Plus forts que la peur

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La peur porte le temps vissé à son poignet
Ce batteur d'acier discret comme un indic
Te ramène au bercail quand parfois tu la quittes
Pour affronter la mort qui est sa soeur de lait.

La peur a un visa ancré sur le futur
Elle s'insinue en toi comme de la poudre pure
Elle perce tes poumons d'une lame de fer
Et épaissit le sang qui bat dans tes artères.

La peur c'est le corbeau penché sur le devoir
C'est du papier monnaie contre du désespoir
C'est de la dérision face à la misère noire
C'est depuis le début le chantage du pouvoir.
Voilà quelques lignes écrites en 1979 par Bernard Lavilliers dans une chanson qui s'intitule – et je vais vous surprendre : « La peur ».

Peur de vieillir, peur de mourir, peur de l'avenir, peur de la pauvreté... La peur, un moyen de gouverner. Je vous promets que ce ne sont pas les votations de ce dimanche (minarets, Mühleberg) qui m'ont fait choisir ce thème, mais bien les textes bibliques du jour. Du coup, je peux en rajouter des peurs : peur de l'autre, peur du nucléaire, peur de la crise et plus proche de nous, peur de ne pas arriver à boucler le mois, peur d'être seul, mais encore, il y a ces peurs dont on nous rabat les oreilles : peur des épidémies, peur du réchauffement climatique, peur de la guerre, peur du terrorisme, peur de la fin du monde (merci Hollywood, elle nous manquait celle-là !).

Il y aura des signes dans le soleil, dans la lune et dans les étoiles. Sur la terre, les nations seront dans l'angoisse, rendues inquiètes par le bruit violent de la mer et des vagues. Des hommes mourront de frayeur en pensant à ce qui devra survenir sur toute la terre, car les puissances des cieux seront ébranlées.
Alors ça y est ! Cette fois, c'est la fin ? Les Israélites l'ont cru au moment de l'Exil. Les chrétiens l'ont cru après la venue du Christ, puis ont reporté cela pour l'an mille. Divers courants millénaristes ont fait et refait les calculs. Les Témoins de Jéhovah l'ont une fois programmée en 1914, il y a eu un bon début, mais enfin il a fallu recalculer.
Alors c'est pour quand, le retour du Fils de l'Homme ? En fait, si on y regarde de plus près, nos trois textes du jour ne s'arrêtent pas aux signes de la fin. Jérémie, au moment où les royaumes d'Israël et de Juda ne sont plus que des souvenirs, annonce la venue d'un descendant de David qui agira selon la justice de Dieu. A Thessalonique, Paul s'enfuit face à l'opposition des juifs. Il écrit aux croyants de Thessalonique après avoir reçu des bonnes nouvelles de leur part, disant qu'ils tenaient bon malgré les persécutions. Paul les encourage et partage son espérance : « Que le Christ fortifie vos cœurs pour que vous soyez saints et irréprochables devant Dieu notre Père, quand notre Seigneur Jésus viendra avec tous ceux qui lui appartiennent !» Espérance du rassemblement des croyants autour du Christ.

Mais revenons à l'Evangile de Luc! Malgré l'aspect catastrophique des premiers versets de notre passage, il se termine par un appel à la vigilance : « Ne vous endormez pas, priez en tout temps; ainsi vous aurez la force de surmonter tout ce qui doit arriver et vous pourrez vous présenter debout devant le Fils de l'homme. » Résister par la prière. Etre des hommes et des femmes debout. Je suis touché par la note de Luc qui relève la tentation de se laisser aller à des fêtes et à l'ivrognerie. Bref, face à tout ce qui fait peur, on peut être tenté de trouver un moyen de s'anesthésier plutôt que de résister !
Finalement, il y a beaucoup d'espérance derrière ces témoignages bibliques. Il y a le réalisme du choc de la destruction ou de la persécution, mais il y a la volonté de survivre, de revivre !
Dans l'épître, Paul dit encore aux Thessaloniciens : « Que le Seigneur fasse croître en vous de plus en plus l'amour que vous avez les uns pour les autres et envers tous les humains à l'exemple de l'amour que nous avons pour vous ! » Résister à la peur par l'amour et non par la vengeance ou la violence.

Ici je ne peux que repenser à une autre lettre de Paul, l'épître aux Corinthiens et son célèbre hymne à l'amour: « A présent nous ne voyons qu'une image confuse, pareille à celle d'un vieux miroir, mais alors nous verrons face à face. A présent, je ne connais qu'incomplètement; mais alors, je connaîtrai Dieu complètement, comme lui-même me connaît. Maintenant ces trois choses demeurent : la foi, l'espérance et l'amour; mais la plus grande des trois est l'amour. »
Non, je ne sais pas de quoi demain sera fait et je peux avoir de bonnes raisons de craindre le pire, car tous les signes vont dans ce sens, mais en Jésus-Christ, trois balises nous ont été données fermement : la foi, l'espérance et l'amour. Ces balises nous aident à avancer dans le présent. Le Fils de l'homme est déjà venu et la révélation a déjà eu lieu. Après la venue du Christ, même si l'avenir reste flou, la volonté d'amour et de pardon de Dieu est claire.
C'est ce qui fait que, pour les croyants au cœur repentant, il n'y a rien à craindre non plus du jugement de Dieu, si l'on conforme sa vie à cette volonté. Mais j'ajoute tout de suite que ce n'est pas une nouvelle loi à suivre les yeux fermés, c'est l'esprit du Christ qui guérit les aveugles. Nous parlions de Jérémie. C'est lui qui faisait dire à Dieu : « Je graverai mes instructions dans le cœur des hommes et non plus sur des tablettes de pierre. »
Je ne dis pas qu'il faut être naïf et la foi chrétienne sait bien que pour renaître, il faut passer par la mort. Mais c'est la force de notre foi : nous sommes les enfants du Dieu des vivants, envers et contre tout !
Chers frères et sœurs, vous qui vous mettez à l'écoute du Christ, résistez à la peur par la prière, résistez à la peur par la foi, résistez à la peur par l'espérance, résistez à la peur par l'amour ! Ne laissons pas les esprits chagrins nous manipuler et finalement nous détourner de la confiance que Jésus nous demande de mettre en Dieu et de l'amour qu'il nous demande de partager avec notre prochain.
Nous entrons aujourd'hui dans le temps de l'Avent. Alors que ce temps de l'Avent soit pour nous un temps de renouvellement de la confiance en Dieu et en notre prochain, que ce soit un temps pour nous recentrer sur le Christ ! Faisons de ce temps de l'Avent 2009 un temps béni où la peur n'aura pas le dernier mot.
Amen !

Détails

Intervenants
Organiste
Benoît Zimmermann
Musiciens
Choeur d'hommes de Grandcour, directeur Emmanuel Violi