La foi sans preuve? Une preuve de foi!

Temple de La Tour-de-Peilz (©Sabine Petermann)

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Jésus suscite la foi

Quand je lis l'évangile selon Jean, je me rappelle que je ne suis pas en train de lire Matthieu, Marc ou Luc. Bien que le personnage principal soit toujours Jésus, il est présenté de manière différente. Une lecture superficielle ne permet pas de s'en rendre compte, mais lorsque je prends le temps de m'arrêter et de comparer, quelques traits ressortent. Je relève que Jésus est toujours maître de ce qui lui arrive et ne subit jamais rien.

Un exemple marquant est sa mort sur la croix : il incline la tête (Jean 19, 30). Ce n'est pas la tête qui tombe mais bien Jésus qui l'incline. Et il dit aussi cette parole : « Tout est accompli. » Chez Jean, Jésus accomplit son programme sans jamais dévier, sans se laisser influencer par quiconque.

Jésus me paraît hors d'atteinte tant les indications sur ses états d'âme sont rares ; il y a beaucoup plus d'indications sur les états d'âmes des personnages qu'il rencontre. À travers des échanges verbaux et quelques fois des évènements miraculeux, ces personnages reconnaissent les signes – Jean ne parle jamais de miracles – qui se produisent en présence de Jésus.

Jean ne précise jamais que Jésus est l'auteur de ces signes mais indique que cela amène les personnages rencontrés à croire. Croire quoi ? Ce n'est pas précisé. Au contact de Jésus, ils font en tout cas l'expérience qu'une puissance de vie est à l'œuvre, que les puissances de mort n'ont pas le dernier mot.

 

Amener les disciples à croire

Parmi les personnages que Jésus amène à la foi, il y a en priorité ses disciples. Ceux-ci sont désemparés après la mort de leur maître. Ils ont tellement peur de subir le même sort qu'ils s'enferment ensemble dans une maison. En suivant Jésus durant plusieurs années, ils ont vu une grande puissance de vie à l'œuvre… puis Jésus est mort. Les disciples sont unis par une expérience commune et, ici, une peur commune.

« La paix soit avec vous. » Quoi que les disciples fuient, Jésus trouve le chemin jusqu'à eux. Ceux-ci voient les stigmates qui sont des traces de la mort, mais ils voient surtout le Ressuscité qui est puissance de vie.

Quand Jésus répète « La paix soit avec vous », cela souligne le changement opéré chez les disciples : ils partageaient la même peur et partagent maintenant la même joie. Comme lecteur, je reste songeur. Comme la résurrection de Jésus ne va pas changer l'attitude des autorités juives, ils risquent toujours de connaître la persécution et potentiellement l'exécution (voir Jean 15, 20).

Pourquoi les disciples ont-ils une telle joie ? À leur tour, ils font l'expérience que la puissance de vie est la plus forte. Aussi, la joie de croire est plus forte que la peur pour leur sécurité. C'est toujours valable pour nous aujourd'hui : la paix que nous recevons de notre Dieu ne dépend pas des circonstances extérieures. Mieux, cette paix nous permet de rester confiants dans toutes les situations parce que nous avons confiance d'être portés par la vie de Dieu. Je me rends aussi compte qu'il est difficile de parler de cette paix à des personnes qui ne l'ont pas ressentie, qui ne la vivent pas ; c'est beaucoup plus facile de se comprendre avec des personnes qui partagent cette expérience.

Le Ressuscité conclut cette apparition en envoyant ses disciples en mission : il souffle sur eux et leur donne l'Esprit. En quoi consiste la mission des disciples ? Avant tout dans le fait de pardonner les péchés. Cela doit être compris sur le plan de la foi et non de la morale. Le péché consiste à ne pas reconnaître que Jésus révèle pleinement Dieu. Comment les disciples pourront-ils remettre les péchés ? Simplement en témoignant : ceux qui reconnaîtront que Jésus révèle le Père recevront la vie et la lumière de Dieu (Jean 1, 4). Le témoignage des disciples doit amener leurs auditeurs à faire le même pas de foi qu'eux-mêmes ont accompli. Autrement dit, le témoignage de l'Esprit porté par les disciples prolonge le témoignage de Jésus dans la chair.

En lisant cela aujourd'hui, je comprends que la prédication chrétienne est portée par l'Esprit ; c'est celui-ci qui a permis que nous entendions la prédication chrétienne, que nous devenions croyants à notre tour. Quels sont les moments marquants dans notre parcours de foi ? Quelles sont les expériences qui nous ont fait prendre conscience de notre foi ? Quelles que soient les réponses, nous croyons parce que d'autres générations ont cru et témoigné jusqu'à nous, parce que l'Esprit a frayé son chemin à travers d'autres croyants pour frayer son chemin en nous. L'envoi en mission ne vise pas seulement les disciples ; il vise tous les croyants qui sont amenés à la foi.

 

Réintégration de Thomas

Les disciples étaient tous réunis pour l'apparition du Ressuscité… sauf Thomas. Ce n'est signalé que dans un deuxième temps. Pauvre Thomas : toute la communauté croit… sauf lui ! Pauvre Thomas : il veut croire mais n'y parvient pas. Cela illustre que la foi n'est pas une question de volonté. Nous avons l'habitude de considérer que Thomas veut des preuves de la Résurrection mais nous pouvons comprendre sa revendication autrement. En voulant voir et toucher le Ressuscité, il veut partager l'expérience des autres disciples. Au fond, il veut être réintégré dans cette communauté.

« La paix soit avec vous. » Jésus répète cette parole à toute la communauté mais elle rejoint ici particulièrement Thomas dans son incrédulité. Jésus répond à l'attente de son disciple : Thomas peut maintenant voir et toucher.

Pourtant, deux éléments suggèrent que la vision lui suffit :

  1. Jésus lui-même dit : « Parce que tu m'as vu, tu as cru », sans mentionner le fait de toucher.
  2. Le texte ne mentionne aucun geste de Thomas mais simplement une confession de foi.

Pour ma part, je comprends qu'il voit et croit, mais sans avoir eu besoin de toucher. De lui-même, il abandonne une partie de sa revendication.

Je reviens sur l'injonction que Jésus lui adresse. Il faudrait traduire littéralement : « Ne deviens pas incrédule mais croyant. » Le disciple est dans une transition et deux possibilités s'ouvrent à lui : devenir incrédule ou devenir croyant. Par cette vision et cette invitation, Thomas a la possibilité de devenir pleinement croyant à son tour. Comme il l'a fait pour les autres disciples, Jésus amène ici Thomas à l'accomplissement de sa foi et le réintègre ainsi dans la communauté ; Thomas partage maintenant l'expérience et la foi des autres disciples. Cela reste valable pour nous : c'est toujours l'expérience qui rend notre foi possible, qui nous permet de rejoindre la communauté des croyants.
 

Le temps de l'Esprit

Lorsque Jésus dit « Bienheureux ceux qui, sans avoir vu, ont cru », il parle de nous. Je suppose que parmi nous, peu ont vu le Ressuscité… et pourtant, nous croyons ! C'est l'expérience qui permet la foi, pas la preuve. Une preuve ne fait que repousser le doute mais ne fait pas avancer la foi. Ce n'est qu'en faisant l'expérience que la puissance de vie manifestée en Jésus est plus grande que les puissances de mort que nous devenons croyants. Les signes peuvent nous indiquer le chemin mais ils ne sont pas nécessaires.

La plupart des personnages qui commencent à croire dans Jean n'ont pas vu de miracles. Et parmi nous aujourd'hui, je suppose que peu ont vu des actions surnaturelles. Nous sommes invités à croire et à nous engager dans la relation avec Dieu. À travers ses témoins, c'est bien lui qui nous invite à la vie.

Un point à relever est que Jésus considère son absence comme un avantage pour les croyants : d'une part, il peut alors envoyer le paraclet qui enseigne les croyants et témoigne à travers eux (Jean, chapitres 14-16), et d'autre part, ceux qui croient en Jésus peuvent même accomplir de plus grands signes que lui-même (Jean 14,12).

C'est le temps de l'Église, c'est notre situation aujourd'hui. Autrement dit, mieux vaut recevoir le témoignage de l'Esprit que d'être témoin oculaire de Jésus. Cela m'amène à dire qu'il est plus avantageux d'être croyant aujourd'hui qu'il y a 2000 ans.

Le temps de Jésus terrestre se termine et le temps de l'Esprit commence. Et que fait l'Esprit ? Il poursuit le témoignage du Jésus terrestre. Ceux qui ont connu Jésus ont besoin de le voir ressuscité pour comprendre qu'il a échappé au monde. Ceux qui ont reçu l'Esprit reçoivent cet enseignement et en deviennent les messagers.

Nous avons besoin de faire l'expérience d'une relation dans laquelle nous nous sentons vivants et en paix. Une relation avec qui ? Avec notre Seigneur et notre Dieu pour reprendre les mots de Thomas (Jean 20, 28). Avec le Christ et le Fils de Dieu pour reprendre ceux du narrateur (Jean 20, 31).

Nous constatons que Jésus échappe à nos titres ; ceux-ci peuvent dire quelque chose de lui mais ne peuvent pas tout dire. En Église, nous devons reconnaître cela avec humilité. Nous sommes réunis par une expérience commune qui dépasse notre raison, qui dépasse nos mots. Nous ne pouvons pas transmettre notre expérience, nous n'avons que l'Esprit qui se fraie un chemin en nous pour se frayer un chemin chez d'autres personnes, pour les amener peut-être à la foi. C'est cet Esprit qui nous donne de croire et de recevoir la plénitude de vie.

Amen.

Le soir de la Résurrection, Jésus apparaît à ses disciples. Absent, Thomas manque ce moment et se sent exclu: il veut aussi faire l’expérience de rencontrer le Ressuscité.

Cette réaction nous paraît naturelle; nous voulons des preuves, ou du moins des indices probants avant de donner notre confiance. Mais la foi dont témoigne l’évangile selon Jean a-t-elle vraiment besoin de preuves?

Détails

Intervenants
Jacqueline Muston pour les lectures
Organiste
Guy-Baptiste Jaccottet
Musiciens
Charlotte Schneider à la flûte