Culte de l'Ascension télévisé (RTS Un) de l'Eglise protestante réformée de Guebwiller en Alsace

©DR / Eglise de Guebwiller

L'homme est l'espérance de Dieu

Il y a quarante jours, à Pâques, nous avons célébré la résurrection du Christ. Nous croyons qu’il est vivant, qu’il vit au milieu de nous, qu’il nous accompagne, qu’il est présent à nos côtés. Maintenant Jésus retourne auprès de son père, laissant les apôtres seuls. Désormais c’est chacun chez soi : Jésus le Christ ressuscité et glorifié au ciel et les humains sur terre.

L’Ascension, à première vue, c’est l’histoire d’une séparation. C’est l’histoire d’une absence, une absence bien réelle. Et pourtant, aujourd’hui ce que l’Evangile nous dit, c’est que malgré les apparences, nous pouvons vivre cette absence, cette séparation d’une manière positive. Je vous propose de retourner au texte de l’Evangile... 

"Les regards fixés vers le ciel"

Le matin de Pâques, Jésus se montre vivant aux disciples. Et eux, ils se tiennent heureux en sa présence, à nouveau dans l’attente d’une intervention efficace de sa part : c’est-à-dire le rétablissement tant attendu du Royaume d’Israël. Et voilà qu’il est élevé au ciel et soustrait à leurs yeux. On les imagine, les apôtres, debout, les mains levées, les regards fixés vers le ciel. Dans leurs regards la nostalgie, l’incompréhension, le désarroi et le désespoir et peut-être une attente. L’attente de quelque chose qui les dépasse. Celui qui, il y a encore peu de temps était à leurs côtés, disparaît soudain. Quelques instants encore et il sera caché à leur vue, à leur présence. Ce qui reste, ce sont les traces qu’il a laissées dans leur vie, ses empreintes et… la promesse de son Esprit. La promesse de cette présence tout autre que sa présence physique et en même temps plus proche, infiniment plus proche. Pour le moment pourtant, l’attention des apôtres est concentrée sur le ciel et le Christ qui disparaît.

Dieu est l’espérance de l’homme

Depuis le début les humains ont regardé le ciel, ont cherché Dieu au ciel. Aujourd’hui comme hier, nous aussi, comme les apôtres, nous regardons le ciel en nous demandant où est Dieu. Et parfois le ciel nous semble vide, désespérément vide et Dieu infiniment lointain. Il semble n’y avoir aucune réponse à nos questions. Il semble n’y avoir aucun sens à ce que nous vivons, que ce soit dans notre vie personnelle ou que ce soit dans le monde qui nous entoure.

Il y a des raisons de perdre la confiance : la maladie et la mort, la solitude et l’abandon, la violence et l’oppression, la crise sanitaire sans précédent que le monde vit actuellement. Cette crise nous occupe et préoccupe d’une manière telle que nous risquons de sombrer dans le découragement, le désespoir ou pire encore dans un égocentrisme morbide.

Qui parle aujourd’hui des conditions inhumaines dans les camps de réfugiés, de la catastrophe humanitaire au Yémen, de ce qui se passe en Afrique et ailleurs ? Non, ce n’est pas l’amour de Dieu, sa miséricorde et sa fidélité qui sont en cause. C’est l’homme. C’est nous et l’idée que nous nous faisons de Dieu qui nous fait perdre confiance. Nous nous imaginons un Dieu tout-puissant, un Dieu qui tient toute chose dans ses mains, la santé comme la maladie, les guerres, les catastrophes naturelles. Rien n’arrive sans que Dieu le veut. Un jour il donne et un autre jour il prend ce qu’il a donné.

Le Dieu de Jésus est un Dieu plein de tendresse qui lui-même souffre de tant de vies gâchées, écrasées, détruites. En Jésus il est venu partager avec nous la douleur et la mort. Il s’est rendu solidaire de la souffrance humaine, solidaire avec tous les hommes. La souffrance n’est jamais voulue par Dieu, jamais tolérée par Dieu. C’est pourquoi il nous invite à arrêter de regarder le ciel, à arrêter de rêver devant l’infini, mais au contraire de tourner le regard vers le monde ici-bas.

Ainsi les apôtres lorsqu’ils continuent à scruter le ciel voient deux hommes s’approcher d’eux qui leur demandent : « Pourquoi restez-vous à regarder vers le ciel ? Ce Jésus, qui a été enlevé au ciel du milieu de vous, viendra de la même manière dont vous l’avez vu aller au ciel. ».

Ce n’est pas en regardant le ciel et en fuyant les réalités de leur vie, mais c’est ici-bas qu’ils peuvent faire l’expérience du Christ vivant. Ils ont bien besoin d’un changement d’optique, de changer leur manière de voir : non plus regarder le ciel, mais se tourner vers la terre. C’est là, sur terre, dans l’ici et maintenant qu’ils sont appelés à vivre l’absence, la séparation comme une attente, une promesse et une vocation : vous serez mes témoins.

Vous serez mes témoins

Les apôtres sont appelés à être des témoins. Des témoins de ce qu’ils ont vu, entendu et vécu, de ce que Jésus leur a annoncé : le Royaume de Dieu. Ce message de joie et d’espérance s’adresse à chacune et chacun quels que soient son origine, son passé, sa situation sociale ou la couleur de sa peau.

Etre témoins, c’est tout d’abord se regarder en face : est-ce que nous vivons en paroles et en actes ce que nous annonçons ? C’est là une première question à poser également dans nos églises. Est-ce que nous sommes présents, vraiment présents dans la société, notamment auprès des plus démunis ? Ou est-ce que l’Eglise est trop occupée par sa propre survie ?

Etre témoins, c’est oser sortir de nos habitudes, de nos idées toutes faites, de nos attentes parfois peu réalistes. Etre témoins, c’est s’ouvrir aux autres, écouter et dialoguer, partager.

Etre témoins, c’est vivre la foi, la confiance en Dieu et en Jésus-Christ, en paroles et en actes, là où nous vivons. Avec nos questions, nos doutes, nos révoltes et nos élans momentanés.

Etre témoins, c’est savoir que Dieu n’a pas d’autres mains que nos mains pour faire le bien, que Dieu n’a pas d’autres yeux que les nôtres pour regarder avec bienveillance l’autre, notamment celui qui ne nous ressemble pas. Le défi de notre temps est de reconnaître dans l’autre qui est humain, un fragment du divin. De reconnaître dans notre prochain, dans cet immigré vivant dans un squat, dans ces enfants meurtris par une guerre civile sans issue, dans cette personne handicapée, un être humain créé à l’image de Dieu. Un être humain voulu et aimé par Dieu.

Etre témoins, c’est savoir que Dieu n’a pas d’autre cœur que notre cœur pour aimer avec tendresse.

Etre témoins, c’est savoir que Dieu a besoin de nous pour traduire Sa Parole dans l’actualité de la vie quotidienne. Pas besoin de grands gestes ni de belles paroles. La Parole de Dieu se réalise déjà dans l’ouverture vers l’autre. Elle se vit dans les petits liens de l’existence, la visite inattendue, la main tendue, le sourire échangé. Aucun geste, aucun mot ne doit être déclaré d’avance trop petit, trop pauvre pour rendre l’espérance, la détermination, le courage, voire la vie.

L’homme est l’espérance de Dieu

Si je devais résumer mes propos, je dirais que l’Ascension est une bonne nouvelle. Certes, c’est une séparation, mais une séparation qui ouvre sur quelque chose de nouveau. Le Christ part pour que les apôtres grandissent, deviennent libres et autonomes. Le Dieu de Jésus, qui s’est fait proche de nous en Jésus-Christ est maintenant un Dieu qui s’efface pour nous confier sa création. Il est un Père plein de confiance qui s’en va pour nous permettre de vivre libres, responsables, autonomes, de vivre comme des grands, comme des croyants adultes. Il s’en va à la manière d’un père, qui s’efface pour que son fils devienne un homme, à la manière d’une mère qui prend distance, tout en gardant ses bras ouverts, par rapport à son petit qui apprend à marcher.

L’Ascension est une incitation à vivre comme si Dieu n’était pas là, mais tout en sachant qu’il est là. La tentation est grande de chercher, de regarder ailleurs. Vers un passé idéalisé, vers l’au-delà, vers un futur lointain. Nos regards devraient pourtant se porter vers la terre, vers les hommes. Comme les apôtres, nous sommes invités à marcher sur les traces de Jésus. Ici et maintenant, dans les circonstances qui sont les nôtres et avec les moyens qui sont les nôtres. C´est là, dans notre quotidien qu’Il nous rejoint, qu’Il nous accompagne, qu’Il est avec nous. A nous d’en témoigner en paroles et en actes.

Amen

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Culte en Eurovision avec l’Église protestante réformée de Guebwiller, terre de l’entrepreneur Nicolas Schlumberger, du Nobel Alfred Kastler, de la résistante Adélaïde Hautval, du foyer du Bercail, du centre de vacances Le Rimlishof, ou de Ligue pour la lecture de la Bible, entre autres.

Détails

Co-célébrant
Organiste
Claire Ledain
Musiciens
Caroline Fest (mezzo soprano), Nathanaël Butterlin (clavier), Claire Frey-Baldensperger (flûte) et la chorale de l’Église protestante réformée de Guebwiller

En collaboration avec