La vérité vous rendra libres

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Mercredi, à la Chaux-de-Fonds, au volant de ma voiture, j'étais arrêtée à un feu rouge. J'ai vu surgir sur ma droite un jeune homme en patins à roulette. J'ai admiré son élégance. Avec habileté, il s'est faufilé entre les voitures, se jouant des obstacles, il a progressé avec légèreté et sûreté. Je l'ai retrouvé quelques centaines de mètres plus loin. Il imprimait à sa course ce joli balancement qui suggère une danse. Voilà une belle image de la liberté : glisser, en se jouant des obstacles, pour poursuivre sa route, solitaire.
Bien souvent, dans notre société, quand on revendique la liberté, on rencontre la solitude.
«La vérité vous rendra libres !» nous dit l'évangile. Cette liberté-là est d'un tout autre ordre !

Nous fêtons, ce matin, la Réformation. Ce thème a été un sujet cher aux réformateurs. Martin Luther, par exemple, a écrit un bref ouvrage intitulé «De la liberté chrétienne». Le chrétien, dit-il, est l'être le plus libre, maître de toutes choses, il n'est assujetti, soumis à personne. Et Luther ajoute un élément qui ne va pas de soi aujourd’hui : le chrétien est en toutes choses le plus serviable des serviteurs, il est assujetti à tous ! Le vocabulaire est d'époque, nous sommes bien d'accord. Mais quand même, nous, les protestants, nous avons un besoin farouche d'indépendance. Nous n'aimons pas qu'on nous dise ce qu'il y a à faire ou à penser, sommes-nous plus libres pour autant ? Le souffle de la liberté nous saisit-il au seuil de nos églises ? Sommes-nous transportés par sa mélodie ?

Permettez-moi une page de pub. L’Eglise Réformée Evangélique Neuchâteloise tient un stand, pour la première fois, dans un salon commercial… ce stand connaît un grand succès… et je vous conseille de vous y rendre pour essayer la fameuse «cabine de méditation». Quand on se promène dans cette sorte d'exposition, que voit-on ? Des personnes qui cherchent à travers l'achat d'un nouveau réfrigérateur ou d'un aspirateur, plus de confort, bien sûr, mais aussi plus de bonheur et de liberté. Plus de liberté ? Nous pourrions tous souhaiter que notre pouvoir d'achat augmente; quand l'évangile de Jean nous invite à la liberté, il se préoccupe de notre pouvoir de vie. Qu'est-ce qui augmente mon pouvoir de vie ? Qu'est-ce qui fait de moi un être royal, un fils ou une fille, un enfant de Dieu, maître de toutes choses ? Le mur de Berlin est tombé; après la fête, on déchante. On le sait que trop, il ne suffit pas de détruire un mur pour trouver la liberté. Cette aptitude procède de l'intérieur de nous-mêmes… pour nous rendre libres de l'opinion d'autrui, libres d'agir selon nos convictions, libres envers notre partenaire de vie, libres, surtout, avec nos voix intérieures, nos «il faut», «je dois», nos contradictions et tiraillements, voire nos culpabilités. Le penseur Sri Aurobindo allait même plus loin : le monde entier aspire à la liberté et pourtant chaque créature est amoureuse de ses chaînes.

La vérité vous rendra libres.
La réponse de l'Evangile est paradoxale : pour être libre, il s'agit de subordonner sa vie à Dieu, d'investir son besoin d'absolu et de perfection en lui, et en lui seul, le Dieu d'amour. C'est un peu comme dans mon jardin : il y a quelques jours, un géomètre est venu y planter un piquet joliment peint en rouge vif. Puis, il a dessiné, une marque de la même couleur sur le tronc du prunellier. Ensuite, Il est venu m'expliquer : «Vous comprenez, le carrefour va complètement se modifier, la configuration va changer, il nous faut un point de repère stable… d'où effectuer nos mesures. Tout va être bouleversé : sans ce piquet et cette marque rouge, nous serions dans l’impossibilité de nous repérer.»

Il arrive que nos existences soient modifiées de fond en comble. Dieu se veut pour nous le rocher, le sol ferme sous les pieds. Porter son attention en priorité sur ce repère, considérer d'abord cette référence ultime, s'arrêter et regarder les événements de ce point de vue unique : voilà qui est source de liberté.
Cette vie comme «accrochée» en à Dieu donne des résultats concrets. J'en veux pour preuve, Martin Luther, malade, il écrit à sa femme, inquiète. Cela se passe 10 jours avant sa mort : «A ma chère ménagère, Catherine Luther, martyre d’elle-même, à Wittenberg. ... Laisse-moi en paix avec tes soucis. Quelqu'un de meilleur, meilleur que toi et tes anges, veille sur moi. Il est couché dans une crèche et cependant assis à la droite du Père tout-puissant. C ‘est pourquoi sois en paix.»
Je pense à la liberté de Jésus devant la croix : ma vie, on ne me la prend pas, je la donne. Je pense à l'apôtre Paul, il comparaît devant l'empereur Agrippa qui détient le pouvoir de vie ou de mort sur lui. Il parle si courageusement et librement de ses convictions que l'empereur s'écrie : «Tu vas bientôt me persuader de devenir chrétien »
Je pense encore à cet ami d'environ 50 ans. Dans une entreprise où l'on débauche, où la pression se fait vive pour accomplir de plus en plus d'heures supplémentaires, il ose dire non, librement, sans peur.
La liste pourrait s'allonger.

La vérité vous rendra libres Comment vivre cette liberté plus particulièrement dans nos relations ? Comment concilier liberté et contact ? Cela ne va pas de soi, nous le savons bien. A cet égard, il est intéressant de suivre Jésus, de l'observer de près dans ces différentes rencontres. En particulier, dans cet épisode relaté par l'évangile de Luc, entendu tout à l'heure. Si vous êtes d'accord, chers auditeurs, je vous invite à un exercice pratique.
Souvenez-vous : trois personnes se trouvent en présence  Simon le Pharisien, la femme appelée de mauvaise vie et Jésus. Si vous le voulez bien, nous allons faire un peu comme sur la scène d'un théâtre. D'abord, nous allons nous familiariser tour à tour avec chaque personnage, puis les incarner, un instant. Si vous êtes à la maison, vous pouvez choisir une chaise ou un fauteuil qui représenterait Simon. Ici, dans le temple de Corcelles, je vous invite à repérer un endroit devant vous qui serait Simon. Si vous êtes en voiture, Il serait prudent de reporter l'exercice à un autre moment !
Simon a invité Jésus à un repas, par sympathie, par curiosité aussi. Cette invitation se déroule de manière correcte, selon les coutumes religieuses et sociales juives de l'époque. Simon fait preuve de respect et d'intégrité, dans ses gestes, ses pensées et ses propos. Je ne vous cache pas que personnellement j'aime bien Simon. J'aime sa droiture, son intégrité son courage aussi... Par les temps qui courent, c'est bon de rencontrer quelqu'un d'honnête et de cohérent. Je suis attirée par la personnalité de Simon, c'est quelqu'un, me semble-t-il, sur qui on peut compter, qui ne change pas comme une girouette. D'autres, au contraire, sont crispés par ce genre de personnage. Cette droiture poussée à l'absurde, parfois, les agace. Ces personnalités rigoureuses, jugeant volontiers les autres, vivant avec beaucoup de scrupules ne leur plaît pas.
Je vous invite maintenant à entrer dans la peau de Simon. Si vous êtes à la maison et mobile, à vous asseoir dans le «fauteuil-Simon». Pour les autres, à vous projeter par la pensée dans «l'espace-Simon». Devenons Simon, et ressentons ce qu'il y a à ressentir, pensons ce qu'il a à penser, voyons ce qu'il y a à voir en étant Simon. Revenons à notre place Initiale, chez vous; ou, en imagination, ici-même, dans cette église de Corcelles.

Maintenant, portons notre attention sur la femme qui entre en scène. Et déterminons un endroit où nous la plaçons, un autre siège ou un espace différent de celui de Simon. Cette femme sait qu'elle s'expose à des regards désapprobateurs; elle est impure, pécheresse pour la société de son temps, car prostituée et probablement fréquentant l'occupant, l'ennemi. Vous remarquez sa détermination, Sa beauté aussi, ou, en tout cas, cette manière sensuelle, provocante, attirante de s'exhiber. C'est certainement son corps que l'on remarque d'abord, sa sensualité quand elle essuie les pieds de Jésus. En même temps, elle pleure. Cette femme peut éveiller en nous de la sympathie pour son courage, sa beauté, son côté féminin, touchant, émouvant. Au contraire, elle peut nous irriter. C’est un peu facile... « on ne peut tout de même pas la prendre en modèle pour éduquer nos enfants. » C'est vrai. On peut d'ailleurs avoir les deux sentiments à la fois : être attiré et repoussé en même temps.
Devenons cette femme, si vous le voulez bien, Entrons dans sa peau, en nous asseyant encore sur un autre siège.... ou par l'imagination, et explorons cette situation de l'intérieur, en étant réellement ce personnage, en le jouant; puis, revenons à notre place.

Regardons Jésus. Il porte un regard bienveillant et sur Simon et sur la femme, il exerce un amour sans illusion. Il les aime tels qu'ils sont, sans être dupe. Il a cette liberté-là, d'obéir ni à l'un ni à l'autre, de n'être fasciné ni par l'un ni par l'autre, de n'être séduit ni par la beauté de la femme ni par l'intégrité de Simon, Il est libre de les aimer sans mirage.
Pensons à une expérience que nous avons vécue, même fugitive, même exceptionnelle: une expérience d'amour inconditionnel. Dans cette fraction de seconde, l'amour est là, nous ne pensons ni à le mériter ni à le garder, Simplement, cette sensation d'être aimé tel que l'on est.
Eh bien, cet amour, ce regard bienveillant posons le sur Simon, puis sur la femme. Portons-le sur la part de nous-mêmes qui est comme Simon ou comme la femme et qui souvent s'opposent. Ce qui vous est proposé, c'est d'encourager ces deux parts de vous-mêmes à s'accueillir, à dialoguer, à s'estimer mutuellement... comme Jésus, à y jeter un regard bienveillant,
Lorsqu'on a trouvé Dieu, on se trouve soi-même et quand on se trouve soi-même on trouve les autres.

Tout à l'heure, nous allons nous quitter, chacun va reprendre ses activités. Je ne sais pas ce que nous allons emporter de cette heure passée ensemble. Notre dimanche s'en ira… puis la semaine... avec ses incertitudes, ses soucis, ses joies et ses nouveautés… si nous repensions à cette histoire de piquet dans le jardin, si nous retrouvions l'expérience d'amour inconditionnel que nous venons de revivre... Si nous consacrions un peu de temps à découvrir l'enseignement de l'Evangile, alors la vérité nous rendra libres. Je ne vous demande pas de me croire. Je vous invite à essayer, oui, simplement essayer... parce que Le Seigneur c'est l'Esprit, et là où est l'Esprit, là aussi est la liberté !

Amen.

Détails

Intervenants
Organiste
Musiciens
Groupe Prélude (4 saxos) &
Groupe de jeunes chantant gospel (4 pers)