Qu’est-ce que la vraie nourriture ?

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En préparant ce culte j'ai demandé autour de moi ce qu'est la vraie nourriture. Pour les uns, c'est la nourriture spirituelle, pour d'autres ce qui nourrit l'âme. Deux enfants m'ont répondu du tac au tac : C'est la nourriture bio. Leur réponse est assez proche de ce que le Maître incite à promouvoir : une nourriture pour la vie. En effet 'bio' signifie la vie. Cela n'empêche pas ces enfants de préférer des 'scrounches' et autre 'splatchers' industriels aux légumes regorgeant d'énergie.
La nourriture qui demeure ne semble pas toujours être à notre portée ni même souhaitée. Mais aujourd'hui – comme au temps de Jésus – il reste la faim d'une autre nourriture, la faim d'un autre partage. Donne-nous ce pain-là ! Justement, beaucoup de ces gens qui cherchaient Jésus sentaient qu'ils avaient participé à un événement exceptionnel : le pain convivial s'était multiplié. Quelques pains avaient nourri 5000 personnes ! Pour une fois il y avait du concret. Sans piège, sans frais cachés. La générosité de la vie était au rendez-vous. Cette fois-ci, il y avait à manger, vraiment ! D'autres gens revenaient, parce que le pain gratuit c'était trop bien. Il fallait que ça se reproduise !

Jésus, lui, n'entendait pas répéter l'événement : « Maintenant c'est à vous d’œuvrer pour obtenir une nourriture qui demeure en vie. » Mais comment ? Jésus leur répondit : « L’œuvre de Dieu c'est de croire. » Nous y reviendrons. Car les interlocuteurs avaient du mal à entendre cette réponse ! Leur réaction fut immédiate. Oui, mais qui es-tu pour nous dire cela ? De quel droit nous parles-tu de la sorte ? Qu'est-ce que tu as à ton actif ? » Ils sentaient bien que l'interpellation les concernait et que cela allait coûter. Il n'y a pas de travail sans effort. Ils sentaient également que c'est ce travail-là qu'il faut accomplir, car il porte en lui la promesse de vie.
Je pense que cela n'a pas changé aujourd'hui. Lorsque le Maître nous offre sa grâce, sa nourriture, nous accourrons. Mais lorsqu'il nous parle d'exigence, ça tousse d'abord, puis, si l'on peut, on se met au travail. Pourtant, nous avons tout à gagner à nous y engager.

Revenons donc à l’œuvre de Dieu. L’œuvre de Dieu c'est de croire. Croire est donc un travail. Cela fait peut-être tousser ceux et celles qui disent : « Je n'ai pas la
foi. Il y a les chanceux qui ont la foi, mais moi, je ne peux pas croire. » Croire n'est donc pas seulement un don mais aussi un effort. L'interpellation de ceux qui sont venus trouver Jésus est instructive à ce sujet. Ils disent : « Au désert nos pères ont mangé la manne, un pain qui vient du ciel. » Ils pensent à la chance providentielle des pères, d'avoir été nourri dans le désert par le ciel. Or, Jésus prévient de ne pas confondre : la manne n'est pas en soi pain du ciel, elle le devient.
Car « manne » veut dire « qu'est-ce que c'est » ? Les pères se sont nourris de la question. Le « qu'est-ce que c'est » ne pouvait être stocké pour le lendemain sans pourrir. Les pères vivaient donc avec la question chaque jour à nouveau. Et ce questionnement est devenu pain du ciel pour eux. Le premier travail de la foi consiste donc à tenter de lire les signes. En l'occurrence la question se pose pour nous : que veut dire être nourri ? La multiplication du pain est-elle un but en soi ?
Nous nous souvenons que le pain a été partagé. Les cinq mille qui ont mangé ce jour-là sont devenus des co-pain. Avec qui suis-je prêt à partager mon pain ? Nous nous souvenons aussi d'une incitation à multiplier du pain, diabolique celle-ci : de transformer des pierres en pain. Une production industrielle. Mais la parole du maître met une limite : l'homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole sortant de la bouche de Dieu. Que signifie cette parole aujourd'hui dans une société boulimique ? Le travail de la foi est d'abord une quête, mais une quête vivifiante.
Un deuxième travail de la foi est l'adhésion au Christ : L’œuvre de Dieu c'est de croire en celui que le Père a envoyé. Ce travail-là fait tousser davantage. Car nous perdons une part de notre autonomie. En effet, l'envoyé fait la volonté de celui qui l'a envoyé (c'est d'ailleurs le sujet de la suite de notre texte). Consentir à dépendre d'un autre dans notre société individualiste relève d'un travail sur soi.
Cependant l'adhésion au Christ n'est pas à comprendre comme une soumission, un esclavage. Une image me vient à l'esprit à ce propos : ce sont les vélos électriques. Un jour un automobiliste décide de faire le pas d'en acquérir un. Il passe d'un mode de transport confortable à l'abri du vent à un autre où il faut pédaler sur un engin qui nous expose au vent, au soleil et aux intempéries. Le travail consiste à se défaire des liens à ce moyen de transport confortable mais polluant et cher pour s'accommoder à l'autre qui est plus physique, mais qui donne une autre liberté. Adhérer au Christ signifie revoir nos liens. Est-ce que ce sont des liens de dépendance ? Est-ce que ces liens se font au
détriment d'autres personnes ? Le lien au Christ nous ouvre à un monde d'abondance partagée, d'enrichissement durable en vie et surtout nous relie à la source de vie. En cela j'aime bien l'image du vélo électrique. Il y a une synergie entre la force fournie par la pile et celle des mollets. On ne sait jamais exactement la part de chacune. Mais dans tous les cas la batterie peut se recharger à n'importe quel moment, cela se fait même en chemin.

Cette dernière remarque nous amène à une autre réflexion. Dans notre texte y a un glissement de sens entre le début et la suite du texte concernant le mot « travail » ou l’«œuvre». Au début Jésus dit : il faut vous mettre à l' œuvre pour une nourriture qui demeure. Ensuite les interlocuteurs parlent des œuvres de Dieu. Et Jésus reprend leur expression, mais au singulier : l'œuvre de Dieu. Il est clair, Jésus interpelle : préoccupez-vous à travailler pour ce qui nourrit et fait progresser la vie.
Les auditeurs pensent dans une conception terre à terre de la religion de faire des (bonnes) actions pour Dieu, en quelque sorte pour gagner le ciel. Jésus en répondant au singulier brouille les pistes à ce raisonnement. Car dans sa formulation nous ne savons pas exactement qui au juste est l'auteur de l'action. Et nous revenons aux vélos électriques. Les uns pédalent pour croire et l'autre y met son énergie. Le résultat est très fructueux et se solde d'un excès de vie. Mais le plus beau et c'est avec cela que nous conclurons, c'est que l'antique malédiction du travail où la sueur du front n'engendre qu'épines et ronces est transformée par cette synergie en bénédiction où le pain de Dieu donne vie au monde. Amen !

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Détails

Avec la participation de
Orgue
Marcello Giannini
Musique
Aline Chenaux, hautboïste