Suivre l'étoile

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Les trois textes que nous avons lus sont un bel exemple de "collier" ainsi qu'on l'appelle dans la lecture juive : trois textes qui se font écho, s'appellent et se répondent en se complétant; en se corrigeant parfois aussi. Pour nous emmener plus loin, jusqu'à ce que la lecture trouve écho dans nos vies.
Une prophétie d'Esaïe nous annonce un grand rassemblement à Jérusalem de gens provenant de toutes les nations; des rois, des chameaux et des cadeaux.
Le récit de l'évangile de Matthieu nous raconte l'arrivée à Jérusalem de savants partis d'Orient pour découvrir un nouveau roi en suivant une étoile. Ils vont être détournés de Jérusalem vers un petit village insignifiant, Bethléhem où ils découvriront un petit enfant.
La lettre de Pierre nous apprend que le travail des prophètes consiste à chercher à qui pourrait profiter la grâce de Dieu à l'œuvre dans leurs prophéties. Et ces bénéficiaires, c'est nous, lecteurs et lectrices de l'Écriture.

Les prophètes cherchent; les mages sondent les mystères du ciel. Je ne sais pas ce qu'il en est pour vous, mais moi, j'aime bien chercher. J'aime chercher des petits fruits dans les bois; des coquillages ou des galets sur la plage. Mais j'aime bien aussi traquer les mots : dans les mots croisés, dans les livres et dans les textes bibliques. J'aime poursuivre la trace d'un mot, d'une idée à travers l'épaisseur de notre Bible. Et je trouve que les temps sont difficiles pour les amateurs de recherche. Les sciences sont devenues si complexes, les différents secteurs de la connaissance se sont tellement spécialisés que nous risquons de nous y perdre. Alors nous attendons passivement que l'on nous mette au courant des recherches et des découvertes des autres, des spécialistes. Il ne se passe pas une semaine sans que l'on nous annonce une nouvelle découverte en matière de biologie cellulaire ou génétique et ses applications possibles au domaine de la santé.
Jusqu'à nos loisirs qui sont marqués par la recherche des autres : combien de films policiers sont diffusés chaque soir sur nos chaînes télévisées ! Enquêtes, intrigues compliquées démêlées à un train d'enfer se succèdent sur nos écrans. C'est comme si nous avions délégué toutes nos compétences de chercheuses ou d'investigateurs aux policiers si astucieux de nos petits ou grands écrans.
Pourtant, il est un domaine de recherche qui reste de notre seule compétence : l'art de mener notre vie. Là, personne ne peut chercher à notre place. Pour trouver des raisons d'espérer, nous sommes renvoyés à nous-mêmes. Le souci spirituel reste un défi que nous seul(e)s pouvons relever. Et les textes bibliques nous y invitent avec insistance.

Voici donc des mages venus d'Orient. Des mages, c'est-à-dire des savants, des chercheurs. En scrutant le ciel, en observant la régularité des apparitions des astres, les cycles de la lune, les parcours des constellations, ils affûtent leur perception du temps. Ils découvrent l'ordre caché du monde, qui, par sa stabilité rend la vie possible.
Mais à bien observer le ciel, il se peut qu'ils soient amenés à découvrir le phénomène nouveau, l'astre non encore repéré, la nouvelle étoile signe d'événement susceptible de changer le cours de l'histoire. Eux qui vivent dans un temps où science et sagesse vont de pair, les voici qui se mettent en route pour traquer l'événement dont ils ont lu le signe dans le ciel.
Voici donc nos mages à Jérusalem, cherchant le roi qui vient de naître. Ironie du récit de Matthieu qui fait de ces mages venus d'ailleurs les sentinelles des temps messianiques ! Ils battent les scribes sur leur propre terrain. Pourtant, les spécialistes des Écritures de Jérusalem ne restent pas sans voix. Leur connaissance des prophéties leur permet de renseigner les mages sur le lieu où trouver le nouveau roi. Les mages apportent la conscience que les temps sont mûrs, que quelque chose d'important est sur le point d'éclore. Les scribes et les prêtres d'Israël disent où cela pourrait se passer. Pas à Jérusalem, la grande ville qui rêvait de gloire dans la prophétie d'Esaïe, mais juste un peu au sud, à Béthléhem de Juda.

La deuxième nouveauté que les mages apportent à la prophétie d'Esaïe réside dans leurs cadeaux. Esaïe annonçait des présents d'or et d'encens. Les mages apportent bien l'or royal et l'encens divin, mais ils y ajoutent la myrrhe. Et cela change beaucoup de choses.
Les parfumeurs nous apprennent que l'encens - il s'agit de l'oliban aussi surnommé l'encens mâle - est un parfum vert, diurne, mâle, lié à l'activité. La myrrhe, elle, est une odeur de la nuit, féminine, liée au mystère de la mort. Dans la Bible, l'encens est brûlé. Par ses vapeurs, il élève notre âme à Dieu, en nous préservant de le voir directement. La myrrhe, elle, nous renvoie à la réalité du corps. L'amante du Cantique des Cantiques en aspergeait sa couche. Esther a été massée pendant six mois avec de l'huile parfumée à la myrrhe, avant d'être présentée au roi de Perse et d'être choisie par lui comme reine à ses côtés. La myrrhe, par son amertume, raffermit les tissus.
Au matin de Pâques, c'est avec de la myrrhe que les femmes viennent au tombeau pour oindre le corps de leur Seigneur mort en croix. La myrrhe préserve la chair de la décomposition. La myrrhe, c'est le rappel de la réalité du corps : du corps vivant, sensuel, du corps de l'amour; mais aussi du corps livré à la mort.
En offrant ces parfums à côté de l'or royal, les mages nous indiquent de quelle espèce sera la royauté de Jésus. Encens et myrrhe, en s'opposant, nous disent quelle sera la richesse apportée par le Christ à notre humanité : dans sa personne, il réunira le jour et la nuit, la clarté de l'action et le mystère de l'échange; le masculin et le féminin; la vie et la mort. Il sera Dieu et il sera homme aussi; il sera actif, mâle; il sera aussi celui qui sait recevoir, ouvert à la féminité présente en lui; il sera celui qui éclaire la vie jusque dans la mort. Voilà ce qu'apportent les mages à cet enfant. Voilà la façon dont ils interprètent les temps et nous projettent en avant dans les turbulences de l'Évangile.

La première épître de Pierre nous rappelle qu'annoncer la destinée du Christ de la vie à la mort et de la mort à la gloire n'est pas encore le but du travail prophétique. Celui-ci ne touche à sa fin que lorsque qu'il y a des récepteurs pour cette nouvelle. "Ils cherchaient à quel temps cette grâce était destinée. Et voilà, c'était pour vous."
"Vous", c'est-à-dire les destinataires de cette lettre. Des chrétiens d'Asie Mineure à la fin du premier siècle. Des hommes et des femmes qui vivent des temps difficiles où s'afficher comme chrétien devient dangereux. Des temps où la grande promesse du retour de Jésus commence à s'essouffler, où le pouvoir politique des empereurs de Rome s'impatiente face à ces mouvements religieux qui sortent du cadre. Et pourtant, c'est à ces gens troublés, menacés dans leur vie et leur foi que l'auteur écrit : "Béni soit Dieu, car il nous a réenfantés pour une espérance vivante."
Serait-il possible que la promesse soit pour nous aussi, dans les temps si troublés que nous vivons ? Est-ce que ce bébé que sont venus adorer les mages a de quoi nous faire renaître à la vie et à l'espoir ?

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Détails

Avec la participation de
Orgue
Bernard Heiniger
Musique
Chantre François Golay