Exhortation au courage et à la persévérance

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« Nous ne sommes pas de ceux qui font défection, mais de ceux qui sont fidèles. » C’est ainsi que l’auteur de la lettre aux Hébreux termine un passage de l’exhortation au courage et à la persévérance qu’il destine à ses lecteurs fatigués et par conséquent fragilisés. Nous comprendrions très bien qu’il leur dise : « Ne soyez pas de ceux qui font défection, soyez de ceux qui sont fidèles. » Mais non, il parle en « nous ».
Est-il, lui aussi, de ceux qui, dans leur cheminement spirituel, dans leur service de Dieu et des frères et sœurs, sont essoufflés ? A-t-il besoin de se parler à lui-même et de se reprendre en main en même temps qu’il encourage ses lecteurs ? Certainement pas. S’il parle en « nous », c’est que, pour lui, la lutte intérieure contre le découragement n’est pas un combat individuel et privé mais elle appelle un engagement communautaire.

Revenons à notre texte. Notre auteur évoque d’abord le passé de ses lecteurs : « Rappelez-vous vos tout premiers jours : après avoir reçu la lumière de Dieu – c’est-à-dire l’Évangile, le baptême, l’Esprit – vous avez été donnés en spectacle sous les injures, persécutés. ». Eh bien, et notre auteur continue : « Vous avez soutenu ceux qui étaient maltraités. Vous avez pris part à leurs souffrances. » Et cette solidarité avait un prix – on le lit ici – les sympathisants des persécutés voyaient leurs biens saisis. En somme, il leur dit : malgré tout, dans cette épreuve passée, vous ne vous êtes pas laissés tomber les uns les autres.
Le présent des lecteurs de la lettre est différent, les temps ont changé.. Plus de persécutions, plus de spoliations intimidantes, semble-t-il. La menace est plus intérieure. Écoutez notre auteur : « certains ont abandonné l’Évangile. Certains fléchissent, ils désertent les assemblées, ils vivaient franchement leur foi, ils sont en train de perdre leur assurance.
Pour notre auteur ces difficultés nouvelles, ces menaces nouvelles appellent des solidarités nouvelles : « Veillons les uns sur les autres », leur écrit-il, « encouragez-vous les uns les autres » et il conclut par cette affirmation qui résonne comme une invitation à un compagnonnage fraternel auquel il se joint : « Nous ne sommes pas de ceux qui font défection, mais de ceux qui sont fidèles. »

Mais de quoi parlons-nous lorsque nous parlons de défection, d’abandon, de recul ? Ici notre auteur s’adresse à des chrétiens qui, après avoir adhéré à l’Évangile de la grâce, sont tentés de retomber dans des pratiques légalistes juives ou – moins probablement – dans des pratiques païennes. Des pratiques en usage dans leur milieu et, par conséquent, qui ne les marginalisent pas et ne leur causent donc pas de tort.
Abandon, défection. Nous, nous pensons tout de suite aujourd’hui à ces amis qui furent un temps dans nos paroisses nos compagnons de route, fidèles de nos assemblées et que l’on ne voit plus. À noter que nous avons peut-être tort de penser à eux, Dieu seul connaît les cœurs et sait qui déserte et qui est fidèle.
Abandon, retour en arrière. Nous pensons peut-être à nous-mêmes. Non pas que nous nous sentions coupables de désobéissances spectaculaires qui nous apparaissent comme des reniements manifestes de notre foi mais, lucides, nous réalisons bien ceci : Nous entendons des lectures bibliques qui nous donnent le goût de Dieu, mais une fois revenus à notre existence encombrée, notre goût de Dieu se dilue dans la multitudes de nos envies concrètes.
Nous disons ensemble le Notre Père, nous participons à la Cène, nous nous voyons nous-mêmes, avec les autres, enfants de Dieu. Mais une fois mis à l’épreuve de la réalité rude de nos relations humaines et des déceptions qu’elles engendrent, nous ne nous voyons plus tout à fait la même chose.
Nous chantons À Toi la gloire et nous confessons notre foi à pleine voix, mais une fois confrontés aux événements de la vie, de la vie de nos proches et de ce monde, nos certitudes sont moins claires. Et c’est ainsi que, après nos meilleurs moments, « nous revenons en arrière », nous perdons un peu de notre « assurance », cette liberté intérieure de vivre franchement et avec une entière conviction notre foi. Voilà l’abandon, le recul, la défection.

Pour notre auteur, c’est maintenant ce genre de difficultés qu’il s’agit de ne pas vivre seul. Vous le savez, il y a autour de nous 1’000 formes de solidarités pour des difficultés concrètes, visibles et mesurables. Et quand de nouveaux problèmes sociaux et humains surgissent, on imagine solidarités nouvelles et on a raison et c’est bien.
De même, pour notre auteur, après le temps des solidarités face à la persécution, est venu le temps d’un indispensable soutien fraternel face à la persévérance qui se fatigue, face à l’assurance qui fond, face à l’attachement à l’Évangile de Jésus-Christ qui se fane. Soutien fraternel nouveau encouragé par l’expérience mémorable des « coude à coude » d’autrefois.
« Veillons les uns sur les autres !», « encourageons-nous ! » Et notre auteur n’est pas le seul à parler ainsi. Dans sa lettre aux Éphésiens Paul s’adresse à ses enfants dans la foi. Il leur écrit ceci : « Priez pour moi, pour qu’il me soit donné, lorsque j’ouvre la bouche d’annoncer l’Évangile avec une pleine assurance. »
Si Paul, ce géant, a eu besoin de ses cadets dans la foi pour témoigner de l’Évangile avec assurance, à combien plus forte raison avons-nous nous-mêmes besoin de la prière les uns des autres pour aller fidèlement et sans retenue sur le chemin de notre vie chrétienne.

Et plus près de nous cette lettre du théologien allemand Dietrich Bonhoeffer, datée de 1943. Il est en prison et il écrit à un ami en prison lui aussi. Ce message est un monument de solidarité spirituelle : « Promettons-nous réciproquement d'être fidèles dans l'intercession l'un pour l'autre. Pour toi je demanderai la force, la santé, la patience, et que Dieu te garde des conflits et des tentations. Demande la même chose pour moi. Et s'il était écrit que nous ne devions pas nous revoir, que nous pensions l'un à l'autre jusqu'à la fin dans la reconnaissance et le pardon; et que Dieu nous accorde d'être un jour devant son trône, intercédant l'un pour l'autre et rendant grâce l'un avec l'autre. » (Résistance et soumission, p. 64)

Chers amis, nous ne sommes pas ce matin ensemble – proches ou loin les uns des autres mais ensemble quand même – pour que chacun dans son coin, à l’heure de la lassitude, serre les dents et s’efforce tout seul d’être, malgré tout, pleins d’assurance. Nous ne sommes pas ensemble pour rester spectateurs curieux et désolés des fatigues, des infidélités, des abandons des uns ou des autres.
Nous sommes ensemble pour nous dire, les uns aux autres, en parole ou d’un regard ou d’une poignée de main ou du geste de nos mains jointes : « Que Dieu nous fasse à tous la grâce de ne pas être de ceux qui se laissent emporter en arrière, mais de ceux qui, pour leur salut, fidèlement, avancent ensemble. »

Amen !

Détails

Avec la participation de
Orgue
Edith Lang
Musique
Groupe vocal paroissial, dir. René Rihs