Jésus voit les choses d'en haut !

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Pasteur : Chers frères et sœurs, pour comprendre ce texte il est utile de donner quelques explications d’ordre historique. Ce texte est bouleversant, mais il faut entrer dans la mentalité de l’époque pour bien en saisir le sens. Israël s’est toujours pris pour le peuple élu, le peuple que Dieu avait choisi parmi les autres nations. C’est lui, en effet, et pas d’autres peuples que Dieu a fait sortir d’Egypte. C’est lui, et pas d’autres peuples, que Dieu a conduit dans le désert. Il a conclu une alliance avec lui, il lui a donné Sa loi, il lui a donné une terre où habiter et vivre. Tous les prophètes que Dieu a envoyés et je dis bien, chers frères et sœurs, tous les prophètes, Dieu les a envoyés pour le peuple d’Israël. Les autres peuples étaient exclus de l’histoire du salut. Ceux qui n’étaient pas Israélites étaient considérés comme des hommes impurs. Pensez même qu’à l’époque, un vrai Israélite ne pouvait pas entrer dans la maison d’un étranger, car il aurait risqué d’être contaminé.
C’est dans ce contexte que la décision de Jésus de faire un voyage en terre étrangère annonce une nouvelle époque. Il est le signe d’une ère nouvelle qui va commencer. Avec la venue de Jésus, l’ancienne époque prend sa fin et une nouvelle va commencer. Jésus sait qu’avec sa venue Dieu va donner la possibilité à tous les peuples d’accéder au salut. Chers frères et sœurs, ce que nous comprenons par cette histoire c’est que Dieu au fond de lui-même n’a jamais abandonné l’humanité. S'il a choisi un peuple, c’était pour préparer cet événement, qui s’est manifesté en Jésus-Christ. Dieu aime tout le monde sans distinction de race.
A la différence de ses compatriotes le regard de Jésus est plus lucide. Il sait que c’est une nouvelle ère qui commence. Il connaît l’amour de Dieu qui dépasse toutes les frontières et c’est pourquoi lui aussi décide de dépasser la frontière d’Israël, qui séparait les purs des impurs. Jésus, qui est le fils de Dieu, peut oser défier l’idéologie dominante parce qu’il connaît les vrais projets de Dieu. Il est son fils et il sait regarder derrière les apparences de race et de couleur pour atteindre la profondeur de l’être. Il voit les choses d’en haut et non d'en bas comme les autres, car Dieu lui a donné le don de l’omniscience.

Nicolas : (en criant) Je ne comprends pas, je ne comprends pas; je m’excuse, Monsieur le pasteur, mais je ne suis pas sûr de vous avoir bien compris. Vous voyez, je ne viens pas souvent au culte et ce n’est qu’une occasion spéciale qui m’a amené ici. Je n’ai donc pas une grande expérience des mots que vous avez l’habitude d’utiliser. Pourrez-vous, s'il vous plaît, m’expliquer ce que c’est l’omniscience?

Pasteur : Ben, voyons… l’omniscience, c’est le pouvoir de pénétrer les pensées de Dieu. Or, Jésus, il a ceci de différent de chacun de nous, il a une relation profonde avec Dieu de sorte qu’il peut en comprendre les desseins malgré l’idéologie dominante, qui nous fait souvent confondre la volonté de Dieu avec des préjugés humains. Jésus sait qu’avec sa venue une nouvelle ère commence et qu’il faut dépasser les frontières d’Israël pour former un nouveau peuple, celui de l’église. C’est pourquoi dans le récit qui précède celui-ci, Jésus invite les Pharisiens à dépasser la distinction que les hommes font entre «pur» et «impur». C’est aussi pourquoi il décide dans le récit que nous avons lu d’aller vers les païens, les gens qui ne sont pas Israélites, et qu’on considérait comme impurs.

Nicolas : Ah bon, je ne suis pourtant pas très convaincu de ce que vous dites là.

Pasteur : Vraiment ?

Nicolas : Lisez vous-même le texte. Personnellement, j’ai plutôt l’impression que Jésus partage les mêmes idées que ses concitoyens. Il n’est pas très conscient d’inaugurer une nouvelle ère. Quand la femme étrangère lui demande de l’aide, il ne se dépêche pas de la secourir. Il me semble au contraire qu'il lui répond même assez durement.

Lecteur : «Il n’est pas bien de prendre la nourriture des enfants et de la jeter au chiens.»

Silence

Nicolas : Si je dois être franc, je n’ai pas l’impression que cette réaction soit la réaction de quelqu’un qui a compris la moindre des choses de l’amour de Dieu. Vous vous imaginez ? Cette pauvre femme est peut-être veuve, elle a une seule fille et cette fille est malade. Elle a peut-être fait le tour de tous les médecins et des exorcistes de la région pour que sa fille soit guérie. Elle a peut-être dépensé tout son argent. Alors voilà qu’elle rencontre Jésus : il a la réputation de réussir tous ses coups et de rien exiger. Alors, voilà que l’espoir renaît dans son cœur. Elle a peut-être trouvé celui qui va la délivrer et que se passe-t-il ? Pas seulement il refuse de la secourir, mais en plus il la traite de chienne. C’est de l’amour ça ?

Pasteur : Je n’avais jamais vu ce texte sous cet angle. T’as raison ! ! ! Cette petite phrase ne m’avait jamais dérangé. Au fond, c’est quand même lui qui décide de se promener dans le territoire de Tyr et à la fin l’enfant est tout de même guérie, mais c’est vrai qu’à un moment donné l’attitude de ce Jésus est vraiment désagréable vis à vis de la pauvre femme.

Nicolas : Mais ce que j’ai de la peine à comprendre, c’est que le maître ici ce n’est pas Jésus. Si j’ai bien écouté, j’ai l’impression que c'est la femme qui enseigne à Jésus et non le contraire.

Lecteur : «Pourtant, Maître, même les chiens, sous la table, mangent les morceaux que laissent tomber les enfants.»

Nicolas : Ce n’est pas Jésus qui prône l’ouverture à ceux qui ne sont pas Israélites. C’est plutôt la femme qui apprend à Jésus l’ouverture. Mais s‘il a à apprendre, il n’est pas omniscient. Mais, alors, comment peut-il se prétendre le fils de Dieu ?
Pasteur : Je commence à comprendre. Et je me demande si Jésus n’a pas renoncé expressément à vouloir tout savoir. Jésus a renoncé à l’omniscience parce que peut-être ce n’est pas du côté de l’omniscience que réside la vérité.

Nicolas : N'y a-t-il pas de contradiction dans ce que vous dites ? Peut-on ne pas tout savoir et en même temps être du côté de la vérité ?

Pasteur : Je commence à comprendre. Tu vois, arrête-toi sur notre histoire récente. Tu peux facilement te rendre compte de ce que les hommes peuvent faire quand ils croient posséder la vérité. Il n’y jamais eu de crimes plus horribles que lorsque les hommes ont essayé de faire correspondre leur vie et celle des autres à ce qu’ils croyaient être la vérité. C’est l’histoire de tous les fanatismes, de tous les intégrismes, de tous les fondamentalismes. Mais peut-être une vérité qu’on peut détenir n’est pas la Vérité avec le V majuscule. J’ai l’impression que la vérité dépend plutôt des expériences que l’on fait et des personnes que l’on rencontre. Ce ne sont pas des événements et des personnes que dépendent de la vérité.
Je crois que Jésus n’a jamais voulu se présenter comme celui qui sait et qui enseigne, mais plutôt comme celui qui écoute. Marc dans son Evangile veut nous présenter Jésus comme le Seigneur. Il est étonnant qu’il ait accepté un texte comme celui-ci où Jésus semble être plutôt le disciple que le maître. S’il l’a fait c’est parce que Marc n’a pas cru que Jésus était celui qui devait tout savoir et qu’il était venu pour tout nous dire. Plus qu'omniscient il est sage, Jésus et ce sont tes remarques qui me l’ont appris; il est le Seigneur parce qu'il est proche de nous et nous écoute.
Et je crois que son attitude a beaucoup à apprendre à l’église. Si Jésus lui-même accepte de se tromper et revient sur ses décisions, l’église n’a pas à posséder la vérité absolue et à l’enseigner aux gens. L’église n’est pas supérieure à Jésus, elle est à sa suite. Jésus, dans son parcours d’homme comme nous, s’est laissé remettre en question, l’église et les croyants devraient apprendre à faire la même chose. Jésus a accepté d’être dans le tort et de se laisser remettre en question par une femme pauvre et insignifiante. Nous, aussi, nous avons à apprendre de ce qui ne compte pour pas grand-chose. Il est intéressant de noter que ce n’est pas un professeur ou un cardinal qui lui apprend à regarder autrement les gens. C’est une femme sans culture et sans valeur. Il est parfois étonnant comment on peut apprendre de tout le monde. Jésus nous donne ici un sacré exemple d’humilité. Il accepte que même une femme puisse lui apprendre quelque chose. De son côté une église qui se prétend à la suite de Jésus ne peut pas prétendre être infaillible.

Ce ne sont que les systèmes pervers et les machinations diaboliques qui se croient infaillibles. Et au nom de l’infaillibilité on écrase souvent les autres. Le nazisme en Allemagne et le communisme en Union Soviétique nous l’ont largement montré. Comme Jésus, l’église aussi et chaque croyant est appelé à être ouvert à la vie et à se laisser interpeller par ce qu’il vit et par les personnes qu’il rencontre. Tu as vu juste : Jésus nous montre dans ce texte qu’une doctrine préconçue peut nous piéger. Jésus nous donne un sacré exemple de comment on peut laisser de côté des affirmations religieuses pour s’ouvrir aux autres et se rapprocher le plus de la Vérité, la vraie. Il n’a pas eu honte de nous le montrer, c'est à nous maintenant de faire de même.

Nicolas : J’espère qu’il en puisse être ainsi !

Prédications du même intervenant

Détails

Intervenants
et Nicolas Meyer, catéchumène
Organiste
Raphaël Pillado
Musiciens
Elisabeth Rorforf, Hélène Tabacchi (clarinette)