Il n'est jamais trop tard!

©Barbara Genequand

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L’histoire que l’on vient d’entendre, c’est l’histoire de deux femmes : l’une est encore presque une enfant, l’autre a déjà trop connu le monde adulte. Ces deux femmes ne se croiseront pas, et pourtant, leurs histoires s’entremêlent en dialoguant sur les thèmes de la détresse, de la mort et de la vie.

Même si c’est une histoire de femme, c’est un homme qui vient faire en premier irruption dans le récit. Cet homme, c’est Jaïrus, le chef de la synagogue du coin. Par son statut, tout le monde doit le connaître et sans doute l’apprécier. Mais Jaïrus a un problème, sa fille chérie est très malade – elle est sur le point de mourir – et face à ça, il ne peut rien faire.

Quand on est confronté aux questions de vie ou de mort, il ne reste plus que l’essentiel. Alors, peu importe que Jésus ait été critiqué pour son manque de respect pour la pratique de la Loi et des rituels juifs. Peu importe les ragots, les jugements, les «qu’en dira-t-on». Jésus offre la vie. Et si la vie est sur le point de s’éteindre pour sa fille, Jaïrus doit tout mettre en œuvre pour que Jésus vienne ranimer la vie.

Donc pas le choix. Devant tout le monde, et il y avait foule, il se jette aux pieds de Jésus et le supplie pour qu’il vienne apporter la guérison dans sa maison. Tout est visible. Tout le monde le voit. Tout le monde veut voir ce qu’il va se passer. Jésus ne dit rien et se met en route direction de la maison du chef de la synagogue.

En parlant de la synagogue, vous savez qui n’y va jamais ? Cette femme-là, qui cherche à passer inaperçu ! Si elle n’y va pas, c’est parce qu’elle n’en a pas le droit. Et pourtant, elle le désire de tout son cœur.

Cette femme souffre depuis des années. Elle saigne comme toutes les femmes saignent en devenant adulte. Mais pour elle, cela ne s’arrête jamais ou quasiment jamais. À cause de ce sang qui coule, la Loi la qualifie d’impure. Elle ne peut approcher de personne. Elle ne peut demander la prière, faire des offrandes ou autres rites pour être au bénéfice des bénédictions de Dieu. Alors elle est allée voir un médecin, puis deux et puis toute personne qui promettait un soulagement contre quelques pièces.

Les « iatros » en grec, ces médecins qui ont été incapables de comprendre son mal et qui n’ont fait qu’aggraver ses souffrances, on appelle cela la iatrogénie lorsqu’un traitement médical fait plus de mal que de bien.

Cette femme souffrait physiquement. Cette femme souffrait financièrement, tout son argent avait été dilapidé. Cette femme souffrait socialement, car sans le soutien de la communauté, sans la synagogue. Elle n’existe pas. Elle n’existe pas aux yeux des autres.

Vous voyez Jaïrus, chef de la synagogue, au-devant de la foule. Et vous ne voyez pas cette femme qui souffre derrière la foule. Cette femme a donné tout ce qu’elle avait pour être guérie et elle a tout perdu.

Face à cette foule et à Jésus au milieu, il ne lui restait pas d’autre option. Être invisible… une faiblesse, qui est tout à coup devenue une force. Sans se faire remarquer, sans rien demander, elle se faufile. Elle s’approche du Maître qui donne la vie et touche son vêtement. Un seul bout de tissu et la voilà guérie instantanément. Tout son corps a tressailli lorsque la maladie est partie. Un corps purifié à découvrir, une nouvelle vie à explorer. Jésus aussi a senti une force sortir de lui. La femme n’était pas inaperçue de lui.

Si aux yeux du monde, on peut se sentir inexistant, le Seigneur, lui, nous connaît dans chaque cellule de notre être, jusqu’aux tréfonds de notre âme. Il a reconnu la vie qui s’est exprimée subitement. C’est pour cela qu’il est venu, Jésus.

Parmi la foule, il la reconnaît : Ah c’est toi ! Tu as reçu la vie. Tu as bien fait d’y croire, car à présent tu es guérie. Sois enfin en paix. 

Cette femme le savait : la vie, on n’en a qu’une. Même si elle est pleine de souffrances, on doit en prendre soin jusqu’à la fin. Ce n’est pas à la synagogue qu’elle l’a appris. Elle l’a appris de son instinct de vie. Un instinct qui l’a poussé à chercher partout, par tous les moyens, la guérison, la vie. Jusqu’à frôler la ruine complète dans tous les sens du terme. Une vie ruinée par le malheur.

Mais lorsqu’on croise le chemin de Jésus, il n’est jamais trop tard. Il n’est jamais trop tard, tant que ce n’est pas la fin…

Mais il semble que ce soit la fin pour cette autre femme, pour cette toute jeune fille. Car juste après la guérison de la femme qui perdait du sang, on vient annoncer à Jaïrus que tout est fini pour sa fille. Elle est morte. Il n’y a plus rien à faire.

Il y a un vrai clivage ici. Jésus s’est arrêté pour s’occuper de cette femme plus âgée et n’a pas pu s’occuper de cette toute jeune fille. Et elle est morte. Est-ce qu’une guérison doit forcément se faire au détriment d’une autre ? Le bien des uns se fait-il forcément au prix du malheur des autres ?

Dans ce temps de pandémie, c’est une question qui se pose à toute la société. Devant le virus, nous cherchons à protéger les personnes vulnérables. Elles ne doivent pas être contaminées. Alors la vie sociale s’arrête et beaucoup en souffrent. Pour le bien des uns, ce sont d’autres qui souffrent. Il y a un vrai sentiment d’injustice qui peut naître. Une profonde colère, car nous touchons à des questions de vie ou de mort – de survie même. Il y a un déséquilibre très mal vécu, car tout le monde a peur pour sa propre vie.

Qu’a bien pu penser Jaïrus lorsqu’on lui a annoncé qu’il était trop tard et que sa fille était morte ? Cette femme impure qui fait perdre du temps à Jésus, lui a couté la vie de sa fille.

La nécessité de préserver le système sanitaire coûte la vie et les emplois d’autres personnes. Comment rester solidaire lorsque ce sont nos vies qui sont en jeu ? On a l’impression que certains sont sacrifiés au profit d’autres.

Est-ce que la vie de fille de Jaïrus a été sacrifiée pour la santé de la femme qui perdait du sang ? Jaïrus ne connaît pas la fin de l’histoire à ce moment-là. Il ne connaît pas non plus l’étendue du pouvoir de Jésus sur la vie et la mort.

Et je pense que la fin de l’histoire a de quoi nous rendre humble et ouvrir la porte à ce qui nous est inconnu sans crainte. C’est quelque chose de mystérieux et il faut vraiment avoir le cœur ouvert pour le comprendre. Voilà pourquoi, pour la suite de cette histoire, peu de personnes seront conviées à voir une nouvelle réalité.

Qui est ouvert à voir des choses nouvelles, des choses qu’on imagine impossible ? Notre peur de la mort nous empêche très souvent de voir d’autres alternatives possibles à la vie. C’est là que la rencontre avec Jésus est déterminante.

Mais venons, nous aussi ! Il nous convie dans la maison de Jaïrus où déjà on entend les cris de lamentations comme c’était d’usage à cette époque lorsque quelqu’un venait de mourir. Elle était si jeune. Elle avait la vie devant elle. Elle n’a pas pu en profiter.

A 12 ans, selon la tradition, on devient une femme. Elle est restée une enfant. Jésus est venu trop tard. Vous voyez comme on ne voit souvent que le pire ? Mais Jésus est là. Il n’est pas absent de l’histoire, ni de cette maison. S’il est là, forcément ce n’est pas la mort qui règnera.

D’un geste tout simple, comme lorsque quelqu’un est tombé et qu’on veut l’aider à se relever, Jésus prend la main de l’enfant et lui dit : « Talitha kum. » Jeune fille, lève-toi. Elle n’est plus une enfant. Talitha, c’est bien l’adulte en devenir. Lève-toi ! Elle s’est levée et elle a marché.

Ce qui était impossible, ce qui paraissait trop tard, était « juste à temps » ! Elle s’est levée et elle est vivante. Si vivante, que Jésus demande qu’on lui apporte à manger. Elle a besoin de reprendre des forces.

La jeunesse en particulier dans cette période a besoin qu’on lui tende la main, qu’on lui dise : Il n’est pas trop tard. Lève-toi, prend des forces, devient adulte. La vie est encore possible !

La vie est encore possible pour cette femme usée et ruinée par la maladie et les mauvais soins. Jésus est intervenu car elle a toujours cru que si elle était en vie, c’était pour la vie.

La vie est accessible pour cette jeune fille, même si tout paraît obstrué, sans possibilité.

Si les choses paraissent à l’arrêt et qu’on a l’impression d’être sacrifié, Jésus est là. Vois-le ! Vois sa main s’offrir à toi pour te relever. Il n’est jamais trop tard. Prends soin de ta vie et marche !

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Deux femmes ont besoin d'une guérison en même temps. L'une va peut être empêcher celle de l'autre. Mais Jésus va offrir la vie à ces deux générations. Pour lui, il n’est jamais trop tard, même dans l’imminence du péril de l’existence.

Détails

Église évangélique de Meyrin
Co-célébrant
Joël Dupertuis
Organiste
Musiciens
David Porter au chant et au piano, Laurianne Schmidt au chant, Jean-Christophe Piguet à la guitare, Lionel Schmidt à la basse, Samuel Waridel à la batterie et percussion, Jeremy Porter au violoncelle