À la suite du Christ, marcher vers la vie.

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Écouter le culte :

Les textes bibliques lus ce matin nous interrogent au sujet de la foi et de la guérison, la foi est-elle source ou cause de guérison ? Quel rapport Dieu entretient-il avec la mort et la vie ? Pour notre méditation, j’ai imaginé l’histoire de Sédécias, voisin de Jaïrus. Sédécias, lui, a perdu son fils.
Je m’appelle Sédécias, je suis le voisin de Jaïrus, nous habitons la même rue, lui tout en haut, c’est le chef de la synagogue, moi tout en bas, je suis médecin. Aujourd’hui, je dirai que Jaïrus est mon meilleur ami, un frère. Il n’en a pas toujours été ainsi, il y a eu ces années de brouille entre nous, à cause de l’eau sale. C’est vrai, quoi, quand les gens de la maison de Jaïrus versaient l’eau sale dans la rue, s’ils n’y faisaient pas attention, l’eau débordait de la rigole et alors venait stagner devant notre maison dans une odeur nauséabonde.
J’en avais parlé à Jaïrus, mais en vain. Peu à peu cette eau sale s’était infiltrée jusque dans nos relations, ma femme n’avait plus parlé à sa femme, les gens de la maison de Jaïrus avaient insulté les gens de ma maison mais, pire encore, nous avions interdit à nos enfants de jouer ensemble.

Les choses avaient changé à la mort de Joachim. Joachim, c’était mon 2e fils, il allait avoir 7 ans, il était plein de vie et voilà que la maladie l’avait surpris et un jour son souffle de vie s’est arrêté, la mort l’avait pris. Moi, j’ai continué d’aller à la synagogue, parfois cela me faisait du bien, parfois non. Ce matin-là, cela ne m’avait pas fait de bien d’entendre le psaume où le psalmiste dit sa joie de ce Seigneur qui répond immédiatement à son cri, ce Seigneur qui lui vient en aide et le délivre. Alors je suis sorti.
Quelqu’un m’a suivi. Il a posé sa main sur mon bras. Je me suis retourné, c’était Jaïrus. Je lui ai dit que je regrettais de m’appeler Sédécias : Dieu de justice. Non, Dieu n’était pas un Dieu juste, la preuve, il faisait mourir les enfants. Il n’avait pas levé le petit doigt pour sauver Joachim. Jaïrus n’a rien dit, il a juste serré mon bras un peu plus fort. Là, j’ai compris que Jaïrus était vraiment un ami, seul l’ami est capable d’être avec vous dans le silence, alors que vous pleurez ou que vous hurlez.
Notez bien que Jaïrus s’est bien rattrapé, on a souvent parlé ensemble, il m’a dit que je portais un beau nom, Sédécias : Dieu est un Dieu juste, sa seule mesure est celle de son amour. L’amour est fragile et fort tout à la fois, il ne peut que ce que peut l’amour, mais il peut tout ce que peut l’amour.
Dieu est le Dieu de vie, il n’a rien à faire avec la mort, Dieu se tient à nos côtés pour lutter contre le mal, la maladie et la mort. Il est le Dieu de vie, il ne veut la mort de personne, pas même du coupable, encore moins celle d’un enfant. Il est sûr, Jaïrus, que Dieu pleure avec nous, que ses larmes se mêlent aux nôtres lorsque nous sommes dans la peine

On a pris l’habitude de se retrouver le jeudi soir, sous le figuier, à mi-pente dans notre rue. On s’assied sur le petit banc, d’abord on se tient là tranquilles tous les deux à goûter les parfums des chèvrefeuilles ou des glycines et puis on se met à parler et seule la nuit nous arrête. Il y a quelque temps, on a parlé de Jésus, cet homme de Nazareth, les foules le suivent maintenant, sa parole les séduit, il faut bien reconnaître qu’elle fait ce qu’elle promet. A la synagogue, on s’interroge : ce Jésus est-il au service de Dieu ou du mal ? Certains pensent qu’il égare les foules, qu’il les éloigne de Dieu, d’autres pensent qu’il agit de la part de Dieu, plusieurs ont laissé la question ouverte, Jaïrus est l’un de ceux-là.
Alors ce matin, quand Jaïrus est venu me chercher pour aller demander à Jésus de guérir sa fille, cela ne m’a pas étonné. Hier soir, j’avais vu la fille de Jaïrus, très mal, j’avais dit en partant que si le médicament que je lui donnais ne faisait pas effet cette nuit, alors il n’y aurait plus rien à faire, en tout cas à vues humaines.
Quand on est arrivé au bord du lac, la foule était déjà là, dense. On n’a pas eu de peine à arriver jusqu’à Jésus, les gens laissent passer les notables mais ils les regardent aussi. Jaïrus a fait ce qu’aucun notable ne fait facilement, il s’est jeté aux pieds de Jésus, l’a supplié de guérir sa fille mourante. Jésus l’a regardé, il lui a tendu la main, il l’a relevé et on s’est mis en route.

La foule nous pressait de toutes parts quand Jésus s’est arrêté net : « Quelqu’un m’a touché… » J’ai vu le regard ahuri des disciples, comment leur maître pouvait-il poser pareille question ? Dans cette foule, tout le monde touchait tout le monde ! Une femme s’est avancée, tout comme Jaïrus, elle s’est jetée aux pieds de Jésus, seulement dans son regard à elle, il y avait la peur. La peur du voleur qui vient d’être pris en flagrant délit.
Cette femme courbée aux pieds de Jésus, je l’ai reconnue, c’était la femme qui perdait du sang, elle était venue consulter, je n’avais rien pu faire pour elle, alors je l’avais adressée à un confrère. Visiblement il n’avait rien pu faire non plus. Jésus l’a regardée, il lui a tendu la main, l’a relevée et lui a dit : «Ta foi t’a sauvée !».
Moi, j’étais vraiment surpris, comment Jésus pouvait-il parler de foi ici ? Je me souvenais de notre discussion avec Jaïrus, c’était au temps des figues, Jaïrus en avait une dans la main pour me dire que croire en Dieu, c’était reconnaître et affirmer qu’il était le Dieu Créateur du ciel et de la terre, l’auteur de toute la création, le Dieu de la vie. C’était lui qui nous donnait les fruits de la création, il m’avait alors donné la figue, il avait encore ajouté que Dieu était le Dieu unique et trois fois saint, béni soit son nom.
Mais cette femme, elle n’avait rien dit de tout cela, elle avait pensé que Jésus était un guérisseur puissant dont la force de guérison imprégnait jusqu’aux fils de son vêtement, elle avait pensé que de toucher ce vêtement la sauverait. Il n’y avait pas besoin d’être un grand théologien pour savoir que cela ce n’est pas la foi, mais de la pure superstition. A moins que, à moins que Dieu soit moins exigeant que les humains à son sujet et qu’un tout petit indice de confiance lui soit suffisant pour y lire la foi ? Il faudra que j’en reparle avec Jaïrus.
La femme maintenant était debout, elle souriait, elle était belle. J’ai pensé que Jésus devait bien agir au nom de Dieu lui seul capable de guérir quelqu’un non seulement dans son corps, mais dans l’entier de son être. J’étais émerveillé. Quand tout à coup, j’ai vu les gens de la maison de Jaïrus, ils ont dit que la fille de Jaïrus était morte, que ce n’était plus la peine de déranger le maître, que c’était maintenant trop tard ! On le sait bien, la mort arrête tout, elle arrête la vie, l’espérance et même la prière. Jésus ne s’est pas laissé arrêter par elle, il a pris la main de Jaïrus qui était devenu tout pâle, il lui a dit : « Tiens bon, ou plutôt, ne crains pas, crois seulement !» On s’est remis en route.

Quand on est arrivé à la maison de Jaïrus, il y avait une autre foule, la foule de ceux qui pleurent, qui crient leur peine pour couvrir le silence assourdissant de la mort. Jésus les a fait taire. Il a dit que ce n’était pas le moment, que la jeune fille n’était pas morte, mais qu’elle dormait.
Les gens se sont moqué de lui, alors il a pris avec lui, Pierre, Jacques et Jean et on est entré dans la maison. Arrivés dans la chambre, la mère s’est levée, j’ai vu que c’étaient les gens du dehors qui avaient raison, il n’y avait pas besoin d’être médecin pour voir que la jeune fille était morte.
Jésus a posé sa main sur le front de l’enfant, là l’espace d’un instant, j’ai vu Joachim vivant de cette tendresse de Dieu et ça m’a fait du bien. Son autre main, il l’a posée sur la main de l’enfant, il lui a dit « Talitha, koum ». Elle a ouvert les yeux, Jésus l’a relevée, elle s’est mise à marcher. Jésus s’est tourné vers nous, il nous a dit maintenant d’en prendre soin, de lui donner à manger.
Il nous a aussi dit de prendre soin de Dieu, de veiller sur Lui, de ne pas faire de Lui un magicien. Dieu n’est pas celui qui d’un coup de baguette magique fait disparaître la souffrance, la maladie ou la mort, mais il est celui qui se tient à nos côtés pour nous permettre de tenir bon au cœur de la maladie, de la souffrance ou de la mort. Puis il est venu vers moi, il m’a regardé, il m’a tendu la main et m’a dit : « Sédécias, tiens bon, ne crains pas, crois seulement. » Quand on est sorti, la foule déjà chantait « Alléluia !».

Détails

Avec la participation de
Elsbeth Graenicher et Suzanne Blanc-Jaccaud, diacre
Orgue
Corien de Jong (Madame)
Musique
Choeur Jubilate sous la direction d'Annamaria Barabas