De toute personne peut jaillir une source d'eau vive!

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Écouter le culte :

Juifs et Samaritains, deux peuples qui ne se parlent pas.
L’un prétend être dans la vérité, l’autre affirme une autre vérité.
L’un se légitime au nom de la tradition, l’autre se justifie au nom du progrès.

Chaque peuple a son Sanctuaire, celui de Jérusalem et celui du mont Garizim ; lequel est le lieu où l’Éternel est mieux servi ? Bonne question…

Sans y aller par quatre chemins, la question reste la même aujourd’hui : protestant et catholique, lequel est davantage dépositaire de la vérité ? Croyants traditionnels ou libéraux, fidèles d’une confession chrétienne ou d’une autre : qui est meilleur serviteur de l’Éternel ?

Et nous pourrions élargir la question ici à l’hôpital : finalement, devant la maladie, devant les chamboulements existentiels, à qui faut-il s’en remettre pour retrouver santé et salut ? Au religieux et à son Dieu tout-puissant ? À la médecine et à ses techniciens superperformants ?
Ici aussi, nous avons aussi parfois deux temples : celui de la science et celui de la Foi, deux réalités qui semblent ne pas être communicantes… Où l’Éternel est-il vraiment servi ?

Les traits de la question sont probablement forcés. Il y a bien des lieux de rencontres, de conférences, de dialogues, où, entre deux ou plusieurs sanctuaires, on tente de se parler et de collaborer.

Mais la question reste, et je crois que le texte d’aujourd’hui nous offre un élément de réponse pertinent. La clé est dans cette petite phrase prononcée d’abord par Jésus, puis par la Samaritaine : « Donne-moi à boire. » Petite phrase qui permet de passer le cap des rivalités !

Jésus passe par un moment difficile… Physiquement, il est fatigué de la marche, il est assoiffé. Spirituellement, il est profondément affecté par la tension qui règne entre ces deux peuples et il choisit de traverser cette contrée, certainement pour trouver une source de rapprochement entre les inimitiés, les préjugés, les méfiances, colportées de part et d’autre…

La Samaritaine passe également par un moment difficile : elle est usée de venir chercher de l’eau ici, peut-être même aussi de donner à boire à ceux qui le lui demandent constamment… Et certainement qu’en sortant à midi, elle évite de rencontrer ceux qui – au village - ne la voient pas d’un bon œil… Elle aussi est à la recherche d’une ressource profonde.

Voilà ce qui ici est insolite :
- D’une part, Jésus, lui qui est vu comme la source, comme celui qui incarne la force et le salut, c’est lui-même qui demande à boire, qui reconnaît sa soif, qui incarne la fragilité et la solitude.
- D’autre part, la Samaritaine, elle qui est vue comme une servante, comme une marginale, sans relation vraie, c’est d’elle-même que provient une source jaillissant dans la vie éternelle, au-delà de sa soif ! Étonnant, non ?

Sans y aller par quatre chemins, la question garde aujourd’hui tout son côté décapant :
« Donne-moi à boire. »

C’est plutôt rare que les responsables ecclésiastiques reconnaissent leur fatigue et leurs limites, osent montrer leur épuisement et, peut-être, leur soif de vérité pas encore étanchée…

C’est plutôt rare que des soignants (médecin, infirmière, ou autre) demandent à une personne de leur donner ce dont ils ont besoin pour continuer leur chemin.

« Donne-moi à boire »
À l’image de Jésus, oser demander cela, c’est reconnaître mes fragilités, mes limites, mes blessures même. C’est faire une place à l’autre pour m’aider lorsque je suis devant le puits des mystères de la vie et que je n’arrive pas à y étancher ma soif tout seul !

J’ai besoin du Christ pour élargir ma vision de la vie lorsque je la restreins à mes propres horizons.

J’ai besoin du soignant pour soulager ma souffrance, lorsque je suis prisonnier de la douleur, de la détresse.

J’ai besoin de l’autre pour recevoir le baume du cœur, cette chaleur qui enrichit notre humanité.

« Donne-moi à boire »
À l’image de la Samaritaine, oser entendre cela et y répondre, c’est nouer un dialogue sans préjugé, sans frontière, et, ce faisant, c’est recomposer la fraternité.

Premier de tous mes frères, le Christ a besoin de moi pour partager avec lui l’eau vive. Il vient à ma rencontre pour étancher sa soif de vérité et il visite ma Samarie pour adoucir l’aridité de mon existence.

Mes autres frères et sœurs ont aussi besoin de moi pour partager une vraie solidarité, pour vivre une pleine humanité.

Mes soignants ont aussi besoin de moi pour mettre de l’eau au moulin de leur effort pour soulager, pour accompagner ; pour participer à l’action bienfaisante, bénissante, guérissante de Dieu sur mes blessures.

Avant de conclure, je soulignerai une chose qui me parait essentielle : l’eau dont il est question ici, vous l’avez compris, n’est pas que l’eau physique ! Nommée « l’Eau vive », j’aurais aujourd’hui envie de la traduire par « la Relation ».

Cette source de vie éternelle qui peut jaillir en nous, c’est cette relation au Christ qui nous donne d’être justes, ajustés, justifiés devant Dieu, et d’être porteurs de Justice.
Je crois que la Samaritaine a retrouvé dans cette rencontre avec Jésus une présence bienveillante de Dieu pour elle, et c’est aussi mon souhait pour vous maintenant

Cette source de vie éternelle qui peut jaillir en nous, c’est cette relation avec nous-même, ce lien qui fait tenir ensemble nos forces et nos fragilités, nos ressources et nos soifs, nos réponses et nos questions. Ainsi, intérieurement « rassemblés », nous pouvons vivre paisiblement de l’Unité offerte, étape nécessaire avant de pouvoir la vivre avec les autres.
Je crois, ici aussi, que la Samaritaine a retrouvé dans cette rencontre un visage, un cœur, une image digne d’elle, et c’est aussi mon souhait pour vous maintenant.

Cette source de vie éternelle qui peut jaillir en nous, c’est cette relation aux autres qui attendent une rencontre authentique, un climat de confiance, un partage des ressources de chacun-e.
Je crois, ici encore, que la Samaritaine a retrouvé par cette rencontre un lien avec ses proches, un bon œil posé sur elle. Et de ce lien retrouvé, tout son village en a bénéficié !
et c’est aussi mon souhait pour vous maintenant

Oui, l’eau vive est cette relation d’amour – alimentée à sa source divine - qui désaltère, qui rafraîchit, qui purifie nos existences éprouvées. Elle est ce lien d’affection, de solidarité qui circule entre nous et qui est déjà, ici et maintenant, une trace d’éternité.

Lorsque nous vivons une telle qualité de rencontre, dans l’authenticité de la relation avec Dieu, avec nous-même et avec les autres, nous devenons alors de vrais serviteurs : répondants de cet appel de Dieu qui nous invite à l’adorer en Esprit et en Vérité.

Ainsi, comme l’Évangile nous l’indique, les lieux de l’expression de foi ne sont pas d’abord nos sanctuaires, nos dogmes, nos sciences médicales ou théologiques : le lieu privilégié de l’expression de notre foi, c’est la rencontre, la relation vraie, le vécu quotidien composant avec les questions et avec les recherches de réponse.

À sa suite, à chaque instant, le Christ m’invite à accueillir l’autre personne humblement, avec ce qu’elle peut m’offrir pour étancher ma soif, et ainsi à devenir ferment d’unité, même si je ne suis pas du même bord qu’elle.
À sa suite, et en particulier en cette semaine de prière pour l’Unité de chrétiens, le Christ nous invite à nous ouvrir aux autres communautés, aux autres peuples, et ainsi à devenir ferments d’une humanité animée d’Esprit et de Vérité, au-delà des différences et des divergences.

Avant de nous empresser de donner à boire à celle ou celui que nous rencontrons, prenons le temps, comme le Christ, de lui demander à boire, de recevoir la grâce de l’eau vive partagée, la graine d’éternité qui germe dans la relation vraie.

Ainsi soit-il !

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Émission spéciale depuis l’aumônerie oecuménique du CHUV à Lausanne, à l'occasion de la semaine de prière pour l'unité des chrétiens.

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De 10h00 à 11h00, une célébration oecuménique animée par le pasteur Daniel Petremand pour la prédication et l’abbé Dominique Jeannerat pour la liturgie. Avec la participation musicale la chorale d’Echallens, sous la direction d’Evelyne Mettraux et de Thomas Eschenmoser à l’orgue.

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Détails

Avec la participation de
Abbé Dominique Jeannerat, Myriam Meystre et Danielle Baier
Orgue
Thomas Eschenmoser
Musique
Chorale d'Echallens, sous la direction d'Evelyne Mettraux