Tout tourne

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Je vais faire appel à votre imagination chers auditeurs. Dans une main, je tiens une petite balle bleue. Je vous demande d’imaginer que c’est la terre. De l’autre main, je tiens un beau pamplemousse bien jaune. Vous imaginez que c'est le soleil. Ma question maintenant : qu’est-ce qui tourne autour de quoi ?
Nous le savons tous, c’est la terre qui tourne autour du soleil. Très longtemps pourtant, on a cru que le soleil et avec lui le reste de l’univers tournait autour de la terre, qui elle se trouvait au centre de toutes choses. Placer la terre au centre apparaissait comme une évidence. Le soleil, serviteur de la terre, en faisait le tour une fois par jour. Le centre de gravité de l'univers, le point autour duquel tournaient toutes choses, c'était la terre.
Tout était pour le mieux dans le monde des astronomes, jusqu'au jour où un dénommé Nicolas Copernic a renversé l’évidence. Copernic était contemporain du Réformateur Martin Luther, il était moine comme lui. Il y a juste 500 ans, dans le ferment des idées nouvelles et de recherche de la vérité, Copernic a compris : c’est la terre qui tourne autour du soleil. Le centre de gravité de notre système de planètes, son milieu, ça n'est pas la terre, c'est le soleil. C’est autour du soleil que les planètes s’ordonnent. C’est par le soleil qu’elles trouvent leur trajectoire dans l’espace et leur place dans l’univers.
Cette découverte a bouleversé toute notre compréhension du monde. Ça ne s’est pas fait facilement. Il y a eu beaucoup de résistances, dans l’Eglise notamment. Galilée en a su quelque chose.

Pourquoi vous raconter cela ? Parce que nous rencontrons chacun une difficulté semblable à celle des contemporains de Copernic. Il nous est difficile de voir notre vie autrement qu’avec nous et nos besoins au centre. Très naturellement, nous plaçons nos désirs, nos ambitions, nos peurs aussi au centre de nos existences. A l’image de ce qui se faisait à l’époque avec la terre, nous nous plaçons au centre de notre système solaire à nous. Mais écoutez cette phrase de l’apôtre Paul qui a été lue tout à l'heure : « Jésus est mort afin que ceux qui vivent ne vivent plus pour eux-mêmes, mais qu'ils vivent pour celui qui est mort et revenu à la vie pour eux. »
Jésus a donné sa vie afin qu’à notre tour nous apprenions le don de nous-mêmes. Ne plus vivre pour soi-même, mais vivre pour Jésus qui nous sauve. Vivre comme lui. C’est la découverte de l’apôtre Paul, qui depuis lors a témoigné d’un changement profond de sa manière de vivre : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi. » Ce n’est plus moi le centre de mon existence mais le Christ, c’est ce qu’il écrit dans sa lettre aux Galates.
Vivre ce décentrement, c'est comme de passer d'une vision du monde où le soleil tourne autour de la terre à une vision du monde où c’est la terre qui tourne autour du soleil. Il faut dans nos vies une révolution de même nature que la révolution copernicienne.

Avec l’apôtre Paul, nous découvrons qu’il n’est pas nécessaire de vivre en étant soi-même le centre de ce que l'on fait ou de ce que l'on espère. On peut vivre autrement, centré sur le Christ et le Royaume de Dieu qu’il a annoncé. C’est ce que Paul a vécu, mais c’est aussi ce que des croyants ordinaires vivent au quotidien. Je pense à trois situations toutes simples rencontrées cette semaine en camp de catéchisme.
En y repensant, je me dis, c’est le Christ qui vit dans ces personnes et qui leur permet de ne pas être centrées sur elles-mêmes. Il y a eu la situation d’une fille qui s’est trouvée mise à l’écart. C’est fréquent à cet âge-là et difficile à vivre bien sûr. L’attitude d’une de ses copines m’a impressionnée : elle a constamment cherché à lui faire une place. Elle ne s’est pas préoccupée de sa popularité à elle, mais de faire place à l’autre.
Et que dire de nos cuisinières, des grand-mamans qui ont passé leur semaine à cuisiner et à nettoyer leur cuisine au milieu du bruit et de l’excitation des jeunes. Pourquoi étaient-elles là alors que ni leurs enfants, ni leurs petits-enfants n’étaient présents ? Pourquoi ont-elles troqué leur lit contre des lits de camp ? Elles se sont mises à notre service pour que l’amour de Dieu soit annoncé à nos catéchumènes. Leur attitude comme les confitures qu’elles avaient faites à l’avance me font penser qu’en elles vibre la même réalité que l’apôtre Paul même si elles le diraient autrement : ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi.
Et les accompagnants qui ont consacré une semaine de leurs vacances à partager leur foi avec ces jeunes, eux aussi, il a fallu qu’ils se décentrent d’eux-mêmes. La bonne nouvelle, c’est que les uns et les autres sont repartis heureux et enrichis d’avoir donné d’eux-mêmes à la suite du Christ.

On n’est pas obligé de vivre pour soi, centré sur ses propres intérêts, sur son plaisir. De même, on n’est pas obligé de vivre en fonction de ce qui nous arrive à nous, de notre santé, de nos réussites et de nos échecs. Bien sûr que ces réalités sont très importantes, mais elles ne déterminent pas tout. Elles ne disent pas tout de qui nous sommes et de là où nous allons.
De quoi dépend la trajectoire de la terre ? Elle dépend autant du soleil que de la terre elle-même. De même, ma vie, comme chrétien, la trajectoire de ma vie et mon avenir dépendent de celui que Dieu nous a donné pour soleil, Jésus-Christ.
Avant l’apôtre Paul, c’est bien sûr Jésus qui nous a appelés à nous décentrer de nous-mêmes. « Cherchez le Royaume de Dieu et sa justice plutôt que de vous soucier de vous-mêmes. » Faites du Royaume de Dieu le cœur de votre vie. Ne laissez pas vos préoccupations ou le souci pour votre santé être seuls au centre. Et Jésus d’assurer que toutes choses seront données en plus à celui qui cherche premièrement le Royaume de Dieu.

Un ami retrouve un jour Ouin-Ouin qui cherche une pièce de monnaie devant son garage.
- Où l’as-tu perdue, lui demande-t-il ?
- Là-bas au fond du garage.
- Mais pourquoi est-ce que tu la cherches ici alors ?
- Eh ben, parce qu’ici il fait jour, c’est plus facile de chercher. Là-bas il fait tout noir.
Ouin-Ouin nous fait rire. Et pourtant on fait parfois de même. On ne cherche pas là où se trouve la paix et la vie bonne à laquelle nous aspirons.

Ne plus vivre pour soi-même mais vivre pour le Christ, c’est possible, nous dit Paul, parce que la réussite de notre vie ne dépend pas d’abord de nos réussites personnelles. Quand ce n’est plus moi mais le Christ qui se trouve au centre de ma vie, alors sa réussite devient aussi la mienne. En cherchant le Royaume de Dieu et non le succès ou la sécurité pour lui-même, Jésus a connu la croix, mais Dieu l’a ressuscité. Et c’est à un même mouvement que je suis destiné si je vis en Christ.
Ainsi, je peux avoir vécu des déchirements dans ma vie de famille, le Christ me donne des frères et sœurs à aimer. Je peux avoir connu des échecs dans ma vie professionnelle, il m’embauche pour construire le Royaume de Dieu. Celui qui peut dire « Ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi », se trouve entraîné dans une œuvre magnifique dont parle l’apôtre Paul : la réconciliation des hommes avec Dieu. On se trouve appelés à être des ambassadeurs, les porteurs d’une Bonne Nouvelle, et cela élargit nos existences. Notre part comme chrétiens, c’est de cesser de tourner sur nous-mêmes pour nous placer en orbite autour du Christ.

Parmi les auditeurs, ce matin, vous êtes certainement nombreux à vous heurter à la maladie, aux souffrances et aux renoncements qu’elle implique. Nous ici, nous pensons à vous. Ce sera peut-être un jour notre tour d’en passer par là. Aujourd’hui, nous voulons croire avec vous que cette journée peut être réussie malgré les limites que vous impose la maladie. Si le centre de notre vie, ce n’est plus seulement nous et nos désirs contrariés mais le Christ et son Royaume, alors des sujets de reconnaissance doivent pouvoir émerger de la déception. Si le centre de notre vie ce n’est plus seulement nous et notre faiblesse, alors quelque chose va percer à travers la douleur ou la lassitude. C’est en tous les cas notre prière à nous qui sommes ici et notre manière d’espérer avec vous.
Le cœur du message de l’apôtre Paul, c’est que tout ne dépend pas de nous et de ce qui nous arrive. Notre vie n’est pas suspendue uniquement à nos réussites, à l’accomplissement de nos projets ou à notre santé. Notre identité en Christ est un trésor de la foi qu’il ne faut pas laisser perdre. Jésus est mort afin que ceux qui vivent ne vivent plus par eux-mêmes, obligés de réussir leur vie par eux-mêmes. Jésus est mort et ressuscité afin que notre existence ne soit pas conditionnée que par nos succès ou nos malheurs, mais qu’elle tourne autour du Royaume de Dieu qui vient envers et contre tout.

Etre en orbite autour du Christ. Je ne connais pas de trajectoire plus belle. Le centre de gravité de notre existence ne se trouve plus dans notre vie, il se trouve en Christ. Ses intérêts deviennent nos intérêts, son espérance devient notre espérance: nous ne vivons plus alors pour nous-mêmes ou par nous-mêmes.
« Si quelqu’un est en Christ, il est un être nouveau », dit l'apôtre Paul. Il est dans le champ de gravité du Christ. Ce qui détermine sa façon de vivre, ses ambitions ou sa destinée après la mort, ce n'est pas lui, c'est le Christ.
Si quelqu’un est en Christ, il est un être nouveau. Il ne tourne plus sur lui-même.
Si quelqu’un est en Christ, sa vie prend de l'ampleur.
Si quelqu’un est en Christ, il a un soleil quoiqu'il lui arrive.
Si quelqu’un est en Christ, quelles que soient les difficultés qui surgissent, il partage le but qui est celui du Christ : que tous les hommes soient réconciliés avec Dieu.
Si quelqu’un est en Christ…, qu’il en soit ainsi pour nous tous, chers auditeurs, chers paroissiens.

Amen !

Détails

Intervenants
Organiste
Musiciens
Union instrumentale du Brassus, dir. Yannick Barthoulot