Le combat de la liberté

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Écouter le culte :

Au mois de septembre dernier, on a inauguré à Genève, dans le quartier des organisations internationales, l’œuvre d’un jeune étudiant de la Haute école d’art et de design, créée en hommage à Nelson Mandela. Le monument n’est pas une statue, mais une surface de 4m2 de laquelle s’élèvent 12 mâts. 4m2, c’est l’espace dans lequel a été enfermé Nelson Mandela pendant ses longues années de détention à Robben Island. En tout, en comptant ses séjours dans d’autres pénitenciers, ce sont 27 années d’emprisonnement. L’œuvre s’intitule « Hating only harms the hater », la haine ne nuit qu’à celui qui hait…

Des mâts tournés vers le ciel qui symbolisent « l’évasion et la transformation spirituelle de Mandela » (ce sont les mots de l’artiste), une transformation vécue pendant ses longues années de détention. La découverte faite par Mandela que l’on peut vivre dans un dénuement presque complet, dans la privation de presque tout, et s’ouvrir alors à une liberté intérieure telle qu’elle lui permettra de pardonner à ses injustes juges et galvaniser tout un peuple; une liberté intérieure telle qu’elle lui permettra de le conduire (ce peuple) vers l’émergence, encore fragile, d’une nation arc-en-ciel où la diversité est possible et même valorisée.

La liberté découverte dans la détention. La liberté intérieure reçue dans l’absence de liberté extérieure. Voilà aussi ce dont témoigne l’auteur de la Lettre aux Colossiens, qui nous est-il dit, écrit « dans les chaînes ». Difficile de l’attester, difficile de l’infirmer. Quoi qu’il en soit, le témoignage ici aussi est parlant. Alors que la situation concrète montre une absence de liberté, le ton et le contenu de la lettre déploient toute leur emphase pour exprimer une liberté irréductible gagnée dans la foi en Jésus-Christ.

Une liberté absolue et infinie acquise face à ceux qui semblent la posséder, mais en apparence seulement. Car c’est bien de liberté que l’auteur de la Lettre veut parler à ses destinataires. Une liberté à préserver face à des enseignements dits « philosophiques », des quêtes de sagesse qui avaient semble-t-il pour caractéristiques de retirer leurs adeptes des pratiques de la vie ordinaire. Ascèses, abstinences et privations, retrait du monde enseignés comme voies et moyens du salut : voilà contre quoi lutte cette Lettre écrite aux gens de Colosses, au nom d’une liberté qui ne dépend pas des pratiques humaines.

Il semble en effet que parler de liberté, c’est en même temps toujours parler aussi de vérité. Comme s’il y avait toujours la vraie et la fausse liberté.

Les tenants de l’école philosophique que la Lettre mentionne devaient sans doute estimer en effet que leurs enseignements amenaient bel et bien la liberté. La liberté face aux pratiques religieuses communes, la liberté face aux nécessités du corps. Mais comme dans le récit du Jugement de Salomon au 1er Livre des Rois, si chaque partie en conflit dit la même chose, et qu’ici chacun parle de liberté, il n’en est qu’une, de parole sur la liberté, qui soit véridique.

Je suis en ce moment en train de lire un roman dont l’histoire se situe en Espagne à la veille de la guerre civile. Cette sale guerre qui, de 1936 à 1939, est comme l'une des prémisses sanglantes, à l’échelle d’un pays, de la guerre qui ravagera l’Europe juste après. Parlant de liberté, ce qui me frappe à propos de ce conflit (mais on pourrait l’appliquer sans doute à beaucoup d’autres), c’est que chaque camp opposé se targue à hauts cris d’apporter la liberté au peuple espagnol. Que le mot est employé avec la même ferveur par les phalangistes, miliciens proches de la monarchie et de l’Eglise, et les communistes proches de l’Union soviétique.

Et alors le mot liberté ne devient… justement… qu’un mot. Un mot qui recouvre des réalités diamétralement opposées suivant qui l’emploie. Et les totalitarismes du XXe siècle (et ceux de ce siècle-ci) auront usé et abusé (usent et abusent) de ce mot dans la mesure même où ils privaient (privent) de liberté justement ceux qui ne suivent pas l’idéologie dominante.

Un mot, ce mot de liberté, peut donc perdre tout son sens. Ce mot que le poète Eluard voulait écrire partout tellement il est sublime, ce mot comme d’autres tout aussi vitaux court donc toujours ce risque de devenir à tout moment ou mensonge ou leurre.

Si les idéologies du siècle passé n’ont plus cours (quoique), c’est aujourd’hui face au nouveau mirage de liberté que nous présente notre société de consommation que nous sommes confrontés. Quoi de plus attirant en effet que la liberté ? Quoi de mieux que la liberté ? Celle de voyager souvent et à bas prix, celle de s’habiller de façon unique et toujours nouvelle, celle de consommer simplement, dans des centres commerciaux toujours plus grands et ouverts toujours plus tard ?

Parce que déjà il y a bien longtemps, au début de notre ère, un auteur chrétien avait perçu la vulnérabilité d’une chose, d’une réalité si elle est laissée au jugement des hommes, la liberté dont il est question dans la Lettre aux Colossiens tient toute entière à un événement que l’humain ne pouvait susciter lui-même. Un événement qu’il ne pouvait se donner à lui-même.

Cet événement, c’est dans les mots de la Lettre la mort et la vie en Christ, l’acte souverain de grâce et de pardon de Dieu cristallisé dans la mort et la résurrection du Christ. La liberté dont il est question tient ainsi à la participation à cet événement qui ne dépend que de Dieu.

« Car vous êtes morts et votre vie est cachée avec le Christ en Dieu ». (Col 3,3)
Etre libres, c’est vivre de cette vie reçue, de cette vie donnée.
Etre libres, c’est recevoir notre liberté et non devoir l’acquérir.

Etre libres, c’est faire reposer notre vie entière sur une grâce qui n’est pas d’abord manifestation extérieure, mais un profond espace à l’intérieur de nous pour accueillir Dieu. L’espace d’une liberté infinie où nous découvrons toujours à nouveau que notre vie en Dieu nous ouvre un monde que rien ne peut réduire, ni la vie, ni la mort, ni aucune autre chose.

Amen.


Témoignage de Marine :

Etre libre c'est être en Dieu

C'est également un combat, mettre Dieu au centre de sa vie peut être une chose difficile, il faut savoir faire confiance et lâcher prise, s'abandonner au Seigneur.

Pendant plus d'un an j'ai prié mon Père sur un sujet qui me tenait à cœur. J'avais besoin d'une réponse à mes questions. Je suis dans une relation où je ne me sens pas libre je me sens d'une certaine manière prisonnière. Lors d'un camp cet hiver, Dieu m'a enfin répondu, il m'a, par l’intermédiaire d'une personne, envoyé une image me disant que je devais être libre et pour ça laisser ma relation avec une certaine personne dernière moi. Quand j'ai reçu cette réponse j'étais soulagée mais dévastée. Je parle de combat car c'est ce que je vis en ce moment, je n'ai pas encore réussi à gagner le mien à être pleinement libre en Dieu mais j'ai confiance en Lui, je sais qu'Il nous accompagne, Il sait ce qu'Il y a de mieux pour nous, et quoi qu'il arrive Il nous laisse le choix de le suivre, Il nous laisse le choix d'être libres.

La liberté en Dieu ce peut-être se sentir aimée et pardonnée alors que tout n'est pas encore réglé selon ses plans. La Grâce de son amour dans nos imperfections. Etre libre en Dieu c'est savoir qu'en tant que ses enfants nous sommes sauvés de la mort et que rien ne peut se mettre entre Lui et nous. C'est aussi savoir que nous appartenons à son Royaume et que dès maintenant, sur cette terre, dans ce monde, il rend toute chose possible. Savoir simplement que rien n'est impossible à Dieu.

Quelles sont nos captivités aujourd'hui? Quelles idées, idéologies, indifférences conditionnent nos pensées et nos actes ? L'auteur de l'épître aux Colossiens connaît un environnement où le « marché des idées » est foisonnant. Il inspire pour aujourd'hui quelques pistes pour préserver une liberté gagnée dans la foi.

Détails

Intervenants
Elodie Séchaud et Bruno Hausler
Organiste
Musiciens
Chorale gospel Sa'voie, sous la direction de Hans-Edouard Edmond, soliste