Le culte radio en Terre Sainte

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Je relis au chapitre 8 de l’Epître aux Romains le verset 15 : «Car l’Esprit que vous avez reçu n’est pas un esprit qui vous rende esclaves et vous remplisse à nouveau de peur. Mais c’est l’Esprit-Saint qui fait de vous des fils et des filles de Dieu et qui nous permet de crier à Dieu : « Abba ! » c’est-à-dire : « Père ! » Abba, a-b-b-a, ce qui signifie Père en hébreu.
Et si, ce matin, nous parlions un peu de tendresse, de la tendresse de Dieu ! Car voyez-vous, ce que l’Apôtre Paul nous explique en nous parlant de cet Esprit qui, en nous, nous fait crier : «Abba, Père! », c’est que Dieu lui-même nous invite à l’appeler «Papa !», nous invite à entrer avec lui dans une relation de tendresse, de bonté, de gentillesse, de soutien.
À l’époque de St-Paul, c’était une chose quasiment inouïe de dire que l’on pouvait appeler Dieu Papa, que l’on pouvait entrer avec lui dans une relation d’immédiateté. Certes, les coreligionnaires de St-Paul savaient que leur Dieu, le Dieu de l’Ancien Testament, était leur roc, leur soutien, un Dieu qui les aimait, mais ce Dieu était devenu à l’époque de St-Paul un Dieu lointain, un Dieu de justice, un Dieu face auquel on se demandait toujours ce que l’on n’avait pas fait. Quant aux contemporains païens de St-Paul, ils étaient dans une situation pire encore : les cultes païens s’adressaient à des forces incontrôlées ; les dieux du panthéon païen étaient toujours redoutés; on se demandait s’ils n’allaient pas vous faire un « coup fourré » et, de ces dieux-là, on avait peur.

St-Augustin, dans une prédication à sa communauté – un dimanche matin comme nous aujourd’hui – à Hippone (dans l’Algérie actuelle), St-Augustin dit à ses paroissiens : écoutez, n’ayez pas peur quand vous passez à travers le Forum. Ces gens-là en effet, tout chrétiens qu’ils fussent, voyaient encore dans les anciennes statues des dieux qui se trouvaient encore sur les places publiques des statues habitées par des démons et ils tournaient la tête en se demandant ce qui allait leur arriver. Et St-Augustin de leur dire : « Mais ces statues sont vides, ce sont des bouts de marbre, ce sont des bouts de calcaire, ce sont des bouts de bois, ça n’est rien d’autre ! Ces dieux-là n’existent pas, le Dieu que je vous annonce, c’est celui que St-Paul nous annonce, auquel on peut dire : « Papa ! », un Dieu qui, bien loin d’avoir l’idée de nous faire quelque « coup fourré », ne veut au contraire que nous aider, que nous soutenir, que nous écouter, que nous accueillir. N’ayez donc aucune peur ».

St-Paul ajoute quelque chose de difficile à comprendre mais de si vrai : ce Dieu-là, c’est lui-même qui parle au-dedans de nous. Le St-Esprit, par définition, est volatile, immatériel, mais il n’en a pas moins une existence réelle en nous. Ne me demandez pas selon quelle alchimie le St-Esprit vient en nous, veut faire de nous des êtres renouvelés, qui puissent dire à leur Dieu : Papa.
En tous les cas le St-Esprit est là pour nous faire sortir de l’esprit d’esclavage et de la peur qui enchaînaient les contemporains de St-Paul, comme ils nous enserrent à notre époque. L’apôtre Paul fait clairement la différence : il oppose d’une part l’esprit d’esclavage et de peur et de l’autre l’Esprit de Dieu, qui nous introduit en Dieu, qui nous fait « confortable » en Dieu, qui fait que Dieu a de la tendresse pour nous.
Cet esprit de peur, il faut en parler un instant, parce que, je vous l’ai dit, les contemporains de Paul avaient peur de Dieu, mais nos contemporains, vous et moi, nous avons aussi peur quand on nous parle de Dieu, quand nous pensons à Dieu. Nous avons peur de Dieu, c’est même souvent la première des peurs. Cette peur de Dieu, c’est la peur du « Grand Barbu » avec toujours en prime – si j’ose dire – la peur de la mort. On associe les deux, « Grand Barbu » et mort, et on se demande : que va-t-il encore m’arriver, à moi pauvre créature, devant un Dieu transcendant, un Dieu qui est si lointain, un Dieu qui sans doute veut que je fasse quelque chose que je ne fais pas ? Nous avons peur de Dieu comme les païens avaient peur des statues. Nous avons peur de Dieu parce que nous nous sentons si petits, j’allais dire si moches, nous n’arrivons pas à faire sa volonté et pourtant, vous l’avez entendu au début du chapitre 8, l’apôtre Paul claironne : « Il n’y a plus de condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ. » L’ensemble du message de Jésus, tout le message des apôtres ne tend qu’à une chose : à nous faire comprendre, à nous êtres humains, hommes et femmes, ici à Coppet, devant un poste de radio, partout sur la terre, à nous faire comprendre qu’il n’y a pas de condamnation. Nous sommes tous et toutes appelés par Dieu lui-même à nous approcher de lui pour voir qu’il nous ouvre les bras, pour le voir nous sourire – car il y a un sourire de Dieu pour nous.
C’est de ceci que Paul veut nous parler et, de cette peur de Dieu, il souhaite nous délivrer. À cet effet, il nous dit : c’est Dieu lui-même qui souhaite vous en délivrer. C’est Dieu lui-même qui, renouvelant votre intelligence et votre cœur, prend possession – encore une fois selon une alchimie qui m’échappe – prend possession de vous, vient en vous pour que vous puissiez lui dire : Papa !
L’apôtre Paul dit non seulement que nous avons été délivrés d’un esprit de peur, mais aussi d’un esprit d’esclavage. Il savait lui ce qu'étaient des esclaves. Nous en savons moins que lui, même si nous savons qu’il y a dans nos régions des êtres humains qui sont traités en esclaves, et qu’il y a, loin de nos régions, des enfants, notamment, qui sont traités en esclaves.
Qu’est-ce que l’esclave pour Paul ? C’est un être humain traité comme une chose, qui n’a pas d’identité, qui appartient à quelqu’un. C’est un être humain qui marche toujours en regardant par terre parce qu’il n’ose regarder son maître, qui, éventuellement, pourrait lui flanquer une gifle parce qu’il n’a pas fait un travail correctement. L’esclave est celui qui ne voit que la terre, celui qui n’est destiné qu’à la violence. C’est cet esprit d’esclavage dont l’apôtre Paul voudrait aussi que nous soyons délivrés. Il veut nous faire comprendre que le Seigneur lui-même a pour chacun et chacune d’entre nous un projet, qu’il nous appelle par notre nom, que nous ne sommes pas une chose entre les mains de quelqu’un d’autre, mais que nous sommes libres, car le contraire de l’esclavage, c’est bien sûr la liberté.
Paul nous invite donc à renoncer à la peur, à renoncer à l’esclavage et nous dit que ce n’est pas ce que Dieu a en vue pour nous, mais qu’Il veut que nous soyons des hommes et des femmes libres. Certes nous continuerons à avoir des peurs, peur de nous-mêmes, peur des autres, peur du monde, mais nous avons en nous, surmontant ces peurs, « parasitant » ces peurs, nous avons cet esprit de Dieu qui nous invite à la tendresse de Dieu, qui nous invite à regarder vers un Dieu qui nous regarde, vers un Dieu qui nous délivre.

Frères et sœurs, ce passage de l’Epître aux Romains que je vous invite à relire longuement, se termine par des phrases très profondes, graves même, mais superbes : « Vous toutes et vous tous, qui pouvez dire « Papa » à Dieu, vous devez savoir que vous êtes pris dans la vie de Jésus-Christ, et que cette vie peut éventuellement comporter des souffrances, mais également la gloire, celle de Jésus-Christ »
Les souffrances du Christ : nous sommes – Dieu soit loué ! – sous des latitudes où il n’y a pas de persécutions, mais certains de nos frères et sœurs, ailleurs sur la planète, peuvent être persécutés pour le nom du Christ.
Nous vivons, chrétiens et chrétiennes convaincu(e)s ou intéressé(e)s par le message de l’Évangile, une autre sorte de souffrance: c’est l’indifférence de nos contemporains face à Dieu. C’est cette indifférence épaisse que si souvent nous rencontrons au moment où nous aimerions tellement faire partager à nos frères et sœurs en l’humanité la joie de pouvoir appeler « Papa », notre Dieu. Il y a autour de nous beaucoup d’indifférence, d’incroyance. C’est comme ça, mais cela n’en est pas moins une souffrance. Il faut la vivre en n’en ayant pas peur ; il faut la vivre en se tournant toujours vers Dieu, le Dieu de tendresse, pour lui dire cette souffrance, car voyez-vous, même dans la souffrance, nous ne sommes jamais seuls.
Mais cette souffrance, elle sera très largement dépassée par ce que l’apôtre Paul nous annonce en nous disant que nous aurons part à la gloire de Jésus-Christ. C’est un peu abstrait, ici-bas, de se dire qu’on aura part à la gloire de Jésus-Christ. Et pourtant ! Soyons simples, nous pouvons avoir part à l’expression de cette gloire qui est la joie. Il peut y avoir dans nos vies dès maintenant, un peu de joie, et nous pouvons faire partager cette joie autour de nous. Nous deviendrons ainsi un reflet de cette gloire que nous contemplerons au terme de notre vie, quand nous entrerons dans une autre vie, définitive celle-là, la vie avec le Christ grâce à laquelle nous pourrons dire à Dieu, face à face, «Papa! »

Détails

Avec la participation de
Orgue
Florence Kraft
Musique
Julien Cellich, clarinette