Les ouvriers de la dernière heure, comment dépasser l’injustice?

Temple de Poliez-Pittet (©Xens, CC BY-SA 3.0 Wikimedia Commons)

Écouter le culte :

Mélissa Carrard : Mercredi, pour vivre ce texte biblique et préparer la prédication, nous avons joué aux chaises musicales. Quand la musique s’arrêtait, il fallait se dépêcher de trouver une chaise sur laquelle s’asseoir. Chaque fois qu’un enfant se trouvait sans chaise, il était éliminé, mais contrairement à d’habitude, celui qui était éliminé recevait un bonbon. Et à la fin, la gagnante a elle aussi reçu un bonbon, rien qu’un bonbon.

Anouk Lasserre : Et là où c’était très rigolo, c’est que Roselyne la monitrice et Laurent le pasteur, ils étaient sûrs qu’on serait jalouses et pas contentes. Et nous on a trouvé que c’était très bien comme ça, parce qu’on avait chacune reçu un bonbon. Il n’y a pas eu de jalouses, parce qu’on avait toutes reçu la même chose.

Lucile Lasserre : Ensuite, nous avons lu le texte biblique et là, j’ai trouvé que c’était injuste, parce que les ouvriers ont tous le même salaire. Si j’avais été une ouvrière du début, moi aussi je me serais fâchée. Si je travaille toute la journée, que je me donne de la peine pendant de longues heures, je n’ai pas envie de recevoir la même chose que ceux qui n’ont presque pas travaillé, ça m’énerve !

Justine Carrard : Moi, au contraire, si j’avais été ouvrière dès le début, j’aurais trouvé ça juste, que le propriétaire nous donne à tous le même salaire. Sinon ça aurait fait des jaloux. Imaginons que ceux qui ont travaillé tout le jour reçoivent 2 pièces et les derniers, une seule, les derniers auraient pu être jaloux de ne pas recevoir autant.

Je pense que les premiers ont travaillé longtemps, ils étaient sans doute fatigués à la fin de journée et donc ils ne travaillaient plus très efficacement… Alors que les derniers, comme ils étaient contents d’avoir trouvé du travail, ils se sont donné beaucoup plus de peine. Ils ont été très efficaces pour mériter leur salaire et pour que leur patron soit fier d’eux.

Lucile : Comme je n’étais pas là, je ne peux pas savoir comment ça s’est vraiment passé, mais peut-être que, Justine, tu as raison, que d’une certaine manière les ouvriers qui n’ont pas travaillé toute la journée ont mérité leur salaire autant que les autres.

Laurent Lasserre : C’est vrai, aucun de nous n’était là et d’ailleurs cette histoire est inventée par Jésus. Il aime bien qu’à travers ses paraboles, les gens se sentent rejoints dans leur vie quotidienne et qu’ils réfléchissent à leur relation avec Dieu.

Alors, si on prenait nos vies ? Comment cette histoire vient nous rencontrer ?

Justine : L’année dernière à l’école, il y avait des personnes qui avaient des difficultés pour écrire, pour lire ou se concentrer. Lorsque nous avions des tests, ils avaient la même feuille que nous, mais en plus simple ou avec moins de questions. Ce travail était adapté à leurs difficultés. Après, ils avaient les mêmes notes que nous, même s’ils n’avaient pas eu un test aussi compliqué que le nôtre. L’idée, c’était d’avoir une égalité par rapport à nos différences et aux efforts que nous devions faire.

Mélissa : C’est vrai que pour eux, c’est cool. Si tu as plus de peine, tu te sens encouragé et tu peux aussi avoir des bonnes notes. Parce que ça doit être horrible d’avoir toujours des mauvaises notes, alors que si tu as de la peine à te concentrer ou des difficultés, ce n’est pas de ta faute.

Lucile : Moi, l’histoire que nous avons entendue, elle me rappelle d’autres choses de l’école. Il y a des branches, comme le français, où je n’ai pas besoin de travailler et j’ai toujours de bonnes notes et d’autres où je dois beaucoup travailler pour bien réussir le test de la maîtresse.

Mélissa : Tu as de chance, Lucile, parce que moi, pour l’histoire, les maths ou l’allemand, je dois beaucoup travailler et même si je révise, je ne fais quand même pas toujours de très bonnes notes. C’est comme si ça ne voulait pas rentrer dans ma tête. Et je trouve ça injuste.

Lucile : C’est vrai que nous ne sommes pas égaux. Certains parmi nous ont de la facilité, d’autres doivent beaucoup travailler pour arriver à un résultat pas toujours aussi bon que ce qu’ils auraient mérités. On peut dire en quelque sorte que l’injustice fait partie de notre vie et que cette histoire nous invite à la dépasser.

Laurent : Tu as raison, je crois que pour y arriver, il est important de prendre conscience des sentiments que les injustices nous procurent. Nous n’avons pas de pouvoir sur toutes les injustices. Mais on pourrait peut-être trouver des injustices sur lesquelles agir…

Mélissa : Moi, je vois deux situations où je me sens jalouse. La première, c’est que ma sœur ait un téléphone. Chaque fois que j’y pense, je suis triste, même si je comprends bien que quand j’aurai l’âge de ma sœur, je pourrai aussi en avoir un. Parfois, c’est en voyant mes copines à l’école qui en ont aussi un et qui passent leur temps dessus que je ressens ce manque.

L’autre situation, c’est lorsque la maîtresse tire un prénom pour savoir qui distribuera les feuilles. J’ai l’impression qu’elle appelle toujours les mêmes enfants et je suis déçue. J’ai chaque fois espoir et hâte qu’elle m’appelle et jamais elle ne tire au sort mon prénom. Je me demande si elle a vraiment mis mon prénom dans les papiers.

Anouk : Moi je suis jalouse parce qu’à la récré, je dois manger un fruit ou un légume avant de manger quelque chose de sucré… Mes copines, quand je regarde leur boîte à récré, elles n’ont que des trucs bons !

Laurent : C’est intéressant, parce que vos 3 situations disent quelque chose de différent sur cette jalousie, qu’on retrouve aussi dans le texte biblique.

Tout d’abord, l’idée que la jalousie naît dans la comparaison avec l’autre, par ce qu’il possède ou par ce qu’il est. L’autre chose, c’est que la jalousie, aussi bien au temps de Jésus que maintenant, elle nous rend triste et qu’elle vient déranger notre confiance en nous.

Je n’avais jamais pensé à ta proposition, Justine, que les ouvriers de la dernière heure avaient donné toute leur énergie et tout ce qu’ils pouvaient pour honorer la confiance de leur patron. Que cet immense effort méritait d’être valorisé. En comparant son travail à celui de l’ouvrier de la dernière heure, l’ouvrier du début n’arrive plus à se réjouir pour l’ouvrier de la dernière heure que son travail soit valorisé. Il a l’impression que c’est son propre travail qui est dévalorisé. Il n’arrive sans doute pas non plus à se réjouir pour son collègue. Celui-ci a eu toute la journée le souci et la peur de rentrer sans argent à la maison et finalement il rentre chez lui avec un salaire.

Enfin, la dernière chose à laquelle je pense, par rapport aux situations que vous racontez, est que celles-ci sont importantes, mais pas essentielles. Oui, vous regrettez de ne pas avoir de téléphone, de ne pas être choisi par la maîtresse ou de devoir manger des aliments sains et moins appétissants, mais d’une certaine manière ce qui vous manque ne met pas votre vie en danger, contrairement à l’ouvrier qui n’aurait pas trouvé de travail à une époque où l’assurance chômage n’existait pas.

Anouk : Ça c’est bien une réponse de parents, comme c’est pas à vous que ça arrive, ce n’est pas important…

Laurent : Oui, effectivement, c’est une réponse de parent qui vous encourage à regarder la situation avec un peu de distance. Ce n’est pas comme si vous étiez privés de repas, ou que vous n’aviez pas de place à l’école.

Jésus parle du royaume de Dieu et, d’une certaine manière, nous invite à nous dire que si nous avons l’essentiel, nous pouvons nous concentrer sur cet essentiel et essayer de ne pas être jaloux de ce que les autres ont en plus. J’y lis une invitation à réfléchir à ce que nous pouvons faire pour qu’il n’y ait pas de jalousie.

Justine : On ne peut pas, parce que sinon le monde serait trop monotone. Pour supprimer toute jalousie, il faudrait que nous soyons tous identiques. On devrait tous avoir le même âge, la même date de naissance, le même travail, les mêmes habits…

Mélissa : En plus, pour la récré ce serait compliqué. Les parents, ils ne sont pas Dieu, ils ne peuvent pas savoir quoi mettre comme récré à leur enfant pour ne pas rendre les copines et les copains jaloux.

Laurent : Alors, si devenir tous pareils, ce n’est pas vraiment possible, que pourrait-on faire d’autre pour être moins jaloux ?

Mélissa : En ne s’occupant que de soi-même. On ne regarde pas les autres, ce qu’ils ont… On ne s’occupe que de nous.

Lucile : En même temps, ne penser qu’à soi, sans se préoccuper des autres, je ne crois pas que ce soit ce que Jésus nous demande. Dans les histoires de la Bible, Jésus fait toujours attention aux autres. Il dit que nous devons aimer nos prochains comme nous-mêmes.

Justine : Oui, je crois que Mélissa avait un petit peu raison quand même. Il faut prendre soin de soi-même pour être en paix et pour pouvoir être attentifs à ceux qui nous entourent, prendre sous son aile ceux qui sont dans le besoin. Quand je suis bien dans ma peau, j’ai envie d’aider ceux qui sont mal dans leur peau. Comme ça, j’ai aussi l’impression que ça pardonne mes anciennes erreurs.

Laurent : Je crois que Jésus serait très intéressé par ton idée. Il t’aurait dit que Dieu pardonne chaque fois que nous demandons pardon, et que ce pardon, qui nous fait à tous du bien, nous encourage à oser aller vers les autres et leur donner de l’amour. Et le miracle de l’amour, c’est que, plus en on donne, plus on en reçoit des autres, de nous-mêmes et de Dieu.

Le point de départ pour moi, c’est d’être aimé. Ainsi je suis bien et je peux donner aux autres. C’est pour moi la réussite de ma vie. Savoir que Dieu m’aime me permet d’aller vers les autres en ayant moins peur de leur jugement, et en offrant par mon aide et mon écoute l’amour de Dieu. Je pense que trouver ce qui nous fait du bien nous permet ensuite de prendre soin de nous pour oser aller vers les autres.

Vous qu’est-ce qui vous aide à être bien ?

Anouk : Moi, j’ai besoin des bisous de maman pour être bien, comme ça je me sens aimée.

Justine : Moi, j’ai besoin de confiance en moi et d’aider les autres pour me sentir utile.

Mélissa : Moi, de trouver le calme, parce que souvent, je me sens stressée, heureusement ma sœur et mes parents me rassurent.

Lucile : Moi, de pouvoir lire des histoires qui racontent des belles choses.

Laurent : J’ignore comment j’aurais répondu à cette question à 7, 9 ou 13 ans et comment vous tous qui nous écoutez répondez à cette question.

A travers cette prédication et les réflexions des enfants, je reprends conscience de l’injustice qui peut être créée par des actes qui paraissent insignifiants. L’essentiel est de montrer notre amour en témoignant de notre implication pour les enfants et les adultes qui nous entourent. Ainsi, nous renforcerons leur confiance en eux et poursuivrons le cercle vertueux de l’entraide.

Lucile : Et maintenant c’est à votre tour : à vous de dire à vos proches comment la Bible vous rejoint et vous encourage dans votre vie.

Amen.

La découverte de ce texte a fait surgir en moi la colère et l’injustice, sentiments sans doute ressentis aussi bien par les auditeurs de Jésus que par vous, lors de votre première lecture de ce texte. A travers les explications reçues au catéchisme ou lors de cultes, cette injustice a probablement laissé place à une certaine compréhension.

Ce matin, nous découvrirons comment des jeunes reçoivent et vivent ce texte qu’ils ont découvert en début de semaine. Leur fraicheur remettra-t-elle en cause notre lecture d’adultes et d’auditeurs habituels?

Détails

Intervenants
Eliane Carrard, Roselyne Magnenat pour les lectures. Mélissa et Justine Carrard et Anouk et Lucile Lasserre accompagnent Laurent Lasserre pour la prédication.
Organiste
Carine Delpierre
Musiciens
Le choeur paroissial, dirigé par Edwige Clôt