Comprendre l'Evangile, c'est facile... non?

©Jean-Christophe Emery

Écouter le culte :

Chers frères et soeurs ici à Rougemont et vous qui nous écoutez à la radio, 

Imaginons un instant que vous soyez l’auditoire de Jésus. Après vous avoir présenté les sept paraboles du Royaume, dont nous venons d’en écouter quelques unes, il vous demande : « Avez-vous compris tout cela ? » Que répondriez-vous ? Les auditeurs qui l’entourent, eux, n’y vont pas par quatre chemins. Leur réponse est succincte, claire et nette. Un seul mot y a suffi : « Oui !  Oui, nous avons tout compris ! » 

Il est des réponses qui rendent perplexes. Les paraboles du Royaume – car c’est de cela qu’il s’agit – sont-elles donc si faciles à comprendre ? Pourquoi alors en raconter sept ?  

Les deux mots les plus brefs et les plus anciens sont « oui » et « non ». Mais ce sont aussi ceux qui exigent le plus de réflexion. Un oui, un non – ils peuvent changer toute la vie. 

« Oui », disent les auditeurs à Jésus, « nous avons tout compris ! » 

Les paraboles de Jésus sont de vraies perles. Mais ce ne sont pas les perles qui font le collier. C’est le fil ! Jetons-y un coup d’œil… Ont-ils vraiment tout compris ?   

En un chapitre, Matthieu nous offre sept perles. Un collier de sept paraboles. Un chiffre qui, dans la Bible, exprime la perfection. 

Jésus compare, pour commencer, le Royaume des Cieux à quelqu'un qui sort semer. Il leur présente quatre petites scénettes. Elles parlent d’un semeur, chaque fois le même. La semence également est la même. Ce qui fait la différence, c’est l’état, la qualité du terreau. Aurions-nous en cela une responsabilité ? 

La parabole du semeur est suivie de trois autres petites histoires.  

Pour commencer, celle de l’ivraie et du bon grain. Un homme a semé des bons grains de blé. La nuit, un ennemi vient et sème de l’ivraie, provoquant l’empoisonnement. La question des serviteurs : « Voulez-vous que l'on s'en débarrasse ? » La réponse : « Non. » Ce n’est pas aux serviteurs d’arracher l’ivraie, de peur d’arracher du même coup le bon grain en extrayant le mauvais. 

Le bon grain et le mauvais grain représentent les personnes bonnes et celles qui sont mauvaises. Par extension, le Bien et le Mal. Il y a malheureusement des croyants qui veulent faire le tri : en paroles, parfois même en actes. Comme les fanatiques religieux.  

Le message de Jésus ? Le bon grain n’a pas à craindre une quelconque contagion. Il est appelé à demeurer le bon grain qu’il est, témoignant de son intégrité même au milieu du mal. 

Jésus nous dit que notre intégrité de vivant est menacée continuellement. Mais que pour bien vivre, il faut s'actualiser, se projeter dans le présent. Il faut avoir confiance en soi… et en Dieu.   

Que fait Jésus ? Il prend quelques images de la vie que tout le monde comprend. Et il en fait un collier de perles de sagesse profonde de la vie. Cette sagesse qui est toujours plus profonde et plus large que la sagesse des hommes. 

Jésus, pas convaincu que ses auditeurs ont vraiment saisi, continue avec la parabole de la minuscule graine de moutarde.  

Le message : ne jugez pas le grain de moutarde d'après sa petite taille, goûtez-le et vous sentirez comme il pique. 

Semez vos petites graines d'espoir, de joie et d’amour. Même arrosées de vos larmes, elles verront le jour. Si la vie te donne des graines, fais-les germer ! Et ne juge pas chaque jour à la récolte que tu fais, mais aux graines que tu sèmes. 

Finalement, la parabole de la pincée de levain qu’une femme utilise. C’est ce qui fait lever toute la pâte de farine sans que nous voyions comment. 

Jésus dit : si aujourd'hui, comme alors, une minorité active se dresse, cela suffira. Nous aurons le levain pour que la pâte lève. Que nous répondions présents à la renaissance du monde, tel le levain nécessaire à la farine blanche ! 

Suivent encore trois autres paraboles. 

Le trésor caché dans un champ : un citoyen le découvre. Que fait-il ? Ne rien dire ? Le recacher pour aller vendre tout ce qu’il a afin d’acheter le champ ? Il y a joie et enthousiasme suite à la découverte ! 

Sixième parabole : un marchand de perles fines trouve une perle de grand prix. Il investit tout son avoir, va vendre tout ce qu’il possède, et achète la perle. Il entreprend une action. 

Il faut convertir vos discours en actions, suggère Jésus. Ce n'est que par les actions que les mots auront cours. 

Il semble maintenant avoir tout dit, mais il continue ! Étrange bizarrerie de l'esprit humain : on peut convaincre un homme de ses erreurs, et ne pas le convaincre qu’il doit changer en conséquence. 

Vient alors une dernière parabole. Il est question d’un filet qu’on jette en mer et dont on trie la capture. Jésus explique qu’il en sera de même pour ce qui va se passer à la fin du monde. Il demande : « Et si c'était la fin du monde, êtes-vous prêts ? » 

« Voici, je suis avec vous, tous les jours jusqu'à la fin du monde. » 

Êtes-vous prêts ?  

Vous qui souffrez de ce monde en crise de maladie. Vous qui vivez dans un monde où l'accumulation des uns se nourrit de la détresse sans fin des autres ? 

Êtes-vous prêts ?  

Les auditeurs semblent être d’accord sur la fondation sur laquelle ils peuvent bâtir leur vie. Mais Jésus n’est pas convaincu qu’ils aiment aussi les suggestions sur comment traiter des questions humanitaires, de guerre et de paix, d’écologie, de justice, d’intégrité, de la cohérence entre paroles et mise en pratique. 

A sept reprises, il enfonce le clou. 

Chers paroissiens ici à Rougemont, chers auditeurs, 

Quand vous ouvrez la Bible, lisez avec lenteur., à contresens de notre époque où l'on nous parle de lecture rapide et de lecture en diagonale. Vous verrez comment ces petites paraboles bibliques nous interpellent. Jésus nous y suggère une idée toute autre des choses. 

Le début des sept paraboles mentionne Jésus assis dans une barque. La foule est, elle, sur la plage. La fin du chapitre – la scène du filet – décrit ce qui se déroule au moment-même, derrière son dos, sur le lac, devant leurs propres yeux ! 

« Avez-vous compris tout cela ? » « Oui. » 

Mais… avaient-ils vraiment compris ? Comprendre, c'est se sentir capable de faire, écrivait André Gide.  

Jésus demande : « Vous sentez-vous capables de le faire ? De mettre en pratique l’évangile ? » 

Et nous ? Sommes-nous capables de mettre le message de l’évangile en pratique ? Avons-nous compris tout cela ? 

L’Église aussi doit l’apprendre jour après jour : que la difficulté n’est pas de comprendre les bonnes idées nouvelles de l’évangile. C’est plutôt d’échapper aux idées anciennes. 

Jésus dit : « A bon entendeur, salut ! » Il y a des choses qui s'expliquent seulement à qui veut les comprendre. A qui veut les mettre en pratique, donc. 

Aimons-nous vraiment l’appel que lance Jésus dans ses paraboles ? 

Aimons-nous vraiment dégager nos priorités, recentrer nos valeurs personnelles et sociétales ? 

Aimons-nous vraiment vivre des relations plus justes, plus respectueuses, plus solidaires avec les autres ? 

La Bible nous y invite. Mais elle en parle comme d’une sagesse à conquérir.  

Avons-nous compris ? Avons-nous compris que Dieu est à l’œuvre ? Que la crainte de l'Éternel est le commencement de la sagesse, comme le dit le Psaume 111 ? 

Que s’éloigner du mal, c'est l'intelligence, comme souligne Job 28, 28 ? 

Que si nous savons ces choses, nous sommes heureux, pourvu que nous les pratiquions, comme proclame Jean 13, 17 ? 

Avons-nous compris que nous sommes semeurs et semence en même temps ? Ceux qui accueillent la grâce et qui sont appelés à la partager en même temps, sans pour autant condamner ou juger ? Mais dans l’esprit de l’épître de Pierre : en étant toujours prêts à répondre avec douceur et avec respect à chacun qui nous demande raison de l'espérance qui est en nous. 

Et le jugement ? Dieu jugera – par sa grâce. Selon les paroles du Christ que tout est accompli. 

Un semeur sortit pour semer sa semence : à nous d’en tirer les conséquences.  

Chers auditeurs, chers paroissiens, 

Nous allons terminer avec les belles paroles de l’épître de Jacques : « Mais, si quelqu'un écoute la parole et ne la met pas en pratique, il est semblable à un homme qui regarde dans un miroir son visage naturel, et qui, après s'être regardé, s'en va, et oublie aussitôt qui il était… » 

La morale de l'Évangile est essentiellement celle de l'âme ouverte. 

Entende qui a des oreilles !   

Amen.

Quand vous ouvrez la Bible, lisez avec lenteur. À contresens de notre époque où l'on nous parle de lecture rapide et de lecture en diagonale. Vous verrez comment les petites paraboles de Jésus nous interpellent. Et posez la question, si Jésus, après vous avoir présenté les paraboles du Royaume, vous demande: «Avez-vous compris tout cela?» Que répondriez-vous? Oui? Sont-elles donc si faciles à comprendre?

Selon André Gide, comprendre, c'est se sentir capable de faire. Et si maintenant Jésus demande: «Avez-vous compris?» Vous sentez-vous capable de le faire? De mettre en pratique la Bonne Nouvelle, l’Évangile?

Détails

Avec la participation de
Frédéric Daenzer et Josiane Vuissoz pour les lectures
Orgue
Woytek Wezranowski
Musique
Amandine Scherrer au violon