Ce ne sont pas les bien-portants qui ont besoin de médecin, mais les malades…

image

Nous voici, chers amis, avec un Dieu malade d'amour pour ses créatures ! Que ce soit au temps d'Osée, au 8e s. avant notre ère ou après Jean-Baptiste au 1er s., c'est toujours la même histoire d'amour : Dieu se présente à nous, fragile, solidaire, comme l'époux désirant la joie et la plénitude autour de lui et ce sont la privation, le jeûne, l'infidélité, le jugement et l'errance qu'il constate ! Il se sent vulnérable, son amour ne reçoit pas la réponse espérée, et comme un mari délaissé il cherche désespérément à reconquérir le cœur de son épouse infidèle ; ce peuple qu'il s'était choisi comme partenaire d'alliance devait témoigner au monde de la source de l'amour et de la vie et, encore une fois, il trébuche et manque à sa mission.
Dans son appel, Dieu promet à nouveau la sortie des liens de servitude - même au sein du couple - et une alliance qui touche tout l'équilibre de la Création. C'est par la justice et le droit, l'amour et la tendresse, que ces nouveaux liens conjugaux se tisseront entre Dieu et ses partenaires humains.
Autre manifestation de cet amour en désir de vis-à-vis : en venant parmi les siens, Jésus appelle non pas ceux qui se déclarent eux-mêmes " justes ", mais celles et ceux qui souffrent dans leur corps et dans leur âme, il s'offre à eux comme médecin, car il connaît de l'intérieur la blessure et le manque, il a soif comme eux de relations vraies, et il sait tendre la main aux marginaux, à celles et ceux que le mal subi tient à l'écart. Le péager Lévi sait immédiatement que l'Amour en personne l'appelle à le suivre ; aussitôt appelé, aussitôt guéri de son exclusion, il se met à inviter à son tour autour de la table commune ! C'est justement ce que les bien-pensants vont reprocher à Jésus : de se compromettre avec des gens aux histoires de vie compliquées ! La maladie n'est peut-être pas là où on le pense au premier abord !

Il peut être plus grave d'être enfermé dans ses préjugés, ses scrupules religieux ou la peur du qu'en-dira-t-on que de s'être cassé la jambe, de traverser une dépression ou un deuil ; le pire pour Jésus et ses disciples, pour nous aussi, c'est de rencontrer le jugement et la fermeture du cœur de la part de ceux qui se prétendent justes, ceux-là ne se savent même pas en manque d'amour, ils sont incapables de s'ouvrir à Celui qui leur rend Dieu proche, ils n'ont besoin de personne et surtout pas d'un médecin pensent-ils.
Une brèche survient dans le quotidien, une maladie, un événement bouleversant, et tout pourrait s'écrouler. Mais le désert se fera espace de rencontre : le désert de l'exclusion, de la maladie, de l'affliction peut devenir pour chacun de nous ce lieu à la fois de solitude, mais aussi d'intimité avec cette source intarissable d'amour et de pardon qui va nous sortir du repli sur nous-mêmes.
Le désert, par son apparence de vide, de stérilité, ravive la mémoire des jours d'espérance, fait désirer à nouveau une sortie d'Egypte, un déliement de nos servitudes intérieures. Il nous remet face à l'essentiel : notre manque profond d'amour et d'estime de nous-mêmes, nos culpabilités mortifiantes, et il nous fait aspirer à la libération ; oui, peut-être bien que le désert, malgré toute la fragilité et la souffrance qu'on y rencontre, peut devenir ce lieu où Dieu nous séduit à nouveau, où il parle à notre cœur, faisant taire toutes nos excuses pour que nous répondions enfin " présent " à Sa présence et à sa bénédiction, quel que puisse être notre état de santé.

En citant un proverbe antique : " Ce ne sont pas les bien-portants qui ont besoin de médecin, mais les malades ", Jésus ironise en quelque sorte sur notre soi-disant bonne santé physique et psychique masquant nos maladies relationnelles et spirituelles ! Les bien-portants qui se permettent de juger les autres ne sont pas si sains, ni saints, que cela ! Ils méconnaissent leurs propres besoins de reconnaissance et la tyrannie de leur bourreau intérieur les rend durs et exigeants pour les autres ; ils en deviennent inaptes à toute transformation, toute guérison. Ils sont même incapables de reconnaître que Dieu leur rend visite à travers Jésus tels les disciples des pharisiens et les disciples de Jean le Baptiste qui jeûnaient quand il s'agissait d'être à la joie ! La joie de la présence de Jésus, l'Epoux de l'Eglise, et pour nous la joie de la présence continuelle du Ressuscité à nos côtés, notamment à travers la sainte Cène.

Mais celles et ceux qui - comme la bien-aimée d'Osée ou comme le péager Lévi -, se laissent toucher le cœur par la parole divine, décideront de suivre Dieu ou Jésus qui les appelle à entrer dans leur vraie condition de filles et fils de Dieu. Même couchés ou à la fin de leur vie, ils seront relevés de toute inquiétude, ils découvriront avec Paul que " soit que nous vivions, soit que nous mourrions, nous sommes au Seigneur " [Rom 14,8] et rien ne pourra nous séparer de son amour manifesté en Jésus-Christ.
C'est aussi l'assurance que l'Amour nous désire et vient nous rechercher dans tous nos déserts ou nos errements, dans toutes nos maladies ou nos apparences de bonne santé ; voilà le grand pouvoir de guérison de la Parole divine! Désormais, toute fragilité, tout souci, toute angoisse a déjà été traversée et vaincue par Jésus dans son chemin humain. Nous sommes habités par le même Esprit Saint qui vient nous offrir, avec lui, la vie éternelle et nous permet de demeurer à jamais dans la confiance. C'est aussi ce que nous offre le partage du pain et du vin auquel nous sommes tous invités, ici à Versoix, et vous avec nous, chers auditrices et auditeurs. Ici et maintenant, Jésus se donne pour notre guérison.

Amen !

Détails

Avec la participation de
Orgue
Béatrice Jornot
Musique
Catherine Fuchs