Jésus, Roi des rois

Temple de Satigny (©Sharon Lee Ranotahinjanahary)

Écouter le culte :

Nous n’avons jamais eu cette chance en Suisse d’avoir des rois et des reines. Les autres pays d’Europe qui étaient des monarchies ont depuis longtemps passé à la démocratie, et là où des familles royales sont maintenues, c’est surtout par tradition et folklore. Seul le Royaume Uni a continué d’accorder certains pouvoirs, certes restreints, à la reine Elisabeth II. Elle est d’ailleurs la dernière à avoir été couronnée en Europe, il y a un petit moment déjà, en 1953. Le protocole y était des plus sérieux. Tout était fait pour que son statut soit manifeste. Il y avait de l’or, des pierre précieuses, un trône, une couronne, des sceptres et des habits somptueux.

Un couronnement bien différent de ce à quoi le Christ a eu droit. Il a reçu des coups de fouets, une couronne d’épines. Ses habits lui ont été retirés. Il a porté sa propre croix avant d’y être crucifié. Cette collision entre deux réalités qui utilisent un même langage et des mêmes symboles, mais qui restent tellement différentes l’une de l’autre, se manifeste aussi dans la rencontre entre Jésus et Pilate.

Pilate est au service de l’Empereur Tibère, fils d’Auguste qui a été déclaré dieu à sa mort. Ce serviteur d’un fils de soi-disant dieu se retrouve donc face à Jésus. Vrai Fils du Vrai Dieu. Dieu lui-même, dans la chair.

Les adversaires de Jésus, pour le faire condamner par Pilate, l’accusent de vouloir s’en prendre au pouvoir politique en place, et représenté par Pilate. Ce dernier se demande alors si ce Jésus représente bel et bien une menace pour lui et pour son pouvoir.

Alors quand Jésus lui parle enfin de « son royaume », Pilate s’exclame : « Tu es donc un roi ». Mais il n’a entendu qu’une toute petite partie de ce que Jésus lui disait. Loin de chercher à renverser les pouvoirs temporels de son temps, Jésus lui parle d’un royaume « d’un autre monde ». Un Royaume dont la marque de fabrique est la « vérité ».

À cela, Pilate a une réponse très « postmoderne » : « Qu’est-ce que la vérité ? ». Mais il n’attend pas la réponse et sort immédiatement du prétoire.

La prétention de Jésus au titre de Roi peut aussi nous laisser perplexe. On veut bien de Jésus comme frère ou ami, car cela ne vient pas remettre grand-chose en question. Le Jésus Roi des rois, par contre, vient confronter notre désir d’être rois et reines de nos propres vies.

Si Jésus est Roi, alors je ne peux l’être en même temps que lui. Si Jésus est Roi, il a donc une autorité et un pouvoir sur moi. Et nous n’aimons pas que d’autres exercent sur nous une quelconque forme d’autorité. À quoi ressemble donc ce Roi et ce Royaume que Jésus gouverne ?

Jésus dit dans son échange avec Pilate, aussi clairement que possible, que son Royaume et sa Royauté n’ont rien de commun avec la manière dont les hommes ont organisé et pensé leurs royaumes, ou exercent même l’autorité. Et son couronnement, à la Croix en est la manifestation la plus spectaculaire et évidente. Il n’est pas de ce monde.

Un tel changement de réalité est difficile à imaginer. C’est certainement pour cela que Jésus a tant utilisé les paraboles, qui commencent presque toutes par « le Royaume des cieux ressemble à ». Ce sont autant de portes entrouvertes sur ce Royaume, pour nous aider à en saisir des bribes.

Un Royaume qui est encore à venir, à attendre et espérer. Un Royaume dont le Roi est pourtant déjà venu pour nous y convier et inaugurer sa venue. Ainsi, en Jésus, nous appartenons déjà à ce Royaume à venir. Nous vivons à la fois dans ce Royaume de vérité, et hors de celui-ci.

À sa manière, Jean nous parle de ce Royaume à venir et de son Roi, dans le livre de l’Apocalypse. C’est un livre très imagé. Pour arriver à saisir ce qu’il cherche à nous faire voir, il nous faut tenter d’interpréter ses images.

Les trois premiers versets qui nous ont été lus forment une longue salutation. Une salutation trinitaire, mais dont l’ordre est étrange. Alors que nous avons l’habitude d’avoir le Père, le Fils et le Saint-Esprit, nous avons ici le Père, l’Esprit et le Fils. Jean fait référence ici au temple de Jérusalem et à son organisation.

Au cœur se trouvait le Saint des Saints, et là se trouvait l’arche de l’Alliance contenant les tables de la Loi que Dieu avait donnée à Moïse. L’utilisation du nom « Celui qui est, qui était et qui vient », fait référence à la rencontre entre Dieu et Moïse.

Devant le Saint des Saints se trouvait un chandelier à sept branches, auquel font référence les « sept esprits devant son trône ». Puis se trouvait l’autel des sacrifices, qui pointe vers Jésus- Christ, lui qui, à la Croix, « s'est livré lui-même pour nous en offrande et en sacrifice ».

En tissant ce parallèle, Jean nous donne à contempler un Royaume où le monde entier devient Temple de Dieu, et pas juste un petit espace bien délimité par des murs. Il nous invite à découvrir un Royaume où une seule personne incarne à la fois les rôles de prophète, de prêtre et de roi.

Ce sont les trois qualités que le livre de l’Apocalypse attribue à Jésus dans cette salutation. Il est dit qu’il est :

  • Témoin fidèle : c’est à dire prophète.
  • Premier né d’entre les morts : c’est son rôle de prêtre.
  • Souverain des rois sur la terre : il est Roi.

Ces trois titres, Jean les reprend ensuite dans l’ordre inverse, et les applique à ses destinataires. Jésus en tant que prophète, prêtre et roi :

  • A fait de nous un royaume.
  • A fait de nous des sacrificateurs.
  • Et nous lui rendons gloire.

Il a d’abord redit l’œuvre accomplie par le Christ, et il dit ensuite comment cela nous affecte dans notre réalité.

  1. Nous appartenons à son Royaume. C’est à dire que nous sommes dès maintenant inclus dans une réalité qui est encore à venir. Une réalité et une appartenance qui supplantent toutes les autres.
     
  2. Nous sommes des prêtres. C’est-à-dire que nous n’avons plus besoin d’intermédiaires entre Dieu et nous, et cela grâce à la Croix où nous sommes «délivrés de nos péchés par son sang», pour citer Jean.
     
  3. En qualité de prophètes, nous sommes appelés à reconnaître et proclamer que Dieu seul mérite d’être glorifié et que Jésus détient tout pouvoir, y compris sur les rois et les reines de ce monde, y compris sur nous-mêmes.

Ce Jésus, ce Roi qui a accompli tout cela pour ses sujets, Jean nous dit qu’il reviendra.

Il est l’Alpha et l’Oméga. Ce sont les premières et dernières lettres de l’alphabet grec. C’est-à-dire qu’il est au commencement et à la fin de toutes choses. Lui seul est éternel.

Il est celui qui est, qui était et qui vient.

Il est le Tout Puissant.

Pour conclure, nous avons été habitués à voir le Christ comme notre frère, notre ami, notre sauveur même. Arriver à le voir comme notre Roi vient donner encore plus de force et de poids à ce qu’Il est déjà pour nous.

Ce discernement-là, c’est ce qui a manqué à Pilate, qui n’a pas su voir en Jésus le Dieu et le Roi qu’il est. Il ne voyait Jésus que comme un homme, lui qui confondait des hommes avec des dieux.

Je me souviendrai toujours d’un catéchumène, après avoir visionné un extrait de la Passion du Christ de Mel Gibson, qui a dit, à propos du Christ en Croix : « Il n’est pas à sa place. » Quand on lui a demandé de développer, il a dit, en substance : « Sa place est dans un palais. Le palais de notre cœur. »

Nous avons un Roi, le Roi des rois même. Nous l’avons comme frère, comme ami, comme confident, comme sauveur. N’est-ce pas merveilleux ? Est-ce que cela ne donne pas envie de lui ouvrir grand les portes du palais de notre cœur pour qu’il vienne y régner en vérité ?

Un chant que j’aime beaucoup, et que vous connaissez probablement, dit :

Mais quand je songe, Ô sublime mystère !
Qu’un Dieu si grand a pu penser à moi.
Que son cher Fils est devenu mon frère,
et que je suis l’héritier du grand Roi.

Alors mon cœur redit la nuit, le jour :
« Que tu es bon, Ô Dieu d’amour. »

Amen

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Parmi tous les titres et noms attribués à Jésus, celui de Roi peut nous laisser perplexe. Pilate lui-même a eu de la peine à saisir qui était ce «Roi des Juifs» qui nous interpelle aujourd'hui à la fois dans notre rapport au pouvoir et dans notre rapport à Dieu.

Détails

Temple de Satigny
Co-célébrant
Marie-Claire Grognuz et Marinette Payot
Organiste
Mako Watanabe Hayafuji
Musiciens
Le Choeur mixte de Satigny, sous la direction d'Augustin Liaudet