La réconciliation entre les peuples

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Soeurs et frères en Christ,

Je vous salue au nom de notre Seigneur Jésus-Christ. Acceptez les salutations de mes collègues à Nairobi, ceux qui, avec nous, servent les Eglises en Afrique. La Conférence des Eglises de toute l'Afrique a actuellement cent quarante-quatre églises membres qui se trouvent en trente-neuf pays d'Afrique. L'archevêque Desmond Tutu, qui avait été invité à participer à la célébration oecuménique, ici, à Morges, en est le président. Malheureusement, il n'a pas pu voyager à cause de son état de santé. Avant de partir de Nairobi, je lui ai parlé par téléphone et il m'a demandé de vous transmettre ses salutations.

C'est la première fois, en Europe, que je parle à un groupe composé par les protestants et les catholiques. Et, exactement quand nous avons commencé le culte, je me suis rappelé une histoire. C'est l'histoire de chefs d'Eglises qui veulent savoir à quelle Eglise Jésus Christ appartiendrait s'il était parmi nous. Des trois chefs d'Eglises, l'un était baptiste, l'autre pentecôtiste et le dernier réformé. Il y a encore le quatrième, catholique. Le baptiste a commencé de dire que si Jésus était parmi nous, il serait baptiste parce qu'il sait qu'il a été baptisé par Jean le Baptiste. Et comme toujours, nous appartenons à l'Eglise qui nous a baptisé. Le pentecôtiste dit non, c'est faux, si Jésus Christ était parmi nous, il serait pentecôtiste parce qu'il sait que c'est grâce à la Pentecôte que l'Eglise existe, il en sait l'origine, il ne peut pas vider l'Eglise qu'il a lancée lui-même. Et le réformé dit non, si Jésus Christ était parmi nous, il serait réformé parce que vous savez que pendant longtemps les gens ne lisaient plus la Bible et qu'il a fallu les réformateurs pour chercher la Bible là où elle était cachée. Et maintenant l'Eglise est vivante parce que l'Eglise est dans les mains des chrétiens et, après cela, les trois allèrent voir le catholique. Qu'est-ce que vous dites ? Est-ce que vous croyez que Jésus, s'il était parmi nous serait un catholique ? Et le catholique a dit : moi, je ne veux pas participer à cette conversation parce que Jésus était, Jésus est, et il sera toujours catholique.


Nous sommes ravis d'être parmi vous, au commencement de cette année. Et surtout dans une période où le peuple de Dieu, partout, se prépare pour la fête de Pâques. Quand nous sommes arrivés ici, nous avons suivi, à la télévision, la joie qui enfêtait (sic) le carnaval. Le mot carnaval, en portugais, signifie que c'est le temps propice pour fêter la valeur de la chair. Les prêtres et pasteurs de la chair de cette cérémonie annuelle, dans le passé comme aujourd'hui, encouragent ses membres à s'amuser. Ils disent : réjouissez-vous, mangez, buvez et dansez, car demain, vous n'existerez plus. C'est intéressant que cette fête ait lieu à la fin d'une autre grande fête des musulmans qu'on appelle Ramadan et, avant cette période où les chrétiens se préparent pour commémorer la mort et la résurrection de notre Seigneur Jésus-Christ. Vous vous souvenez que le but principal de la vie, mort et résurrection de Jésus-Christ est de nous montrer que Dieu nous aime et qu'il est prêt à nous accepter comme citoyens de son Royaume. Royaume de Dieu, royaume du ciel. Jésus-Christ a, à maintes reprises, parlé de ce royaume qui n'est pas un royaume pour manger ou pour boire, mais un royaume de paix, de justice et de joie par le Saint-Esprit. C'est un royaume où la réconciliation est parfaite, où tout le monde vit en paix.

Mais c'est très intéressant, parce que Jésus parlait du royaume en paraboles. Et c'est aussi intéressant qu'il y ait des paraboles au masculin et d'autres au féminin. Par exemple, il dit : le royaume de Dieu est semblable à un grain de moutarde qu'un homme a pris et semé dans son champ. Au commencement, elle est la plus petite de toutes les semences. Mais quand elle pousse, elle devient plus grande que les plantes potagères, de sorte que les oiseaux viennent habiter dans ses branches. Voyez donc l'image de la réconciliation. Pour faire justice aux dames, Jésus-Christ a aussi dit : le royaume de Dieu est semblable à du levain qu'une femme a pris et introduit dans trois mesures de farine jusqu'à ce que la pâte soit levée.

Ces messages, soeurs et frères, sont devenus une réalité pendant le siècle que nous sommes en train de terminer. Il n'y a pas longtemps, en 1900, l'Europe était le centre du christianisme. Mais ce centre se trouve aujourd'hui partout où l'Evangile est prêché. L'Evangile de la réconciliation est prêché partout. En Afrique, en 1900, il n'y avait que dix millions de chrétiens. Aujourd'hui, il y en a trois cent cinquante millions. Et chaque jour, il y a seize mille Africains qui rejoignent les Eglises. Comme c'est écrit dans le psaume 103, verset 19, «l'Eternel a établi son trône dans les cieux et son règne domine sur toute chose».
Jésus a sûrement vécu la réalité de ce royaume. Toute sa vie était placée dans le contexte du royaume de Dieu qui est différent du royaume des hommes et des femmes de nos jours. C'est lui-même qui avait dit : mon royaume n'est pas d'ici bas. Nous avons donc deux réalités. Il y a la réalité du royaume des hommes, il y a la réalité du royaume de Dieu. Et nous sommes au milieu, parce que nous sommes à la fois citoyens de notre propre pays et aussi citoyens du royaume de Dieu. Voilà où le mot «réconciliation» se place. Comment pouvons-nous travailler pour la réconciliation si notre identité se trouve dans deux places.

En Afrique, comme en Europe, nous parlons aujourd'hui de conflits. Il y a le conflit entre le Nord et le Sud. Moi, je me rappelle, quand j'étais encore petit, quand j'étais étudiant, en quittant l'Angola pour aller au Portugal, en arrivant au Portugal, les gens me regardaient et disaient : voilà le Docteur Chipenda. Parce qu'en ce temps-là, tous les Africains qui venaient en Europe étaient des étudiants. Aujourd'hui, même si j'arrive à Amsterdam, les gens me regardent comme un réfugié. Il faut que je prouve que j'ai un pays en Afrique pour entrer. Il y a donc une situation de tension entre le Nord et le Sud.
Vous savez aussi qu'il y a une situation de tension entre les riches et les pauvres. Les riches sont en train de s'enrichir encore plus, et les pauvres sont en train de perdre ce qu'ils avaient. Et vous savez qu'il y a aussi une tension entre les ethnies en Afrique. Il n'y a pas longtemps, vous avez entendu parler de ce qui s'est passé au Rwanda, entre les Hutus et les Tutsis. Il y a donc un travail très important de réconciliation. Et c'est seulement l'Eglise qui peut travailler pour la réconciliation. Actuellement, il y a signe d'espoir parce qu'au moins en Afrique du Sud, le Président Mandela a demandé à l'Archevêque Desmond Tutu d'être le président de la commission de vérité et réconciliation. Mais au Rwanda, on est en train d'établir un tribunal pour juger ceux qui étaient mêlés au génocide. On est à la recherche de la réconciliation qui n'est pas facile. La réconciliation est un mot religieux qui n'a pas encore une place privilégiée dans nos dictionnaires. Nous préférons plutôt la vengeance. Quand nous avons visité le Rwanda, il y a seulement deux ans, avec l'archevêque Desmond Tutu, il a fait une bonne prédication. Il a dit : les gens qui ont été atteints par le génocide se rappellent encore ce qui s'est passé. Vous parlez de la justice, c'est bien, mais la justice ne sera pas suffisante si vous ne trouvez pas une façon de vous réconcilier. Ceux qui sont aujourd'hui au pouvoir, demain seront remplacés par des autres. Et ceux qui seront remplacés vont encore lutter pour venir sur place. Il me semble que si nous avons maintenant une Eglise partout dans le monde, nous devons tous participer dans le ministère de la réconciliation.

Vous avez entendu ce que disait l'Ancien Testament : Oeil pour oeil, dent pour dent. «Mais je vous dis, dit Jésus, résister au méchant. Si quelqu'un veut te traîner en justice et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau. Si quelqu'un te force à faire un mile, fais-en deux avec lui. Vous avez entendu ce qui a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Moi je vous dis : Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent et priez pour ceux qui vous maltraitent et vous persécutent».
Il me semble qu'à la fin de ce siècle, les Eglises, partout, doivent chercher la façon de travailler ensemble. Je vous dis qu'au commencement, il y a quand même, parmi les dirigeants, quelques-uns qui disent : il faut que les nouveaux arrivés soient membres de mon Eglise. Mais dans la réalité, ce que nous avons lu dans l'Evangile selon Jean, s'il n'y a pas d'harmonie parmi les dirigeants d'Eglises et tous les chrétiens, nous ne serons jamais en mesure de convaincre les non-croyants d'appartenir à l'Eglise, au Royaume de Dieu.

Et que Dieu vous bénisse.

Détails

Avec la participation de
Pasteur José Chipenda, célébrants : Virgile Rochat & François Paccaud, pasteurs
Orgue
Anne-Lise Vuilleumier, organiste
Musique