquelles on a cuit ce pain, il y a les rochers qui vont se fendre au passage du vent violent, il y a donc aussi le vent et puis il y a le feu.
Elie découragé avait besoin de signes puissants. Lorsqu'on est découragé, lorsqu'on en peut plus, on aimerait que Dieu se montre et qu'on sache... Et il y a juste à côté de lui du pain et un peu d'eau. La nourriture de base, mais dans laquelle il découvre une parole de Dieu : «Lève-toi et mange.»
L'intériorité c'est cela : percevoir dans les choses les plus simples la parole de Dieu qui nous fortifie et nous fait avancer. Savoir percevoir cela !
Alors Elie se met en marche - à la rencontre de Dieu, vers son intériorité. Il y eut un vent violent, un vent fort et Dieu n'était pas dans ce vent de force. Même si ce vent était capable de briser les rochers ! Et il y eut un tremblement de terre et Dieu n'était pas dans ce tremblement de terre, ni dans le feu. Dieu n'était pas dans tout ce qui en impose, dans tout ce qui apparaîtrait au premier coup d'œil comme force de Dieu.
De toujours, on a voulu montrer Dieu sous la forme de quelque chose de fort !
Mais Dieu se montre comme un petit souffle, le «bruit d'un silence !», quoi de plus beau pour parler d'intériorité. Un petit souffle qu'il faut savoir entendre, comme cette Parole de Dieu que la Bible chuchote à notre oreille pour nous parler. Moi je pense qu'Elie a dû percevoir la beauté de ce petit vent.
C'est aussi cela l'intériorité, se laisser émouvoir par ce qui est beau dans le monde. Elie alors se voile la face pour mieux entendre Dieu et au cœur de son silence, Dieu parle : «Pourquoi es-tu ici, Elie?» Quel est le sens de ta vie ? Va, retourne sur le chemin à travers le désert, vers les autres, vers l'avenir. Une parole qui donne sens, qui pose la question du sens ! Et une Parole qui tourne vers l'avenir !

L'intériorité, c'est donc un chemin d'équilibre intérieur, une vie équilibrée et pleine ! Capable de se tourner vers l'avenir et non sur soi-même ! N'est-ce pas cela dont les enfants ont besoin par-dessus tout ?
Nous avons certainement tous fait un jour cette expérience d'être ému devant un paysage, devant les étoiles le soir, être émerveillé devant un coucher de soleil; ressentir cette présence de Dieu dans la beauté de la nature. Nous avons tous une vie intérieure, nous sommes tous capables d'intériorité, mais notre intériorité ne sera pleinement développée que lorsqu'elle devient capable de percevoir là dans ce silence, la douce voix de la parole de Dieu.

Et alors comme pour Elie cette parole peut nous accompagner vers la rencontre de Dieu : ce Dieu qui vient nous poser les bonnes questions : pourquoi es-tu là, Elie ! C'est parce que je t'aime, Seigneur. L'expérience l'a amené à aimer Dieu, à creuser son amour, à augmenter son amour pour Dieu.
Un Dieu qu'il imaginait puissant, violent même, qui devait être aimé, si Elie en croit sa propre nature, lui l'homme fougueux et qui au nom de sa foi n'a pas hésité à exprimer sa fougue et sa violence.
Mais Dieu se donne à être aimé dans la tendresse de l'intériorité. Dieu se montre dans le discret, dans ce qui ne se voit pas, en tout cas pas tout de suite. Comme ce petit vent que personne n'aurait remarqué au coin de sa caverne. Comme ce rayon de soleil que personne n'a vu entrer dans la chambre de l'hôpital, où vous êtes peut-être aujourd'hui et qui pourtant nous parle de l'amour de Dieu. Comme ce petit caillou que personne n'a vu au milieu du chemin et que pourtant Florian et Laetitia ont ramassé.
Voilà comment Dieu nous parle, voilà le chemin de l'intériorité !
Il parle au travers des petites choses, au travers de la nature, au travers de ce qu'elle a de petit, de fragile, d'hésitant comme les oiseaux du ciel ou les fleurs des champs, mais dont Dieu prend soin, comme nous l'a dit Jésus !
C'est tout cela l'intériorité, ou la rencontre de Dieu, on peut l'appeler comme on veut; c'est aller vers la vie avec une intelligence intérieure, une faculté dont les enfants et la société ont plus que jamais besoin pour affronter l'avenir.

Amen.

Détails

Avec la participation de
Orgue
Wojtek Wezranowski
Musique